portrait officiel du Général franco - 1936
portrait officiel du Général franco - 1936

Discours de Franco sur le programme de la Phalange, 1er octobre 1936

« (…) L’Espagne s’organisera à l’intérieur d’une large conception totalitaire, à travers ses institutions naturelles qui assureront sa nationalité, son unité et sa continuité. L’implantation, principe d’autorité le plus sévère qu’implique ce mouvement n’a pas un caractère exclusivement militaire, mais il est l’instauration d’un régime hiérarchique dont l’harmonieux fonctionnement doit abriter le développement de toutes les capacités et des énergies de la Patrie. La personnalité des régions sera respectée dans ses particularités, répondant à la vieille tradition nationale dans ses moments de plus grande gloire, mais sans que cela suppose une diminution ou une détérioration de l’unité nationale la plus absolue. La municipalité espagnole, d’origine historique revêtira toute la puissance dont elle a besoin, pour l’accomplissement de sa mission d’organisme public. Le suffrage inorganique ayant échoué par la faute des caciques nationaux et locaux d’abord, et plus tard de l’oppression tyrannique des syndicats mis au service des intérêts politiques, la volonté nationale se manifestera en son temps à travers des organismes techniques et des corporations qui, enracinés dans les entrailles mêmes du pays, représenteront de façon authentique son idéal et ses besoins. »

extrait de Ramirez (L.), Franco, François Maspero, 1965

Partie finale d’un discours de Franco.

« Discours du Chef de l’Etat National à l’occasion de l’anniversaire du soulèvement » publié dans Heraldo de Aragón, le 19 juillet 1938.

« Notre Etat missionnaire et totalitaire.

Le Mouvement National oppose au système des appétits et des clientèles politiques le désintérêt et l’austérité de ses membres ; à l’irresponsabilité politique des partis libéraux, succède l’unité de notre Croisade, constituée comme un tout organique ; un Etat neutre et sans idéaux sera remplacé par un Etat missionnaire et totalitaire, qui oriente le peuple, lui montre le chemin et le guide sans hésitations ni retours en arrière, et [ne le conduit] pas comme une masse informe, comme ces manifestations libérales (…) où à force de multiplier les directions, [le peuple] trébuche et finit par s’arrêter. Notre marche, elle, est organisée, légère et ordonnée, une marche en formation disciplinée, rythmée et cadencée. Même si aux premiers temps elle fut un torrent impétueux qui ouvrait son chemin [avec force], elle a trouvé aujourd’hui son lit et elle y court, généreuse, fécondant l’Espagne !

Et dans cette marche hiérarchisée, mais au pouvoir irrésistible, il n’est pas de place pour une quelconque halte, une hésitation ou un changement de direction.

Et si certains, servant en secret les ennemis de l’unité et de la grandeur de l’Espagne, ou contaminés par le virus libéral, murmurent que ceci n’est pas national mais païen, nous leur montrerons les hauts faits de l’Etat espagnol de nos siècles d’or, avec son caractère missionnaire et sa chaîne d’idéaux, qui furent la base de son empire, lequel chute et s’écroule quand ces sublimes aspirations se perdent, et quand, à la tête pensante du Chef [Caudillo ], succèdent les assemblées délibérantes d’hommes dépourvus de sens des responsabilités, où les modes étrangères se rendent maîtresses de l’Espagne et causent notre décadence.

Notre régime n’est pas un caprice : c’est une nécessité historique

De ce fait, nous excluons ceux qui persévèrent dans les vices du vieux système : l’Espagne « unie et en ordre », celle qui a reçu pour emblème le joug et les flèches, celle qui a un Caudillo responsable et un caractère missionnaire, est la grande Espagne de nos traditions aux caractéristiques nettement espagnoles, adoptées aujourd’hui par les peuples soucieux de leur futur impérial.

Les problèmes qui se présentent dans la vie moderne des pays sont tels qu’ils ne peuvent être résolus par une nation divisée et fractionnée. L’unité est nécessaire. Et elle s’impose à tous les peuples qui veulent régler leurs problèmes existentiels. Combien l’Espagne en a besoin, elle qui connaît la plus rude épreuve de son histoire !

Notre système n’est donc pas un caprice, ni une forme d’organisation artificielle. Il est une nécessité historique, indispensable à l’existence même de la Patrie.

Il faut souder le peuple divisé par les partis ; il faut réunir ce qu’un demi-siècle de divisions a séparé ; il faut gommer les préjugés de la lutte des classes ; il faut faire justice ; il faut éduquer le peuple et éloigner notre jeunesse des érudits libéraux ; il faut porter haut les principes du Mouvement, ô combien contraires à ceux qui ont baigné l’adolescence [de notre jeunesse], et pour cela, pour sauver l’Espagne, il faut une main dure pour empêcher que la jeunesse fasse fausse route (…).

Il est aussi nécessaire que tous les Espagnols soient convaincus de notre révolution nationale, que nous réalisons en respectant les impératifs de la continuité et de l’ordre, [révolution] qui assure les progrès sociaux, grâce à la multiplication de la richesse, du rendement au travail et à la revalorisation et à l’amélioration de la production. Du vieil Etat, il faudra seulement sauver les valeurs, les sources d’énergies et les vertus de la race.

Croisade militaire et monastique. Discipline et patriotisme.

Notre mouvement ne signifie pas le retour des privilèges injustes qui sont tombés et qui ont depuis longtemps pourri et ont été enterrés. Il signifie la valorisation et la sélection d’un peuple sur le chemin de sa propre valeur et des ses propres vertus.

L’austérité, la morale et le travail seront les qualités de nos chefs. Nous ne devons pas les choisir pour leur naissance ou leurs positions [sociales], mais à la manière des Ordres monastiques, où la haute extraction et les prérogatives disparaissent sous l’habit commun des serviteurs de la foi. C’est la fraternité humaine, dont la longue tradition vient des préceptes de nos Saints Evangiles.

Si par conséquent nous devons mesurer nos chefs et nos hommes à leur valeur morale, ne vous étonnez pas que sur le chemin, nous devions écarter ceux qui n’ont pas le coeur pur (…).

L’esprit critique et les réserves sont choses libérales, qui n’ont pas leur place dans notre Mouvement, dont je vous le répète, la nature est d’ordre militaire et monastique ; à la discipline et au patriotisme du soldat doivent s’unir la foi et la ferveur du religieux.

Le Mouvement a une éthique et celui qui ne sent pas sa morale [tout au fond de lui] ne peut en être militant. Une chemise bleue ne sert à rien si elle n’abrite pas un coeur loyal et amant de la Patrie ; un béret rouge ne sert à rien si la tête qu’il recouvre renferme des doutes et ordures.

L’austérité et les vertus qui brillent chez la jeunesse militaire qui lutte sur les fronts de bataille sont les fleurs de notre Mouvement.

Voici le chemin de l’Espagne, où le soc de notre Cause trace d’amples sillons, droits et profonds, où est semé le grain fécond et choisi de notre Mouvement.

Doctrines et idéaux ne sont ni arbitraires ni fruits du caprice, car ils recueillent les aspirations patriotiques d’une jeunesse héroïque, les leçons de l’Histoire et le mandat de nos morts.

En leur nom et au nom sacré de l’Espagne, je dépose aujourd’hui ce grain dans le sillon profond que les victoires de notre glorieuse armée ont tracé.

Espagnols : Vive l’Espagne ! Vive l’Espagne ! »

Pourquoi sont-ils partis ? Les raisons des interbrigadistes

Anonyme, dans Le peuple en armes, journal des Brigades Internationales en Espagne, décembre 1936 (extrait) :

« Ce qui nous a attirés sur vos champs de bataille c’est, avant tout, la conscience que votre cause est la nôtre et celle des hommes libres du monde entier, et ensuite la volonté d’élever une protestation, pas seulement théorique, contre l’intervention des gouvernements fascistes d’Allemagne et d’Italie qui ont donné à la guerre civile d’Espagne le caractère d’une mêlée générale entre fascisme et antifascisme. »

Robert O., lettre à son frère, janvier 1937 :

« J’ai reçu ta lettre datée du 8-1-37. Tu me reproches d’être en Espagne. Eh bien permets-moi de te dire que tu as tort car il n’y a aucune raison de laisser assassiner enfant, vieillard et femme. Serais-tu content toi Georges, si des assassins venaient attaquer ta femme et ta gosse (non). Moi je ne pense pas qu’à moi car toi tu ne sais pas ce que c’est que les bicots (sic) commandés par le capitalisme qui n’ont aucune merci pour les enfants et les femmes nous ne pouvons pas tolérer ça et c’est la raison pour quoi je suis venu en Espagne. Je n’ai pas beaucoup de langue mais j’agis (…) Nous sommes ouvriers souviens-toi et non des sauvages qui tuent les enfants, nous voulons notre liberté et nous l’aurons (…) N’essaye pas de me faire changer d’idée car je défendrai jusqu’au bout notre drapeau rouge et je serai bientôt de retour à Draveil. »

Dans Le volontaire de la liberté, 18 mai 1937 :

« L’aspiration du gouvernement de l’Espagne républicaine, du gouvernement du front populaire, est de sauvegarder contre la sanglante poussée fasciste, l’Espagne républicaine avec un régime démocratique parlementaire à profond contenu social.

La question de la structure de l’Etat et des formes économiques de l’Espagne est une affaire intérieure aux Espagnols eux-mêmes.

L’humanité aspirant à la paix, est intéressée uniquement à ce que l’Espagne ne soit pas transformée en base de manoeuvres criminelles du fascisme étranger, fauteur de guerre. »

Robert Giraud, dans Le soldat de la République, No 54, 25 novembre 1937 :

« Mais de même que nos frères de l’URSS sont montrés maintenant en exemple non plus seulement par les masses prolétariennes, mais par les classes moyennes et par ceux des classes supérieures dont le coeur et la raison n’ont pas sombré dans l’absurde idéologie fasciste, de même un jour prochain camarades, nous serons cités également, comme les meilleurs artisans de la Paix, de la Liberté et du Progrès, par le monde entier. »

Marcel Bertone, réponse à des questions posées lors du rapatriement des Brigades, automne 1938 :

« Lorsque je suis venu en Espagne, j’étais très jeune, sans aucune expérience, sans presque d’éducation politique, poussé par un instinct de classe, un instinct de solidarité envers les camarades espagnols plus qu’autre chose. Je ne comprenais pas beaucoup ce qui se passait en Espagne. Je l’ai appris dans la lutte. »

Georges S., lettre à ses parents et à son fils Maurice, le 29 janvier 1938 :

« Vous me demandez pourquoi je vous ai caché mon départ. Vous savez tout comme moi que la vie que je faisais n’était pas pour durer.

J’avais une mauvaise fréquentation dans les cafés et de plus je voulais faire mon devoir contre le fascisme car nous avons été et même encore sous un régime que nous ne pouvons plus tenir, au père on lui a retiré ses demi-journées de maladie quand il a été à Paris et à Maurice on l’a renvoyé comme un malpropre et même pour notre salaire nous avons du mal à gagner notre pauvre vie. Voilà pourquoi je suis venu en Espagne. Quand nous serons vainqueurs leur tour viendra j’ai vécu comme le père m’a donné la connaissance de son parti et le respecterai toujours jusqu’à la mort pour la liberté et la République. »

André Marty, dans un bilan de l’expérience des Brigades internationales, été 1939 :

« Du point de vue caractéristiques politiques, la maladie générale des volontaires à leur arrivée en Espagne, maladie qui fut longue et ne fut à peu près guérie qu’après l’unification totale des communistes dans le parti espagnol, cette maladie était le sectarisme, l’incompréhension de la politique du Front populaire, le peu d’étude de la situation en Espagne. Les volontaires qui venaient de France, Français, Polonais, Italiens, etc., avaient comme mot d’ordre pendant trois mois : « Les Soviets partout ! »

(…) Beaucoup – dont entre autres les Anglais et les Américains – prétendaient « que le Front populaire était un truc » des communistes espagnols pour instaurer progressivement la dictature du prolétariat « sans le dire ». Et c’est ainsi que les volontaires durent apprendre du peuple espagnol la théorie et la pratique du Front populaire. »

Textes extraits de Rémy Skoutelsky, L’Espoir guidait leurs pas, Paris, Grasset, 1998.