Guerre d’Ethiopie et discours de Mussolini (1935-1936)
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Guerre d’Ethiopie et discours de Mussolini (1935-1936)

Christiane Peyronnard, Patrice Delpin
dimanche 12 juillet 2015

Les Italiens s’emparent successivement d’Axoum, Adoua et Maklli.
http://www.herodote.net/2_octobre_1935-evenement-19351002.php

Déclaration de guerre à l’Ethiopie

diffusée par radio le 2 octobre 1935

"Chemises noires de la révolution ! Hommes et femmes de toute l’Italie ! Italiens, habitants dans toutes les régions du monde, au delà des montagnes et des océans ! Ecoutez !

Une heure solennelle dans l’histoire de la patrie est sur le point de sonner.
Vingt millions d’Italiens sont en ce moment même rassemblés sur les places d’Italie. C’est la plus gigantesque démonstration de toute l’histoire du genre humain. Vingt millions d’Italiens mais un seul coeur, une seule volonté, une seule décision. Cette manifestation démontre que l’identité entre l’Italie et le fascisme est parfaite absolue inaltérable. Il n’y a que des cerveaux ramollis dans des illusions puériles ou étourdis par la plus profondes des ignorances pour penser le contraire, puisqu’ils ignorent ce qu’est cette Italie fasciste de 1935.

Depuis beaucoup de mois la roue du destin tourne, sous l’impulsion de notre calme et de notre détermination, vers son but naturel. Au cours de ces dernières heures son rythme est devenu plus rapide : il est désormais irrépressible.
Ce n’est pas seulement une armée qui marche vers ses objectifs, ce sont quarante-quatre millions d’Italiens qui marchent avec cette armée, tous unis, puisque l’on essaye de commettre contre eux la plus noire des injustices : celle de nous enlever un peu de place au soleil.

Quand, en 1915, l’Italie décida d’unir son sort à celui des alliés que de cris d’admiration et que de promesses. Mais après la victoire commune, à laquelle l’Italie avait apporté sa contribution suprême de 600’000 morts, 400’000 mutilés, un million de blessés, quand l’on s’assit autour de la table d’une paix odieuse, il ne resta, pour nous, que les miettes du festin colonial des autres. Pendant quinze années nous avons patienté, tandis qu’autour de nous se serrait, toujours plus rigide, le cercle qui veut étouffer notre impétueuse vitalité.

Oh Ethiopie ! Nous patientons depuis 40 ans, maintenant ça suffit !

A la Ligue des Nations, plutôt que de reconnaître le juste droit de l’Italie, l’on ose parler de sanctions. Aujourd’hui (et je refuse de croire, jusqu’à preuve du contraire, que le vrai peuple de France puisse s’associer aux sanctions contre l’Italie) les 6’000 tués de Bligny, morts dans un si héroïque assaut qui arracha l’admiration au commandant ennemi lui-même, aujourd’hui, ces 6’000 morts sursauteraient, sous la terre qui les recouvre. Et, jusqu’à preuve du contraire, je me refuse à croire que le peuple de Grande Bretagne, le vrai, veuille verser son sang et pousser l’Europe dans la voie de la catastrophe, pour défendre un pays africain, universellement reconnu comme barbare et indigne de figurer parmi les peuples civilisés.

Cependant, nous ne pouvons feindre d’ignorer les éventualités de demain. A des sanctions économiques, nous répondrons avec notre discipline, avec notre sobriété, avec notre esprit de sacrifice.

Applaudissements.
A des mesures d’ordre militaire, nous répondrons avec des mesures d’ordre militaire. A des actes de guerres nous répondrons avec des actes de guerre.

Que personne n’entretienne l’illusion de nous plier, sans avoir auparavant durement combattu. Un peuple jaloux de son honneur ne peut avoir et n’aura jamais d’autres attitudes.

Mais, que cela soit dit encore une fois de la manière la plus catégorique (comme un engagement sacré que je prends, en ce moment, devant tous les Italiens qui m’écoutent), nous ferons tout notre possible pour éviter qu’un conflit colonial devienne un conflit européen. Cela peut plaire aux esprits troubles, qui pensent, à travers une nouvelle catastrophe, trouver vengeance pour leurs temples écroulés. Mais nous ne sommes pas de ceux-là. Jamais comme à cette époque historique, le peuple italien a montré toute la force de son esprit et la puissance de son caractère. Et c’est contre ce peuple, auquel l’humanité doit les plus importantes de ses conquêtes, et c’est contre ce peuple de héros de saints de poètes d’artistes de navigateurs de colonisateurs d’émigrants que l’on ose parler de sanction.

Italie ! Italie prolétaire et fasciste ! Italie de Vittorio Veneto et de la révolution : debout ! Debout.
Fais en sorte que ton cri, fais en sorte que le cri de ta décision ferme et irréductible remplisse le ciel et arrive à nos soldats en Afrique orientale et qu’il soit de réconfort à ceux qui vont combattre et qu’il incite les amis et mette en garde les ennemis. C’est la parole de l’Italie qui va au-delà des monts et des mers, dans le monde entier.

Le cri de l’Italie d’aujourd’hui, c’est un cri de justice et c’est un cri de victoire ! "

A. SIMONINI, Il linguaggio di Mussolini, Bompiani, Milano, 1978, pp.70-82 (traduction : Alberto Cairoli)

Fin de la guerre d’Ethiopie, prise d’Addis-Abeba au mois de mai 1936

L’Ethiopie, la ville abandonnée

"Dès que l’Empereur [le négus Haïlé Sélassié] est parti, une foule hurlante monte vers le Guébi. Toutes les pièces du palais sont mises à sac. Abyssins, Gallas, anciens soldats, luttent avec acharnement pour s’emparer des trésors qu’ils croient rassemblés. A défaut du trésor, ils y prennent des armes...

Moi-même, je quitte ma maison, et renonçant à me réfugier dans une ambassade, je m’installe avec un journaliste français dans un petit appartement donnant sur l’avenue Makonnen. Je ne puis être mieux placé pour observer de ma fenêtre ce qui va se passer à l’arrivée des Italiens, mais je comprends bientôt que les événements ne vont pas me laisser une telle tranquillité.

Les coups de feu, d’abord isolés, prennent peu à peu l’intensité de véritables fusillades. En plusieurs points de la ville, on voit monter la fumée des incendies.

- Tout cela n’a aucune importance, me dit au matin du 2 mai un médecin d’Addis-Abeba habitant le pays depuis plus de 10 ans. Les coups de feu sont une manière, pour les Abyssins, de manifester leur joie.

Ce pauvre homme était loin de se douter que dans la nuit, il allait être chassé de son hôpital et de sa maison en flammes...

De mon balcon, j’observe les premiers pillages. Cela passe dans la maison d’en face. Un groupe d’Abyssins mitraille le rideau de fer d’une agence de voyage. Ils forcent la porte, et déçus de ne rien trouver à intérieur, mettent le feu.

Successivement, tous les magasins de l’avenue Makonnen sont pillés et incendiés. Comme le journaliste et moi avons réuni dans notre petit appartement tous nos effets personnels et nos documents, nous décidons demeurer quand même et de nous y défendre si sommes attaqués.

Dans l’après-midi, alors que j’écris à ma table, je suis subitement dérangé par un vacarme à l’étage inférieur. Ce sont les bandits qui font irruption dans la boutique du tailleur. Leur entrée s’accompagne d’une série de coups de feu et je vois la trace des balles trouer le plancher autour de moi.

Je ne fais qu’un bond sur le pas de la porte pour voir le journaliste s’en aller avec une grosse valise en direction d’une petite maison se trouvant dans la cour, derrière la nôtre, et habitée par des Grecs. Je n’ai pas le temps de le suivre que déjà des chiftas surgissent et braquent des fusils sur ma poitrine.

- Berr,berr, berr... de l’argent, de l’argent...

- Yelem berr... pas d’argent !

Ils ne se gênent pas pour fracasser mon armoire, mais j’ai le temps de ramasser mes dossiers les plus précieux et de filer dans la maison des Grecs.

Arrivé là, je suis pris de rage et je reviens dans mon appartement, revolver au poing. Les assaillants du début ont fait place à cinq ou six Abyssins complètement saouls et véritablement menaçants. Deux d’entre eux se disputent mes vêtements qu’ils ont sortis des tiroirs. Je ramasse encore quelques photographies représentant pour moi de précieux souvenirs, et, écartant les deux soldats qui se trouvent devant la porte, j’essaie de fuir. Tournant la tête, j’aperçois un fusil braqué dans ma direction, j’attrape la balustrade et fais un saut de cinq mètres dans la cour. J’entends les balles siffler mais j’arrive indemne pour la deuxième fois dans la maison des Grecs.
(...)
Dans les jardins du Guébi, des tapis, des tentures lacérées, traînent parmi les débris du mobilier impérial.

Même les hôpitaux sont vides. Les dortoirs sont saccagés, la pharmacie brisée. Les malades sont partis, emportant tout ce qu’ils pouvaient de matériel et de médicaments. Il en est ainsi à l’hôpital Menelik comme l’hôpital français, à l’hôpital de Filoa comme à l’hôpital italien.

Le boulevard Makonnen, où toutes les vitrines sont dévastées, est jonché de caisses et de poutres noircies. La petite baraque en bois sur laquelle s’étalait fièrement le drapeau tout neuf de la Kay Mascal a flambé... De ce qui abrita pendant sept mois l’espoir tragiquement déçu la Croix-Rouge éthiopienne, il ne reste que cendres et fumée.

Au début de l’après-midi, j’apprends que mon ami, Dr Melly, est en train d’agoniser à la Légation de Grande-Bretagne. Le chef de la glorieuse ambulance qui sauva tant d’hommes sur le front nord, a terminé sa mission dans les rues d’Addis-Abeba en accompagnant les camions qui allaient relever les victimes de la fusillade. Au moment où il se relevait, après avoir une femme blessée, un chifta saoul lui a déchargé son arme en pleine poitrine.

Au moment où j’arrive à la Légation, le Ministre d’Angleterre et sa femme sont sur le perron de la résidence. De ce poste d’observation, on découvre au loin la campagne, coupée par la fameuse route du nord.

Sur cette route, un poudroiement... Figés, nous attendons.

Je ne me ressaisis que lorsque paraît l’avant-garde des colonnes fascistes, dans un strident vacarme de moteurs, de sirènes et de trompes.
Des jardins de la résidence, une clameur s’élève. Pour tous ces réfugiés, mais pour eux seuls, les agresseurs semblent des libérateurs...

Je me hâte vers l’infirmerie, mais il est trop tard. Le Dr Melly rend son dernier soupir à l’instant même les armées de Mussolini pénètrent dans la capitale.

Le même soir...

Le Maréchal Badoglio vient d’arriver à la Légation d’Italie. J’assiste à la prise de possession officielle de ville d’Addis-Abeba qui marque le dernier acte de la guerre d’Ethiopie [5 mai 1936].

Le drapeau italien, désormais royal et impérial, hissé au mât. Les clairons sonnent. Les soldats hurlent des mots déjà entendus au Caire :

- Vjva il Ducce ! A chi la Vittoria ?... A noi !

Je suis reçu par le Maréchal Badoglio qui me salue d’un air froid quand je me présente comme délégué du Comité international de la Croix-Rouge.

- Voyez-vous, me dit-il, la Croix-Rouge aurait mieux fait de ne pas se mêler de tout cela...

Je ne lui réponds rien."

JUNOD, Marcel. Le troisième combattant, Genève 1989. p.86-88. 93-94.
Junod était délégué du CICR sur place.

Mussolini, discours radiodiffusé depuis la place de Venise, à Rome, 9 mai 1936

« Italiens et Italiennes, dans la Patrie et dans le monde !

Écoutez !

L’ltalie possède enfin son empire. Empire fasciste, parce qu’il porte les signes indestructibles de la volonté et de la puissance du licteur romain, car il est le but vers lequel, durant quatorze ans, ont été tendues les énergies impétueuses mais disciplinées des jeunes et vaillantes générations italiennes.

Ô Italiens, voici la loi qui clôt une période de notre histoire et en ouvre une autre, comme un immense passage vers toutes les possibilités de l’avenir :

1) Les territoires et les populations de l’ancien empire d’Éthiopie sont placés sous la souveraineté pleine et entière du royaume d’Italie ;

2) Le titre d’empereur d’Éthiopie est attribué au roi d’Italie et à ses successeurs.

Levez bien haut, légionnaires, vos drapeaux, vos armes et vos cœurs pour saluer, après quinze siècles, la résurrection de l’Empire sur les collines fatidiques de Rome. »

Les relations internationales vues par Mussolini : le discours de Milan (1er nov. 1936)

"Chemises Noires de Milan !

Par le discours que je vais prononcer devant vous (...) je veux définir la situation de l’Italie fasciste au point de vue de ses relations avec les autres peuples de l’Europe, à cette heure si pleine de troubles et d’inquiétudes. (...)

Si l’on veut éclaircir l’atmosphère politique de l’Europe, il faut d’abord faire table rase de toutes les illusions, de tous les lieux communs, de tous les mensonges conventionnels, de toutes les épaves du grand naufrage des idéologies wilsoniennes. Une de ces illusions s’est écroulée : c’est celle du désarmement. Personne ne veut désarmer le premier et désarmer tous ensemble, c’est impossible et c’est absurde. (...) Pour nous fascistes, habitués à examiner froidement les réalités de la vie et de l’histoire, une autre illusion que nous repoussons c’est celle qui se dénomme la « sécurité collective ». La sécurité collective n’a jamais existé, elle n’existe pas et n’existera jamais. Un peuple viril réalise dans ses frontières sa propre sécurité et refuse de confier son avenir aux mains suspectes des étrangers. (...)

Pour la Société des Nations, le dilemme se pose en termes très clairs : ou se renouveler, ou disparaître. Puisqu’il est extrêmement difficile pour elle de se renouveler, elle peut tranquillement, en ce qui nous concerne, disparaître. De toute façon, nous n’oublierons jamais que la Société des Nations a organisé, avec des méthodes d’une habileté diabolique, une inique agression contre le peuple italien. (...) elle a cherché à briser notre effort militaire, à s’opposer à l’oeuvre de civilisation que nous accomplissions à environ 4 000 km de la mère patrie. Elle n’a pas réussi ; (...).

Du reste, pour faire une politique de paix, il n’est pas nécessaire de passer par les dédales de la Société des Nations. (...) Après dix-sept ans de polémiques, de frictions, de malentendus, de problèmes restés en suspens, des accords avaient été, en janvier 1935, conclu avec la France. Ces accords pouvaient et devaient ouvrir une ère nouvelle de relations vraiment amicales entre les deux pays. Mais vinrent les sanctions. Naturellement, l’amitié des deux nations subit un premier refroidissement. (...) Il est de toute évidence que tant que le gouvernement français gardera vis-à-vis de nous une attitude d’attente réservée, nous ne pourrons que l’imiter. (...)

Avec les accords du 11 juillet, une ère nouvelle s’est ouverte dans l’histoire de l’Autriche moderne (...) et j’ai la conviction que ces accords ont fortifié la stabilité de cet État et en ont aussi grandement garanti l’indépendance.

Tant que justice n’aura pas été rendue à la Hongrie, il ne pourra pas y avoir de règlement définitif des questions qui intéressent le bassin du Danube. La Hongrie est vraiment la grande mutilée : quatre millions de Magyars vivent en dehors de ses frontières actuelles. En voulant appliquer minutieusement une justice trop abstraite, on est tombé dans une injustice encore plus grande. (...)

Dans ces derniers temps, l’atmosphère diplomatique s’est grandement améliorée. [avec la Yougoslavie]

Une grande nation a ces derniers temps conquis la sympathie du peuple italien : je parle de l’Allemagne. Les entretiens de Berlin ont eu pour résultat un accord entre les deux pays, sur des problèmes déterminés (...) mais ces ententes qui ont été formulées dans des procès-verbaux dûment signés, cette verticale Berlin-Rome, n’est pas une cloison étanche, c’est plutôt un axe autour duquel peuvent évoluer tous les États européens animés d’une volonté de collaboration et de paix. (...)

Je me suis jusqu’ici occupé du Continent. Il faut que les Italiens peu à peu se fassent une mentalité d’insulaires, parce que c’est l’unique moyen de porter sur son vrai plan le problème de la défense navale de la Nation. L’Italie est une île de la Méditerranée. Cette mer pour la Grande-Bretagne est une route, une des nombreuses routes, plutôt un raccourci grâce auquel l’Empire britannique accède plus rapidement à ses territoires coloniaux. (...) Si, pour les autres, la Méditerranée est une route, pour nous autres, Italiens, c’est la vie même. (...) Nous exigeons que nos droits et nos intérêts vitaux soient respectés. (...) On ne peut pas penser à une guerre entre les deux nations, et moins encore à une guerre qui s’étendrait immédiatement à toute l’Europe. Il n’y a donc qu’une solution : une entente sincère, rapide, complète, ayant pour base la reconnaissance des intérêts réciproques de chaque nation.

Mais s’il n’en était pas ainsi, si vraiment, ce que je ne veux pas admettre aujourd’hui, on méditait d’étouffer la vie du peuple italien dans cette mer, qui fut la mer de la Rome antique, eh bien ! qu’on sache que le peuple italien se dresserait tout entier comme un seul homme, prêt à combattre avec une énergie et une décision sans précédent dans l’histoire. (...)"

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