La Guerre de Sept ans
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La Guerre de Sept ans

Karine Filliette
mardi 7 juillet 2015

Le renversement des alliances (le rapprochement entre la France et l’Autriche) fut le prélude de ce qui allait être la Guerre de 7 ans, où la Prusse de Frédéric II dut défendre son existence face à une vaste coalition (France, Autriche, Russie, Saxe, Suède, Hesse et Brunswick par le traité de Versailles de 1756) avec le soutien et l’alliance temporaire de la Grande-Bretagne. Celle-ci fut la vraie gagnante de ce long conflit européen (Pitt déclara : "Nous avons gagné la Canada en Silésie.").

Bernis (1715-1794) et le renversement des alliances (1756)

« Ce serait ici le lieu d’approfondir la question tant rebattue, si le Roi a dû, en bonne politique, s’allier à la cour de Vienne. J’aurai occasion de traiter à fond cette matière dans la troisième partie de ces Mémoires. [Cette troisième partie ne sera jamais achevée.] Je me contenterai de dire ici qu’aucune des raisons qui, depuis Charles-Quint, avaient engagé la France à regarder la maison d’Autriche comme son ennemie, ne subsistait plus aujourd’hui ; que cette maison, si puissante autrefois, et qui aspirait, non sans fondement, à la monarchie universelle, avait perdu le royaume d’Espagne et des Indes, le royaume de Naples et de Sicile, une partie du Milanais, la Servie contre les Turcs, et toute la Silésie contre le roi de Prusse ; que si la puissance de cette maison était encore formidable, c’était un motif de plus pour le Roi de l’avoir pour alliée plutôt que pour ennemie ; que la maison d’Autriche a toujours été le centre de réunion de tous les ennemis de la France ; que nous n’avons à craindre d’envahissement que du côté de l’Allemagne, et qu’ainsi, étant réunis avec la plus grande puissance de cette partie de l’Europe, nous n’aurons plus à redouter les grands malheurs de la guerre ; que, par cette réunion, la France trouvait le moyen d’affermir les différentes branches de la maison royale, dans leurs Etats d’Italie et d’Espagne. C’est en effet au traité de Versailles qu’on est redevable de n’avoir pas eu une guerre sanglante à soutenir à la mort du roi Ferdinand d’Espagne : l’infant don Philippe a conservé ses Etats, et le roi d’Espagne, aujourd’hui régnant, a déshérité son fils aîné pour donner les royaumes de Naples et de Sicile à son second fils. Toutes ces choses se sont opérées sans obstacle, et sans qu’on ait brûlé une amorce : c’est le traité de Versailles qui a étouffé l’incendie, prêt à s’allumer à la mort du dernier roi d’Espagne.

Qu’on ajoute à ces considérations que, par l’union des cours de Versailles et de Vienne et la bonne correspondance avec l’Espagne, le Roi pouvait terminer tous les différends nés ou à naître au sujet des limites des Etats respectifs ; qu’il appuyait son système politique sur une base plus solide et plus honorable que celle d’une alliance avec le roi de Prusse, dont toute la puissance consiste dans son mérite personnel, dans les ressources de son génie, et dont la fidélité a toujours été suspecte.
Enfin, et ce seul mot résout la question, l’Angleterre est l’ennemie véritable de la France ; l’Impératrice-Reine était l’alliée la plus puissante de la cour de Londres : il était donc fort sage de l’enlever aux Anglais. Mais, a-t-on dit, et mille échos l’ont répété, la cour de Vienne opprimera l’Empire, qui n’avait de soutien que de la France. La réponse est facile et sans réplique : le traité de Versailles a pour base et pour fondement l’observation entière et littérale des traités de Westphalie : si l’Impératrice manque à ces mêmes traités, celui de Versailles est rompu, et les choses rentrent dans leur premier état… Il serait superflu de répondre aux autres objections que l’ignorance ou l’envie ont multipliées. Tout ce que l’on peut dire de plus raisonnable, c’est que le traité de Versailles est un chef-d’oeuvre de sagesse et de politique, mais que les engagements qu’on a pris à la suite de ce traité avec la cour de Vienne ont été peut-être trop forts : ils ne sont devenus insoutenables et dangereux que par notre mauvaise conduite, le mauvais emploi de nos forces, et l’intrigue qui a présidé au choix des généraux. »

Mémoires du cardinal de Bernis. Paris 1986/2000, pp. 297-299.


Le renversement des alliances de 1756 – 1757 selon Choiseul (1719-1785)

Dans ses Mémoires, Choiseul donne sa version du renversement des alliances qui voit la France se rapprocher de l’Autriche. Écrit après sa disgrâce, soit quinze ans plus tard, le texte ne reflète pas l’opinion que Choiseul exprimait au moment des événements. Il approuva en effet la politique de l’abbé de Bernis, appuya l’alliance et la conduite de la guerre de Sept Ans jusqu’au bout, avec de lourdes conséquences pour la France.

« [Le traité secret] fut signé le 1er mai 1757, le même jour précisément que le premier traité défensif avant été signé l’année précédente.
Je savais la négociation du traité secret ; j’avais connaissance de quelques articles principaux, mais j’ignorais l’immensité de ce traité, et en tout je ne laissais pas d’être inquiet qu’une besogne aussi vaste fût confiée à une tête aussi enivrée que l’était celle de l’abbé de Bernis. Je me rappelle que, quelques jours après la signature, je fus à Crécy avec Mme de Pompadour et une partie du ministère ; ce fut en arrivant que l’abbé de Bernis et le maréchal de Belleisle me dirent chez Mme de Pompadour qu’ils avaient apporté le traité pour m’en donner connaissance. Ils me le remirent, en me priant de le lire pendant les deux jours que nous restions à Crécy, parce qu’ils en avaient besoin pour le Conseil et pour le remettre au bureau, d’où j’en aurais une copie quand je partirais. Je n’ai jamais vu personne aussi enthousiaste de son ouvrage que l’abbé de Bernis me le parut ; il avait l’air de me dire en me remettant ses papiers : « Allez, vous conviendrez, quand vous aurez lu, que je suis le plus grand homme en politique qui ait jamais existé. » Le maréchal de Belleisle applaudissait, en frappant de sa canne, à toutes les louanges que l’abbé de Bernis se donnait en frappant de sa main sur son ventre ; Mme de Pompadour me faisait signe que j’étais bien heureux d’être l’instrument dont se servaient de si grands ministres, et moi, avec l’air humble et bête, je répondais : « Je vous dirai ce que j’en pense quand je l’aurai lu. »

Je passai la nuit à lire ce traité. Quel fut mon étonnement de voir tous les moyens que l’on avait entassés les uns sur les autres dans cette pièce ! Il y en avait d’impossibles, d’autres étaient contradictoires ; mais ce qui était de plus sensible était comment la France était sacrifiée dans tous les points pour une illusion. Il paraissait que ce traité, immense par le nombre d’engagements, n’avait d’objet réel que le sacrifice de presque toute l’Europe à l’agrandissement de la maison d’Autriche. De bonne foi je crus ou que je rêvais, ou qu’il y avait un mystère politique dont je n’étais pas instruit qui occasionnait les idées révoltantes qui me saisissaient à chaque article que je lisais. Je faisais d’ailleurs des réflexions très tristes sur mon ambassade [Choiseul est alors ambassadeur à Vienne.] ; je voyais que le ministère était la dupe en entier de celui de Vienne, et je me sentais de la répugnance à être l’ambassadeur de la duperie. Le lendemain, après m’être levé fort tard et avoir pris mon parti de tâcher dans le premier moment de ne louer ni blâmer ce que j’avais lu, je reportai le traité chez Mme de Pompadour, où étaient ces messieurs. A mon arrivée elle, ainsi que l’abbé de Bernis et M. de Belleisle, vinrent à moi et de l’air le plus ravi me dirent : « Eh bien, comment avez-vous trouvé cette besogne ? - Elle est si immense, répondis-je, qu’il serait téméraire à moi, après une simple lecture, de donner mon avis. Il faut travailler longtemps sur ce traité avant que de pouvoir en connaître toutes les branches. Le projet est grand, et très grand ; mais l’exécution, je l’avoue, m’effraie. – On vous rassurera », me dit le maréchal de Belleisle, et, après quelques propos d’extase sur la bonté de l’ouvrage, nous ne parlâmes plus du traité. »

Mémoires du duc de Choiseul. Paris, Mercure de France, 2005, pp. 169 – 171.


Traité de Paris : perte du Canada français

« Sa Majesté Très Chrétienne renonce à toutes les Prétentions, qu’elle a formées autrefois, ou pu former, à la Nouvelle Écosse, ou l’Acadie, en toutes ses Parties, & la garantit toute entière, & avec toutes ses Dépendances, au Roi de la Grande Bretagne. De plus, Sa Majesté Très Chrétienne cède & garantit à Sa dite Majesté Britannique, en toute Propriété, le Canada avec toutes ses Dépendances, ainsi que l’Île du Cap Breton, & toutes les autres Îles, & Côtes, dans le Golfe & Fleuve S’ Laurent, & généralement tout ce qui dépend des dits Pays, Terres, Îles, & Côtes, avec la Souveraineté, Propriété, Possession, & tous Droits acquis par Traité, ou autrement, que le Roi Très Chrétien et la Couronne de France ont eus jusqu’à présent sur les dits Pays, Îles, Terres, Lieux, Côtes, & leurs Habitants, ainsi que le Roi Très Chrétien cède & transporte le tout au dit Roi & à la Couronne de la Grande Bretagne, & cela de la Manière & de la Forme la plus ample, sans Restriction, & sans qu’il soit libre de revenir sous aucun Prétexte contre cette Cession & Garantie, ni de troubler la Grande Bretagne dans les Possessions susmentionnées. De son Coté Sa Majesté Britannique convient d’accorder aux Habitant du Canada la Liberté de la Religion Catholique ; En Conséquence Elle donnera les Ordres les plus précis & les plus effectifs, pour que ses nouveaux Sujets Catholiques Romains puissent professer le Culte de leur Religion selon le Rit de l’Église Romaine, en tant que le permettent les Lois de la Grande Bretagne. Sa Majesté Britannique convient en outre, que les Habitants Français ou autres, qui auraient été Sujets du Roi Très Chrétien en Canada, pourront se retirer en toute Sûreté & Liberté, où bon leur semblera, et pourront vendre leurs Biens, pourvu que ce soit à des Sujets de Sa Majesté Britannique, & transporter leurs Effets, ainsi que leurs Personnes, sans être gênes dans leur Émigration, sous quelque Prétexte que ce puisse être, hors celui de Dettes ou de Procès criminels ; Le Terme limité pour cette Émigration sera fixé à l’Espace de dix-huit Mois, à compter du Jour de l’Échange des Ratifications du présent Traité. »

Source : http://www.tlfq.ulaval.ca/AXL/amnord/cndtraite_Paris_1763.htm

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