On a vu avec la peste de Marseille, l’action de l’État pour contenir une épidémie. Sous le Premier empire, le préfet français de l’Arno (Toscane, Italie) institue des comités de vaccine. Le représentant de l’État agit donc directement contre la maladie.

Préambule de l’arrêté du 15 mai 1810 par lequel le préfet de l’Arno institue des comités de vaccine dans chaque arrondissement

Le préfet du département de l’Arno à ses administrés. MessieursTexte bilingue français et italien imprimé et affiché.,

La petite véroleLa variole. a fait des ravages affreux l’année dernière dans ce département; un tiers de ceux qui ont été atteints de ce fléau destructeur a péri, Combien de chefs de famille gémissent encore sur les pertes qu’ils ont éprouvées!

J’ai le cruel devoir de les accuser eux-mêmes comme les auteurs des maux qui les accablent.

J’ai le cruel devoir de les menacer de la perte de leurs enfants qui leur restent, s’ils s’obstinent à repousser le bienfait que la Providence a mis à leur disposition ; cette Providence admirable, qui constamment place le remède à clé du mal, n’a point été écoutée dans ces contrées, le berceau de la civilisation de l’Europe !

Des sauvages eux-mêmes ont adopté la méthode[La vaccine.->http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/tlfiv4/showps.exe?p=combi.htm;java=no;] qui sauve les générations de cet horrible fléau qui, comme l’a dit un auteur fameux de l’Italie, déforme, mutile ou tue la moitié de l’espèce, qui, alors même qu’il ne donne point la mort laisse presque toujours dans tout le cours de la vie les traces funestes de son passage ; mal qui s’annonce avec des signes équivoques et se communique avant de paraître ; mal enfin qui devient plus funeste encore quand la réunion de beaucoup d’ enfants en facilite la propagation et la contagion.

Et les précautions qu’ont prises des sauvages à la voix de l’exemple et de l’expérience., les premiers peuples policés de l’Europe les négligeraient que dis-je, les repousseraient même, et resteraient seuls Je fatiguerai l’irrésolution, je combattrai l’ignorance, je détruirai toutes les objections, non par des raisonnements mais par les faits, je couperai toutes les communications au mal, toutes les facilités seront offertes dans toutes les parties du département aux amis de l’humanité pour progager la bienfaisante vaccine. L’arrêté ci-joint renferme quelques-unes des mesures qui me sont prescrites par le gouvernement; il est motivé d’ailleurs sur des considérations du plus haut intérêt pour la conservation des hommes; je compte dès lors sur l’appui de la science, sur le concours des ministres de la religion, et sur le zèle et l’activité de tous les chefs des établissements de bienfaisance et de l’administration civile […]


Arrêté préfectoral du 15 mai 1810

Le préfet du département de l’Arno, baron de l’Empire, officier de la Légion d’honneur,

Considérant que l’intérêt des familles, celui de la société en général sollicitent des mesures administratives propres à assurer les progrès de la vaccination, à la répandre dans les campagnes, à confier à des citoyens recommandables par leur sagesse et leur moralité, par leurs lumières, leur zèle et leurs talents le soin d’instruire les hommes peu éclairés sur les avantages de la méthode et de la mettre en pratique…

Considérant que S.M. l’Empereur et Roi, voulant encourager par tous les moyens possibles la propagation de la vaccine, a ordonné qu’il serait décerné six prix chaque année aux personnes qui auront fait le plus grand nombre de vaccinations…

Considérant qu’on ne saurait trop s’empresser de répondre aux vues paternelles et bienfaisantes de Sa majesté…

Arrête…
(le document détaille ensuite l’obligation de créer des comités de vaccine).

Fait à Florence, en l’hôtel de la Préfecture, le 15 mai 1810.
J. Fauchet.

Arch. nat., FI’ 102., cité par Yves-Marie Bercé, Le chaudron et la lancette. Croyances populaires et médecine préventive (1798-1830), Paris, Presses de la Renaissance, 1984, p. 315-316.

Glossaire :

  • Considérant  : terme marquant l’annonce de chacune des motivations, ou causes, de l’arrêté administratif.
  • S.M. : Sa Majesté.

Questions préalables : Où se trouve Florence et la vallée de l’Arno ? Pourquoi le texte est-il en français et en italien ? Qui règne sur ce territoire en 1810 ?

  • 1. Nature des textes.
  • 2. Quels sont, dans chacun des deux textes, les moyens employés contre la petite vérole (ou variole) ?
  • 3. Qui déploie ces moyens ? Au nom de quoi ? Quelle aide appelle-t-il ?