E. Seconde Guerre mondiale

1947 – Le général de Gaulle réussira-t-il tout de même un jour à devenir le personnage national qu’il prétend être ?

Alfred Fabre-Luce (1899-1983) passa pour un esprit libre et indépendant. On le connait également pour sa parenté par alliance avec Valéry Giscard d’Estaing, dont il raconte la soirée électorale de 1974 au Cercle interallié dans Les Cent Premiers jours de Giscard (Laffont, 1975). Libéral, il semble avoir été inquiété en 1943 pour un ouvrage intitulé Journal de La France, lequel lui amena aussi des ennuis à la libération. Très critique vis-à-vis de la Résistance et d’une épuration dont il tend à exagérer l’ampleur, il attend en 1947 la Troisième Guerre mondiale, plaide pour l’Europe supranationale (après avoir moqué et écarté en deux lignes le plan Monnet dont il laisse entendre qu’on ne parlera plus guère) et se persuade que de Gaulle, qu’il voit avant tout comme un diviseur, est décidé un jour à reprendre le pouvoir, sans en avoir l’envergure. C’est ce qu’il raconte dans un ouvrage publié en 1947 chez un éditeur suisse par ailleurs connu pour son ouverture aux anciens de Vichy.

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La judéophobie chrétienne : les juifs dans un abrégé d’histoire sainte de 1910 à l’usage des écoliers

A la fin des années 1990, dans les environs d’Épernay, une vieille dame confiait dans un repas de famille que ce qu’on avait fait aux juifs pendant la guerre n’était « pas bien ». Profondément catholique, elle expliqua que si les juifs avaient « tué Dieu » (sic), comme elle l’avait appris, avant-guerre, au catéchisme, il ne fallait tout de même pas les traiter ainsi car le christianisme affirmait qu’il fallait pardonner. Ayant reçu avant-guerre son instruction religieuse, cette brave chrétienne n’avait assurément pas intégré l’abandon du concept de peuple déicide consécutive au concile Vatican II de 1962-1965.Première forme de l’antisémitisme à côté de l’antisémitisme social d’un Proudhon, de l’antisémitisme racial des nazis ou de l’antisémitisme lié à la la question du Proche-Orient, la judéophobie chrétienne trouve son origine dans une éducation religieuse dont on oublie que le principal vecteur, bien avant l’accès à Mathieu 26-27, fut pour les enfants, le manuel d’histoire sainte. Reprenant la reconstruction par les premiers chrétiens d’un récit imputant aux juifs et non à l’ordre romain, la responsabilité de la mort de Jésus, le présent manuel nourrit les stéréotypes courants de l’avarice, de la trahison et de l’obstination contre la vraie religion. Si la préface explique qu’il faire être rationnel dans l’éducation des enfants, on notera la double-contradiction biblique de l’entrée triomphale à Jérusalem d’un homme accueilli en messie et ensuite conspué aux cris de « Crucifiez-le ». Cette incohérence biblique est particulièrement soulignée dans le récit de simplification à l’usage des enfants. Elle est double puisqu’il est plus qu’improbable, n’en déplaise à la Bible, aux fidèles ou à Giotto, qu’on ait pu accueillir un homme en triomphe à Jérusalem sans que les Romains l’eusse sur le champ appréhendé. Il en est également ainsi des états d’âmes de Ponce Pilate, et, partant, de l’ensemble des autorités romaines, sans cesse opposés ici à l’acharnement des juifs. Tout, dans ce récit, qui en est en 1910 à sa 6e édition, pousse à croire à la trahison d’un Dreyfus, d’un Blum ou d’un Mandel.

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