Deux commémorations présidentielles françaises de la Seconde guerre mondiale (2007-2013)
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Deux commémorations présidentielles françaises de la Seconde guerre mondiale (2007-2013)

Dominique Chathuant
mercredi 10 février 2016

En commémorant le jour de son entrée en fonction (mai 2007) le massacre de la cascade du Bois de Boulogne (1944), Nicolas Sarkozy convoquait la mémoire de la résistance. Sa commémoration, le même jour de la lettre de Guy Môquet était plus ambigüe, d’une part parce qu’il empruntait au panthéon de la gauche communiste dans le souci de dépasser le clivage droite-gauche, d’autre part parce que, quand bien même l’eût-il voulu, Guy Môquet ne fut jamais résistant : il avait été arrêté comme communiste avant que le PCF, lié par le pacte germano-soviétique de 1939, ne donnât aucun ordre de résistance. La commémoration conjointe des présidents français et allemands à Oradour-sur-Glane en septembre 2013 pouvait sembler plus internationale et plus européenne mais n’excluait pas les enjeux nationaux, et peut-être le désir de renouer avec la geste et la stature de Mitterrand et Kohl à Verdun en 1984.
Perpendiculaire à la rue de Cernay, à Reims, la plaque commémorative de Raymond Hangard, Rémois engagé dans le maquis ardennais de Launois, fusillé sur le plateau de Berthaucourt le 25 janvier 1944. L'un des 21 Rémois fusillés durant la Seconde guerre mondiale. Il n'y a ici aucune ambiguité sur le statut de résistant.
Perpendiculaire à la rue de Cernay, à Reims, la plaque commémorative de Raymond Hangard, Rémois engagé dans le maquis ardennais de Launois, fusillé sur le plateau de Berthaucourt le 25 janvier 1944. L’un des 21 Rémois fusillés durant la Seconde guerre mondiale. Il n’y a ici aucune ambiguité sur le statut de résistant.

Discours d’hommage du président de la République Nicolas Sarkozy aux martyrs du Bois de Boulogne, le 16 mai 2007

Mesdames et Messieurs, Nous voici donc au Bois de Boulogne, en ce lieu tragique où 35 jeunes résistants furent fusillés par la Gestapo il y a 63 ans […] Ici en ce 16 août 1944, ces 35 jeunes Français qui vont mourir incarnent ce qu’il y a de plus noble dans l’homme face à la barbarie […] Si j’ai tenu à faire ici ma première commémoration en tant que Président de la République, dans ce lieu où de jeunes Français furent assassinés parce qu’ils ne pouvaient pas concevoir que la France reniât toute son histoire et toutes ses valeurs […], si j’ai voulu que fût lue la lettre si émouvante que Guy Môquet [1] les Allemands écrivit à ses parents à la veille d’être fusillé, c’est parce que je crois qu’il est essentiel d’expliquer à nos enfants ce qu’est un jeune Français, et de leur montrer à travers le sacrifice de quelques-uns de ces héros anonymes dont les livres d’histoire ne parlent pas [2], ce qu’est la grandeur d’un homme qui se donne à une cause plus grande que lui [3].
Le Monde, 30 avril 2008
  • 1. Que commémorait le Président Sarkozy en 2007 ?
  • 2. Pourquoi cela pouvait-il soulever une polémique ?|

Joaquim Gauck, Robert Hébras, François Hollande, Le Monde, 5 septembre 2013
Joaquim Gauck, Robert Hébras, François Hollande, Le Monde, 5 septembre 2013

Discours du président de la République François Hollande à Oradour-sur-Glane, mercredi 4 septembre 2013

« Monsieur le Président de la République fédérale d’Allemagne, Mesdames, Messieurs les élus, Monsieur le Maire d’Oradour-sur-Glane, Mesdames, Messieurs les représentants des victimes, Messieurs les survivants, Mesdames, Messieurs,
[…] Monsieur le Président […],vous êtes la dignité de l’Allemagne d’aujourd’hui, capable de regarder en face la barbarie nazie d’hier. Car ici même s’est produit un crime, le pire des crimes, un crime contre l’humanité. C’était il y a 69 ans, au mois de juin 1944 […] Les 190 hommes et garçons âgés de plus de 14 ans sont alors arrêtés, parqués dans des granges et fauchés à la mitrailleuse. Les 245 femmes, les 207 enfants sont rassemblés dans l’église, où ils sont brûlés vifs [...] Aujourd’hui, votre visite, Joachim Gauck, à Oradour-sur-Glane confirme que l’amitié entre nos deux pays est un défi à l’Histoire, mais aussi un exemple pour le monde entier […] Cette amitié, elle fonde le projet européen. Deux fois au cours du dernier siècle, notre continent s’est embrasé […] Et puis un jour, en s’éveillant du pire, du pire massacre de l’Histoire et dont l’holocauste fut le stade ultime, des Européens ont jugé qu’il fallait arrêter, une fois pour toutes, la machine infernale et qu’il ne fallait plus envoyer au front la génération suivante. Ils ont bâti une belle maison, une maison accueillante : l’Europe [...] »

Présidence de la République http://www.elysee.fr/ consulté le 5 septembre 2013
  • 3. Que commémorait ces deux présidents en 2013 ?
  • 4. Quel pouvait être l’enjeu international voire les enjeux nationaux de cette commémoration ?

Bilan

  • 5. Qu’est-ce qu’un usage politique du passé ?

[1Guy Môquet n’était pas résistant. Il fut arrêté par Vichy comme communiste, le PCF ayant été interdit depuis 1939 par la République. Il fut fusillé parce qu’il avait le même âge que des soldats allemands tués par des résistants.

[2Les manuels d’histoire ne peuvent pas évoquer Guy Môquet, qui ne fut pas résistant, dans un chapitre sur la Résistance. Il a en revanche toute sa place dans une page qui présenterait des victimes-otages. Par ailleurs, les manuels ne sont pas les programmes et les pratiques de classe.

[3Guy Môquet servit la cause communiste mais ne put devenir résistant, faute de se trouver libre à ce moment.

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