Clio Texte https://clio-texte.clionautes.org Un catalogue de textes utiles à l'enseignement de l'histoire Mon, 30 Nov 2020 14:38:53 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.5.3 L’écologie politique en France : Réné Dumont candidat (1974) https://clio-texte.clionautes.org/ecologie-politique-france-canditature-rene-dumont-1974.html https://clio-texte.clionautes.org/ecologie-politique-france-canditature-rene-dumont-1974.html#respond Sun, 15 Nov 2020 21:03:35 +0000 https://clio-texte.clionautes.org/?p=9353

Mes amis, je viens d’entrer chez vous sans avoir pu frapper à la porte, alors je crois qu’il est bon de me présenter, d’abord de vous dire un certain nombre de choses et de réfuter un certain nombre d’arguments qui ont été présentés quelquefois contre moi.

Je ne suis pas un candidat «doux rêveur». J’ai 45 ans de travail agronomique sur le terrain ou 45 ans de travail d’enseignement, surtout à l’Institut national agronomique de Paris. Donc dire que je suis un candidat «pas sérieux», c’est tout de même s’avancer un peu vite. Quand on va étudier les problèmes au village avec les paysans, avec les agriculteurs, on doit être sérieux.

Par ailleurs, si je n’étais pas sérieux, est-ce que j’aurais été choisi par plus de 50 associations, représentant plus de 100 000 adhérents répartis à travers la France ? Est-ce que, si je n’étais pas sérieux, j’aurais été présenté par 176 signatures, sans compter celles qui sont arrivées en retard, dont 80, plus de 80, maires de communes rurales, de petites communes qui sont tous les jours en contact avec les problèmes de la terre, dont 65 agriculteurs, dont 15 médecins, des notaires, des commerçants et autres notabilités ?

Je représente ici un programme écologique, un mouvement écologique. Et d’abord ce mot nouveau pour beaucoup d’entre vous, l’écologie, qu’est-ce que c’est ? Ce n’est pas un mot gadget qui a été inventé pour les besoins de cette campagne. C’est un mot, créé en 1866 par le biologiste allemand Ernst Haeckel, qui étudie les rapports entre les êtres vivants et les milieux où ils vivent. Aujourd’hui, je viens de revenir en France pour étudier avec vous les problèmes très graves qui se posent. Après avoir beaucoup étudié les problèmes de la faim dans le monde, dans le Tiers-Monde, j’estime que aujourd’hui il est temps de s’occuper des problèmes de nos pays.

rené dumont écologie politiqueMais nous, les écologistes, on nous accuse d’être des prophètes de malheur et d’annoncer l’apocalypse. Mais l’apocalypse, nous ne l’annonçons pas, elle est là parmi nous, elle se trouve dans les nuages de pollution qui nous dominent, dans les eaux d’égouts que sont devenues nos rivières, nos estuaires et nos littoraux marins. On espérait tirer de ces eaux de la mer des ressources importantes, on pensait que ce serait le grenier de l’humanité de demain. Ces eaux, ces estuaires, ces plateaux continentaux, ce sont aujourd’hui nos poubelles, là où on jette tous nos détritus.

réne dumont à velo 1974
l’écologie politique en 1974

On a dit que j’étais un vieux professeur qui se baladait à vélo. Mais oui!  Le 16 mars, j’étais avec mes amis de la terre de la Porte d’Orléans à la Concorde, pour montrer que Paris pourrait être au moins pour un jour, et dans quelques rues, le domaine de ces instruments de transport à deux roues qui ne polluent pas. On a dit que j’étais, donc, un fantaisiste, je crois que les 20 livres que j’ai écrits, la diffusion qu’ils ont eue, ôtent beaucoup de poids à de tels arguments.

Je me présente ici comme un candidat propre, à tous les sens du terme puisque nous sommes pour la propreté de l’air et de l’eau, et parce que tous les comptes d’élection seront présentés au public, seront officiels. Les uns comptent le coût de leur campagne en millions de francs lourds, nous allons les compter avec un tout petit nombre de millions de francs légers. Candidat propre qui respecte les murs, qui sait que le papier est rare, comme l’énergie, et qui, par conséquent, ne va pas couvrir nos murs d’affiches et vous ne verrez pas ma tête sur les murs de nos villes, d’abord parce que nous n’avons pas d’argent, ensuite parce que je n’ai pas envie de voir ma tête sur tous les murs de la ville. A quoi ça sert, quel argument ça apporte de montrer sa binette sur tous les murs de la ville ? C’est une grossière plaisanterie. Un candidat pauvre, je vous l’ai dit. C’est pour cela que nous sommes amarrés au port de l’Alma, à côté du Pont de l’Alma, sur un bateau-mouche qui a été gracieusement mis à notre disposition par un ami de l’environnement, qui s’inquiète notamment de voir Notre-Dame assaillie par les autos à cause d’un projet de voie expresse rive-gauche.

Nous serons les seuls à parler d’un projet global d’avenir, les seuls à regarder en face les menaces de notre expansion illimitée. Le pillage du Tiers-Monde amène un gaspillage inouï de nos matières premières. La France consommait 5 millions de tonnes de pétrole en 1939, la France consommait 120 millions de tonnes de pétrole en 1973. Une telle expansion illimitée ne peut pas se poursuivre.

Ceux qui vous disent le contraire sont des inconscients ou des menteurs. Nous n’aurons plus les moyens d’acheter de telles quantités. Notre économie, que l’on dit de plus en plus indépendante depuis 30 ans, depuis 15 ans surtout, notre économie depuis 15 ans est de plus en plus dépendante. La France a perdu son indépendance économique puisque toute son économie dépend d’une forme d’énergie importée qui va devenir de plus en plus coûteuse. Ces matières premières que le Tiers-Monde nous fournissait presque gratuitement, c’était le pillage du Tiers-Monde, pillage de matières premières sous-payées, ce qui nous permettait de gaspiller ces matières premières d’une façon inconsidérée.

Alors il va falloir cesser ces problèmes de pillage, cesser ces formes de gaspillage qui aboutissent à des choses invraisemblables. Aux Etats-Unis sont rejetés chaque année 48 milliards de boîtes de conserve vides, 65 milliards d’emballages en métal et en plastique, et il y a 9 ans, en 1965, le coût d’enlèvement de tous ces détritus s’élevait à 15 milliards de francs lourds.

Notre population ne peut augmenter indéfiniment. Et vous savez ce qui va se passer ? Eh bien, nous allons bientôt manquer de l’eau, et c’est pourquoi je bois devant vous un verre d’eau précieuse puisque, avant la fin du siècle, si nous continuons un tel débordement, elle manquera.

A lundi, je vous dis au revoir, et j’espère vous revoir pour vous expliquer notre projet global d’avenir. Merci mes amis.

19 avril 1974 Campagne électorale officielle : 1er tour de l’élection présidentielle 

Y ina.fr/rene dumont candidat écologiste 1974

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Des catholiques français contre Franco https://clio-texte.clionautes.org/guerre-espagne-des-catholiques-francais-contre-franco.html https://clio-texte.clionautes.org/guerre-espagne-des-catholiques-francais-contre-franco.html#respond Sun, 15 Nov 2020 15:37:47 +0000 https://clio-texte.clionautes.org/?p=9174 Pendant la guerre d’Espagne, cet appel « pour le peuple basque «  , lancé à l’initiative de François Mauriac,  est signé par un certain nombre d’intellectuels catholiques français. Publié une dizaine de jours après le bombardement de Guernica, il ne figure qu’en page 2 du quotidien catholique  La Croix en date  du 8 mai 1937. 

Cet appel révèle  une hostilité de certains catholiques  envers  le camp franquiste et représente  sans doute une opinion minoritaire parmi les catholiques français. Une opinion minoritaire mais qui sait se faire entendre…

 


Pour le peuple basque

La guerre civile espagnole vient de prendre au pays basque un caractère particulièrement atroce.

Hier, c’était le bombardement aérien de Durango.

Aujourd’hui, par le même procédé, c’est la destruction presque complète de Guernica, ville sans défense et sanctuaire des traditions basques.

guerre d'Espagne Guernica
guerre d’Espagne les ruines de Guernica
26 avril 1937

Des centaines de non-combattants, de femmes et d’enfants ont péri à Durango, à Guernica et ailleurs.

Bilbao, où se trouvent de très nombreux réfugiés, est menacé de subir le même sort.

Quelque opinion que l’on ait sur la qualité des partis qui s’affrontent en Espagne, il est hors de conteste que le peuple basque est un peuple catholique, que le culte public n’a jamais été interrompu au pays basque.

Dans ces conditions, c’est aux catholiques, sans distinction de parti, qu’il appartient d’élever la voix les premiers pour que soit épargné au monde le massacre impitoyable d’un peuple chrétien. Rien ne justifie, rien n’excuse des bombardements de villes ouvertes comme celui de Guernica.

Nous adressons un appel angoissé à tous les hommes de cœur, dans tous les pays, pour que cesse immédiatement le massacre de non-combattants.

Guerre d’Espagne

Violences de genre pendant la guerre civile espagnole : le viol des femmes de l’ennemi

ONT SIGNÉ :

François Mauriac, de l’Académie française ; André Bellivier, Charles du Bos, Stanislas Fumet, Francisque Gay, Georges Bidault, Hélène Iswolski, Georges Hoog, Olivier Lacombe, Maurice Lacroix, Jacques Madaule, Gabriel Marcel, Jacques Maritain, Emmanuel Mounier, Jean de Pange, Domenico Russo, Boris de Schloezer, Pierre van der Meer de Walcheren, Maurice Merleau-Ponty, Martin Moré, Claude Bourdet, Claude Leblond, Paul Vignaux, un groupe de 28 élevés de l’École normale supérieure.

DE L’ÉTRANGER, ONT ADHÉRÉ :

Unamuno et la guerre civile espagnole

Élie Beaussart, Luigi Sturzo, V.-M. Crawford, et le groupe anglais « People and Freedom » .

LES NOUVELLES SIGNATURES SERONT RECUEILLIES PAR M. PAUL VIGNAUX, 14, RUE QUATREFAGES, PARIS (5e)

Le présent appel est livré à la publicité après que quelques-uns de ses signataires, présents à Paris — M. Stanislas Fumet, Mme Hélène Iswolski, MM. Olivier Lacombe, Jacques Madaule, Gabriel Marcel, Jacques Maritain, Pierre Van der Meer de Walckeren [sic] — ont pu entendre sur les faits de Guernica le témoignage de M. le Chanoine Onaindia y Zuioaga [sic] qui se trouvait sur les lieux au moment du bombardement.

Réserve faite des conclusions qu’une enquête internationale pourrait seule établir sur la question de savoir si d’autres éléments ont pris part à la destruction, il ressort de ce témoignage que Guernica, ville sans défense, a bien été bombardée sans répit pendant trois heures, et que les avions poursuivaient à la mitrailleuse les gens qui fuyaient. 

La croix, 8 mai 1937, p. 2

Y https://gallica.bnf.fr/la Croix 8 mai 1937

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Saint-Exupéry, reporter de guerre dans Madrid assiégée https://clio-texte.clionautes.org/saint-exupery-reporter-guerre-madrid-assiegee.html https://clio-texte.clionautes.org/saint-exupery-reporter-guerre-madrid-assiegee.html#respond Tue, 27 Oct 2020 10:11:51 +0000 https://clio-texte.clionautes.org/?p=9160 Un extrait d’un reportage de Saint-Exupéry dans Madrid assiégée par les troupes franquistes.

Antoine de Saint – Exupéry a voyagé à deux reprises dans l’Espagne de la guerre civile . En août 1936, il est l’envoyé spécial du quotidien parisien l’Intransigeant en Catalogne. Il fit ce premier voyage dans son propre avion et en rapporte une série de 5 reportages publiés par le journal entre le 12 et le 19 août 1936.  En mai 1937, il remplit la même fonction pour le Journal Paris-Soir sur le front de Madrid assiégée et écrit une série de reportages publiés en juin et juillet 1937.
Les reportages sont effectués à partir du camp républicain. Cependant, Saint-Exupéry ne prend partie pour aucun des deux camps en lutte . Dans l’extrait ci-dessous, il  exprime ses sentiments sur la cruauté et l’absurdité d’une guerre qui fauche à l’aveuglette et sans raison de fragiles vies humaines et rend hommage à la détermination des madrilènes face à l’horreur.


Madrid

J’ai assisté, de la ville même, cet après-midi, au bombardement. Il avait fallu ce coup de tonnerre sur la Gran Vía pour déraciner une vie humaine. Une seule. Des passants essuyaient sur eux des plâtres, d’autres couraient, une fumée légère se dissipait, mais le fiancé sauvé par miracle de toute écorchure, retrouvait à ses pieds la “novia” dont il serrait une seconde plus tôt le bras doré, changé en éponge de sang, changée en paquet de chair et de linges. S’agenouillant sans comprendre encore, il hochait doucement la tête, l’air de dire : “comme c’est bizarre!” Il ne reconnaissait rien qui fût son amie dans cette merveille ainsi répandue. Le désespoir ne  nouait en lui qu’avec une atroce lenteur sa lame de fond. Pour ‘une seconde encore, surpris avant tout par l’escamotage, il cherchait du regard, la forme légère, comme si elle au moins eût dû subsister. Mais il n’y avait rien là qu’un paquet de boue. Évanouie la faible dorure qui fait la qualité humaine ! Tandis que se préparait dans la gorge de l’homme le cri que je ne sais quoi différait. Il avait loisir de bien comprendre qu’il n’avait pas aimé ces lèvres, mais la moue, mais le sourire de ces lèvres. Non ces yeux, mais leur regard. Non cette poitrine, mais un doux mouvement marin. Il avait loisir de découvrir enfin la cause de l’angoisse qui lui apportait peur-être l’amour. Ne poursuivait-il pas l’insaisissable ? Il ne s’agissait point d’étreindre un corps, mais un duvet, mais une lumière, mais l’ange sans poids qui l’habillait…

………….. 

Moi, je m’en fous bien, pour l’instant, des règles du jeu de la guerre et de la loi de représailles. Qui a commencé ? À une réponse on trouve toujours une réponse, et le premier meurtre de tous est enfoui dans la nuit des temps. Plus que jamais, je me défie de la logique. Si le maître d’école me démontre que le feu ne brûle point la chair, j’étends la main sur le foyer et connais, sans logique, que son raisonnement pèche quelque part.

J’ai vu une petite fille déshabillée de son enveloppe de lumière : comment croirais-je à la vertu des représailles ?

Quant à l’intérêt d’un tel bombardement militaire, je n’ai pas su le découvrir. J’ai vu des ménagères évrentrées, j’ai vu des enfants défigurés, j’ai vu cette vieille marchande ambulante éponger les débris de cervelle qui avaient giclé sur ses trésors, j’ai vu une concierge sortir de sa loge et purifier d’un seau d’eau le trottoir, et je n’ai pas compris quel rôle jouaient dans une guerre ces humbles accidents de voirie.

Rôle moral ? Mais un bombardement se retrourne contre son but ! À chaque coup de canon, quelque chose se renforce dans Madrid. L’indifférent, qui balançait, se détermine. Ça pèse lourd un enfant mort, quand il est vôtre. Un bombardement, m’a-t-il semblé, ne disperse pas : il unifie. L’horreur fait serrer les poings et l’on se rejoint dans la même horreur. Le lieutenant et moi grimpons sur le talus. Visage ou navire, Madrid est là qui reçoit les coups sans répondre. Mais ainsi sont les hommes : les épreuves affermissent lentement leurs vertus.

C’est pourquoi s’exalte mon compagnon. Il pense à cette volonté qui se durcit. Le voilà les poings sur les hanches, qui respire fort. Il ne plaint plus les enfants ni les femmes…

– ça fait soixante…

Le coup retentit sur l’enclume : un forgeron géant forge Madrid.

Paris-Soir, 27 juin 1937, Antoine de Saint-Exupéry.

Y https://clio-texte.clionautes.org/saint-exupery envoye special pendant guerre civile espagnole

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Saint-Exupéry, envoyé spécial pendant la guerre d’Espagne https://clio-texte.clionautes.org/saint-exupery-envoye-special-pendant-guerre-civile-espagnole.html https://clio-texte.clionautes.org/saint-exupery-envoye-special-pendant-guerre-civile-espagnole.html#respond Mon, 26 Oct 2020 17:58:27 +0000 https://clio-texte.clionautes.org/?p=9149 Saint-Exupéry en reportage dans pendant la guerre d’Espagne en août 1936.

Antoine de Saint-Exupéry a voyagé à deux reprises dans l’Espagne de la guerre civile . En août 1936, il est l’envoyé spécial du quotidien parisien l’Intransigeant en Catalogne. Il fit ce premier voyage dans son propre avion et en rapporte une série de 5 reportages publiés par le journal entre le 12 et le 19 août 1936.  En 1937, il remplit la même fonction pour le Journal Paris-Soir sur le front de Madrid assiégée.
Les reportages sont effectués à partir du camp républicain. Cependant, Saint-Exupéry ne prend partie pour aucun des deux camps en lutte ; mais il  livre aux lecteurs ses réflexions sur  l’inhumanité de la guerre et la fragile condition humaine.

L’extrait ci-dessous relate des faits qui se sont produits sur le front de l’Aragon, aux confins de la Catalogne, au début de la guerre.


Des amis, à mon retour du front, m’ont permis de me joindre à leurs expéditions mystérieuses. Nous voici au coeur de la montagne, dans l’un de ces villages qui connaissent à la fois la paix et la terreur.

-Oui, nous en avons fusillé dix-sept…

Ils ont fusillé dix-sept «fascistes». Le curé, la bonne du curé, le sacristain et quatorze petits notables. Car tout est relatif. Quand ils lisent dans leurs journaux le portrait de Basile Zaharoff, maître du monde, ils le transposent dans leur langage. Ils y reconnaissent le pépiniériste ou le pharmacien, c’est un peu Basile Zaharoff (1) qui meurt. Le pharmacien est seul à ne point comprendre.

-Maintenant, nous vivons entre nous, c’est calme…

À peu près calme. Celui qui tourmente encore les consciences, je l’ai vu tout à l’heure au café du village, obligeant, souriant, tellement désireux de vivre! Il venait là pour bien nous faire reconnaitre que, malgré ses quelques hectares de vignes, il faisait partie de l’espèce humaine, souffrait comme elle de rhumatismes, s’épongeait comme elle de son mouchoir bleu, et jouait humblement au billard. Fusille-t-on un homme qui joue au billard? Il jouait mal d’ailleurs, avec des grosses mains qui tremblaient : il était ému, il ne savait pas encore s’il était fasciste. Et moi je songeais à ces pauvres singes qui dansent devant le boa, pour l’attendrir.

Mais nous ne pouvons rien pour lui. Pour l’instant, assis sur une table, au siège de ce comité révolutionnaire, nous nous apprêtons à soulever un autre problème. Tandis que Pépin tire de sa poche des papiers sales, je considère ces terroristes. Étrange contradiction. Ce sont de braves paysans aux yeux clairs. Partout, nous retrouverons ces mêmes visages atttentifs. Bien que nous ne soyons que des étrangers sans mandat, on nous recevra chaque fois avec la même courtoisie grave. […]

L’intransigeant, mercredi 19 août 1936, artcicle publié en Une.

(1) Basile Zaharoff est un célèbre financier international et puissant trafiquant d’armes, né en 1849 et mort en 1936. Il est, entre les deux-guerres, l’archétype du « marchand de canons » sans foi ni loi.

Y https://clio-texte.clionautes.org/saint-exupery reporter de guerre dans madrid assiegee

 

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Un évêque allemand dénonce le meurtre des handicapés par les nazis https://clio-texte.clionautes.org/eveque-allemand-denonce-meurtre-handicapes-par-nazis-resistance.html https://clio-texte.clionautes.org/eveque-allemand-denonce-meurtre-handicapes-par-nazis-resistance.html#respond Wed, 14 Oct 2020 14:09:25 +0000 https://clio-texte.clionautes.org/?p=9099 L’évêque allemand de Munster, Mgr Von Galen,  dénonce  le meurtre des handicapés par les nazis dans un sermon prononcé en août 1941.

Ce texte est un extrait du long sermon prononcé par Mgr Von Galen, évêque de Munster, le dimanche 3 août 1941. Il s’agit d’une vigoureuse protestation de l’Aktion T4 ordonnée en octobre 1939 par Hitler. Lancée dans le contexte du début de la deuxième guerre mondiale, l’Aktion T4 était un plan visant à euthanasier les handicapés mentaux, physiques et autres inadaptés sociaux résidant dans les asiles du Reich. Dans la perspective de la guerre, il s’agissait de libérer des lits et des moyens hospitaliers pour donner la priorité aux blessés de guerre. L’Aktion T4 est surtout une étape décisive qui voit la politique eugéniste décidée en 1933 (la stérilisation des handicapés et inadaptés sociaux) se transformer en une politique exterminatrice, elle même annonciatrice du génocide.

La vive protestation adressée par Mgr Von Galen au nom des valeurs chrétiennes relève donc de la Résistance spirituelle au nazisme. Elle est étayée par des faits précis qui lui donnent plus de force.

S’adressant à l’opinion catholique allemande, ce sermon a été largement diffusée en Allemagne, obligeant Hitler à décider de l’abandon de l’Aktion T4, le 24 Août 1941. L’Aktion T4 aurait fait en un an et demi d’existence au moins 70. 000 victimes.


Extraits du sermon de Mgr Von Galen, évêque de Muster, 3 août 1941

“Depuis quelques mois nous entendons des rapports selon lesquels des personnes internées dans des établissements pour le soin des maladies mentales, qui ont été malades pendant une longue période et semblent peut-être incurables, ont été de force enlevées de ces établissements sur des ordres de Berlin. Régulièrement, les parents reçoivent, peu après un avis selon lequel le patient est mort, que son corps a été incinéré et qu’ils peuvent recevoir ses cendres.

Il y a un soupçon général, confinant à la certitude, selon lequel ces nombreux décès inattendus de malades mentaux ne se produisent pas naturellement, mais sont intentionnellement provoqués, en accord avec la doctrine selon laquelle il est légitime de détruire une soi-disant “vie sans valeur” – en d’autres termes de tuer des hommes et des femmes innocents, si on pense que leurs vies sont sans valeur future au peuple et à l’état. Une doctrine terrible qui cherche à justifier le meurtre des personnes innocentes, qui légitimise le massacre violent des personnes handicapées qui ne sont plus capables de travailler, des estropiés, des incurables des personnes âgées et des infirmes !”

Comme j’en ai été bien informé, dans les hôpitaux et les hospices de la province de Westphalie sont préparés des listes de pensionnaires qui sont classés en tant que “membres improductifs de la communauté nationale” et doivent être enlevé de ces établissements et être ensuite tués rapidement. La première partie des patients est partie de l’hôpital de malades mentaux de Marienthal, près de Münster, au cours de cette semaine. Des hommes et des femmes allemands !

L’article 211 du code pénal allemand est toujours en vigueur, et dit en ces termes : “Qui intentionnellement tue un homme, en ayant l’intention de donner la mort, sera puni de mort pour meurtre.”

Il n’y a aucun doute : afin de protéger ceux qui tuent intentionnellement ces pauvres hommes et femmes, membres de nos familles, de cette punition établie par la loi, les patients qui ont été choisis pour le massacre sont déplacés de leur environnement vers quelque endroit éloigné. Quelque maladie ou autre est alors donnée comme cause de la mort. Puisque le corps est immédiatement incinéré, les parents et la police criminelle ne peuvent pas établir si le patient en fait avait été malade ou ce qu’était réellement la cause de la mort. J’ai été assuré, cependant, qu’au ministère de l’intérieur et au Service de l’officier médical en chef du Reich, le Dr Conti, qu’aucun secret n’est fait du fait qu’en effet un grand nombre de personnes mentalement malades en Allemagne ont été déjà tuées intentionnellement et que ceci continuera.

L’article 139 du code pénal prévoit que “quiconque a la connaissance d’une intention de commettre un crime contre la vie de toute personne… et n’informe pas les autorités ou la personne dont la vie est menacée, en temps voulu… commet une faute punissable”.

Quand j’ai eu connaissance de l’intention d’enlever des patients de Marienthal, j’ai déposé le 28 juillet une plainte chez le procureur de Münster, au tribunal du Land à Münster, et à Monsieur le président de la Police par lettre recommandée ayant la teneur suivante :

Selon l’information que j’ai reçue il est projeté au cours de cette semaine (la date a été mentionnée comme étant celle du 31 juillet) de déplacer un grand nombre de patients internés de l’hôpital provincial de Marienthal, classés comme ‘membres improductifs de la communauté nationale’, à l’hôpital psychiatrique d’Eichberg, où ils doivent être intentionnellement tué comme on croit généralement que cela s’est produit dans le cas de patients enlevés d’autres établissements.

Puisqu’une telle action est non seulement contraire à la loi morale divine et naturelle mais est qualifiée à l’article 211 du code pénal allemand comme meurtre et entraîne la peine de mort, je rapporte par la présente ce fait en accord avec mon obligation de l’article 139 du code pénal et demande que des mesures soient immédiatement être prises pour protéger les patients concernés par des démarches contre les autorités projetant leur déplacement et leur meurtre, et que je puisse être informé de la mesure prise.”

D’information au sujet de ma démarche, aucune ne m’est venue en retour que ce soit du procureur ou de la police. J’avais déjà écrit le 26 juillet aux autorités de la Province de Westphalie qui sont responsables du fonctionnement de l’hôpital psychiatrique et des patients confiés à eux pour veiller sur eux et pour les soigner, protestant dans les termes les plus forts. Cela n’a eu aucun effet. Le premier transport des victimes innocentes sous sentence de mort a quitté Marienthal. Et de l’hôpital de Warstein, ce sont, comme je l’ai entendu, 800 patients qui ont été déjà enlevés.

Nous devons nous attendre, donc, à ce que les pauvres patients sans défense soient, tôt ou tard, tué. Pourquoi ? Non pas parce qu’ils ont commis quelque offense que ce soit justifiant leur mort ; non pas parce que, par exemple, ils ont attaqué une infirmière ou un préposé à leur surveillance, qui seraient autorisés pour cause de légitime défense à répondre avec violence à la violence. En ce cas l’utilisation de la violence menant à la mort est permise et peut être invoquée, comme dans le cas où l’on tue un ennemi armé. Non : ces malheureux patients doivent mourir, non pas pour quelque raison semblable mais parce que par le jugement d’un certain organisme officiel, sur la décision d’un certain comité, ils sont devenus “indignes de vivre”, parce qu’ils sont classés en tant que “membres improductifs de la communauté nationale”. Le jugement est qu’ils ne peuvent plus produire aucun bien : Ils sont comme une vielle machine qui ne fonctionne plus, comme un vieux cheval qui est devenu boiteux de manière incurable, comme une vache qui ne donne plus de lait. Qu’arrive-t-il à une vieille machine ? Elle est mise à la ferraille. Qu’arrive à un cheval boiteux, à une vache improductive ?

Non ! Je ne pousserai pas la comparaison jusqu’au bout – si affreuse est sa convenance et son pouvoir d’illumination.

Mais nous ne sommes pas concernés ici par de vielles machines, nous n’avons pas affaire à des chevaux et à des vaches, dont l’unique fonction est de servir l’humanité, de produire des biens pour l’humanité. Elles peuvent être détruites, ils peuvent être abattus quand ils ne remplissent plus cette fonction. Non : ici il s’agit d’hommes et des femmes, nos prochains, nos frères et sœurs ! De pauvres êtres humains, des êtres humains malades. Ils sont improductifs, si vous voulez… Mais cela signifie-t-il qu’ils ont perdu le droit de vivre ? As-tu, ai-je le droit de vivre seulement aussi longtemps que nous sommes productifs, aussi longtemps que nous sommes reconnus par d’autres comme productifs ?

Si l’on pose et met en pratique le principe selon lequel les hommes sont autorisés à tuer leur prochain improductif, alors malheur à nous tous, car nous deviendrons vieux et séniles ! S’il est légitime de tuer les membres improductifs de la communauté, alors malheur aux invalides qui ont sacrifié et perdu dans le processus de production leur santé ou leurs membres !

Si l’on peut se débarrasser des hommes et des femmes improductifs par des moyens violents, alors malheur à nos courageux soldats qui reviennent au pays gravement atteints par des blessures de guerre, estropiés et invalides !

Si on l’admet, une fois, que les hommes ont le droit de tuer leurs prochains “improductifs” – quoique cela soit actuellement appliqué seulement à des patients pauvres et sans défenses, atteints de maladies – alors la voie est ouverte au meurtre de tous les hommes et femmes improductifs : le malade incurable, les handicapés qui ne peuvent pas travailler, les invalides de l’industrie et de la guerre. La voie est ouverte, en effet, pour le meurtre de nous tous, quand nous devenons vieux et infirmes et donc improductifs. Alors on aura besoin seulement qu’un ordre secret soit donné pour que le procédé, qui a été expérimenté et éprouvé avec les malades mentaux, soit étendu à d’autres personnes “improductives“, qu’il soit également appliqué à ceux qui souffrent de tuberculose incurable, qui sont âgés et infirmes, aux personnes handicapées de l’industrie, aux soldats souffrant de graves blessures de guerre !

Alors aucun homme ne sera en sûreté : n’importe quelle commission pourra le mettre sur la liste des personnes “improductives”, qui dans leur jugement sont devenues “indignes de vivre”. Et il n’y aura aucune police pour le protéger lui, aucun tribunal pour venger son meurtre et pour amener ses meurtriers à la justice. Qui pourra alors avoir une quelconque confiance dans un médecin ? Il pourrait signaler un patient comme improductif et pourraient être alors données des instructions pour le tuer !

On ne peut s’imaginer, la dépravation morale, la méfiance universelle qui s’étendra au cœur même de la famille, si cette doctrine terrible est tolérée, admise et mise en pratique. Malheur aux hommes, malheur au peuple allemand quand le saint commandement de Dieu : “Tu ne tueras pas !”, que le seigneur a donné au Sinaï dans le tonnerre et les éclairs, que Dieu notre créateur a écrit dans la conscience de l’homme au commencement, si ce commandement n’est pas simplement violé mais sa violation est tolérée et exercée impunément!

Mgr Von Galen, extraits du sermon prononcé dans la cathédrale de Munster, 3 août 1941.
Y https://www.clionautes.org/le-iii-reich-lempire-de la science.html

 

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La conférence panaméricaine de la Havane (20-31 juillet 1940) https://clio-texte.clionautes.org/conference-panamericaine-la-havane-juillet-1940.html https://clio-texte.clionautes.org/conference-panamericaine-la-havane-juillet-1940.html#respond Sun, 04 Oct 2020 08:31:19 +0000 https://clio-texte.clionautes.org/?p=9087 Dès 1938, inquiets de la situation internationale, les États-Unis isolationnistes et les États américains manifestent à la conférence de Lima leur inquiétude quant à la perspective qu’un conflit survienne dans l’Hémisphère occidental. La Conférence de Lima proclame ainsi les Principes de solidarité de l’Amérique contre toute importation d’une guerre européenne dans l’Hémisphère occidental.

Peu après le début du conflit en Europe, ces principes sont renouvelés par les résolutions de la première conférence panaméricaine de Panama (23 septembre-3 octobre 1939) d’interdire tout acte de guerre à proximité des côtes. L’hypothèse est d’autant plus réaliste que trois puissances non-américaines sont présentes dans l’Hémisphère occidental : le Royaume-Uni et son empire (dominion du Canada, Terre-Neuve, Jamaïque, îles vierges br., Sainte-Lucie, La Dominique, Saint-Vincent, Grenade, Trinidad, Tobago, la Barbade, Honduras br., Bahamas, Guyane br., etc.) , France (Saint-Pierre-et-Miquelon, Saint-Martin, Saint-Barthélémy, Guadeloupe, Martinique, Guyane fr.,), Pays-Bas (Sint-Marteen, Bonaire, Aruba, Curaçao, Guyane néerl., etc.).

Après la défaite des Pays-Bas et de la France, ces mesures sont renforcées par la conférence de la Havane (20-31 juillet 1940) par le principe de réponse à apporter à toute acéphalie de gouvernement européen susceptible de poser un problème dans la Caraïbe. Des signes venus d’Europe renforcent le sentiment de danger dans l’Hémisphère occidental. C’est ce que confirme la réaction américaine à l’attitude des représentants de Vichy en septembre 1940 à Dakar ou les suites américaines de la main tendue de Pétain à Hitler. Peu après l’annonce de l’engagement de la France dans la collaboration (Montoire, octobre 1940), un attaché militaire français (Ruellan, Caracas) câble à Vichy (ANOM, 2285/1) la nouvelle d’un renforcement du niveau d’alerte militaire du canal de Panama susceptible d’être menacé par les 107 avions du porte-avions Béarn mouillant dans la rade de Fort-de-France, à une heure de vol du canal. La matérialisation de ces craintes apparaît plus au sud, en février 1942, avec l’attaque sous-marine allemande des raffineries d’Aruba, suivie du débarquement à Fort-de-France d’un officier de la Kriegsmarine, blessé par l’explosion de son propre canon de pont durant l’engagement. Deux décennies avant l’affaire des fusées de Cuba, la question des possessions européennes des Amériques démontre l’extrême sensibilité américaine à toute déstabilisation de l’Hémisphère occidental (Western Hemisphere).


« Considérant

qu’au nom de la plus étroite unité du continent américain, il est impératif de régler les différends existant entre certaines nations américaines, la Seconde conférence des ministres des Affaires étrangères des républiques américaines prend la résolution de recommander au Conseil de l’Union panaméricaine d’organiser, dans la capitale américaine jugée la plus appropriée à cet effet, un comité de représentants de cinq États chargé de veiller constamment à ce que les États entre lesquels tout différend de quelque nature que ce soit existerait ou pourrait survenir, puissent le résoudre le plus rapidement possible, et de suggérer, sans préjuger des méthodes adoptées par les parties ou des procédures dont elles peuvent convenir, les mesures et démarches conduisant à un règlement.

Le comité soumettra un rapport à chaque réunion des ministres des Affaires étrangères et à chaque conférence internationale des États américains concernant l’état de ces conflits et les mesures qui ont pu être prises pour parvenir à un règlement.

La Seconde conférence des ministres des Affaires étrangères des républiques américaines

déclare :

que toute tentative d’un État non-américain contre l’intégrité ou l’inviolabilité du territoire, la souveraineté ou l’indépendance politique d’un État américain sera considérée comme un acte d’agression contre les États signataires de la présente déclaration.

qu’en cas d’actes d’agression ou s’il y a lieu de penser qu’un acte d’agression est en cours de préparation par une nation non-américaine contre l’intégrité ou l’inviolabilité du territoire, la souveraineté ou l’indépendance politique d’une nation américaine, les nations signataires de la présente déclaration se concerteront en vue de s’accorder sur la mesure qu’il conviendra de prendre.

Toutes les nations signataires, ou deux ou plusieurs d’entre elles, selon les circonstances, procéderont à la négociation des accords complémentaires nécessaires afin d’organiser la coopération pour la défense et l’assistance qu’elles se prêteront en cas d’agressions telles que celles visées dans la présente déclaration.»

The Avalon Project : Havana Meeting of Ministers of Foreign Affairs of the American Republics, July 21-30,1940

Y http://www.yale.edu/lawweb/avalon/decade/decad058.htm

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Restrictions alimentaires et rationnement dans la France occupée https://clio-texte.clionautes.org/restrictions-alimentaires-rationnement-france-vichy.html https://clio-texte.clionautes.org/restrictions-alimentaires-rationnement-france-vichy.html#respond Sat, 19 Sep 2020 17:20:48 +0000 https://clio-texte.clionautes.org/?p=8889  

 

 

 

Voici le texte de la loi du 28 juillet 1940 qui a été publié au journal officiel daté du 31 juillet 1940, soit 5 semaines seulement  après la signature de l’armistice avec l’Allemagne. Pendant l’été 40,  le pain quotidien ne fait pas encore l’objet de rationnement au sens strict du terme,  mais  est déjà un souci dans  la France occupée et une préoccupation pour le gouvernement de Vichy…

 


Loi réglementant la fabrication et la vente du pain

Nous, maréchal de France, chef de l’État français,

le conseil des ministres entendu,

décrétons :

Art.1er. – Dans un délai de quatre jours à dater de la publication du présent décret, la vente du pain dans les boulangeries ne pourra commencer que vingt-quatre heures après la sortie du four du pain fabriqué.

Art. 2. – Il est interdit de mélanger à la farine d’autres matières que le sel, l’eau, la levure. Toutefois, un arrêté du ministre secrétaire d’état à l’agriculture et au ravitaillement pourra autoriser l’adjonction aux levains de produits ayant pour but d’activer la fermentation panaire.

Art. 3. – Est interdite, à dater du lendemain du jour de la publication au Journal officiel du présent décret, la fabrication des croissants, brioches, petits pains, et du petit pain de fantaisie.

Art. 4. – Le présent décret sera publié au Journal officiel et exécuté comme loi de l’État;

Fait à Vichy, le 28 juillet 1940.

 Philippe Pétain.

Par le Maréchal de France, chef de l’État français :

le ministre secrétaire d’état à l’agriculture et au ravitaillement, Pierre Caziot.

Le garde des sceaux, ministre secrétaire d’État à la justice, Raphael Alibert.

Le ministre secrétaire d’État aux finances, Yves Bouthillier.

 

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Savon, sculpture et propagande … https://clio-texte.clionautes.org/savon-sculpture-propagande-bernays.html https://clio-texte.clionautes.org/savon-sculpture-propagande-bernays.html#respond Sat, 19 Sep 2020 10:51:24 +0000 https://clio-texte.clionautes.org/?p=8871 L’extrait est issu de l’ouvrage Propaganda publié en 1928 aux États-Unis par Edwards Bernays (1891-1995). Citoyen américain, neveu de Sigmund Freud né à Vienne en 1891, E. Bernays a joué un rôle majeur dans l’émergence de l’industrie de la communication de masse aux États-Unis entre les deux guerres. Se qualifiant lui même de “conseiller en relations publiques”, Il fut sans conteste le plus éminent représentant de ce nouveau métier dans les années 20, par le succès souvent retentissant des campagnes de communication et de propagande  qu’il a orchestrées pour ses clients.

Dans cet extrait, E. Bernays évoque la  campagne de communication  conçue et dirigée en  1924 pour son client, l’entreprise de produits d’hygiène  Procter et Gamble, afin de promouvoir l’usage du savon Ivory. Plus qu’une campagne de publicité classique, il s’agit en réalité de changer en profondeur le rapport des enfants au savon, sachant que les enfants d’aujourd’hui   sont  les  adultes et parents  consommateurs de savon de demain. Cet exemple illustre la puissance et l’efficacité des techniques d’influence et de manipulation des foules inventées au début du 20ème siècle, et qui peuvent  être mises au service, selon les cas, du pouvoir politique ou de la grande entreprise capitaliste.   


“S’agissant de la propagation des idées, une des méthodes les plus efficaces consiste à se servir de la structure de groupe de la société moderne. On en a un exemple avec les concours de sculpture du savon Ivory, ouverts aux écoliers de certaines classes d’âge comme aux artistes professionnels. Un sculpteur connu dans tout le pays trouve d’ailleurs que le savon Ivory est un excellent matériau.

La maison Procter and Gamble décerne toute une série de prix qui récompensent les plus belles sculptures en savon blanc, et ce concours est organisé avec le parrainage du Centre artistique de la Ville de New York, institution prestigieuse dans les milieux artistiques.

Aux quatre coins des États-Unis, des directeurs d’école et des instituteurs participent volontiers à un mouvement qui les aide dans leur mission éducative. Ils n’ont pas hésité à introduire la pratique dans leurs classes artistiques. Le concours se déroule en plusieurs manches, d’abord dans les écoles, puis ente des districts scolaires et des villes.

Les sculpteurs en herbe peuvent s’entraîner sans dommage à la maison, car les mères réutilisent les copeaux et les réalisations imparfaites dans la lessive. Le travail en lui-même est propre.

Les œuvres sélectionnées dans les comptétitions locales sont retenues pour les concours national. Celui-ci se déroule chaque année dans un grand musée new-yorkais dont la réputation, confortée par celle des distingués membres du jury, fait de cette manifestation un événement artistique majeur.

Lors du premier concours national, quelque cinq cents pièces ont été présentées. Le troisième en a réuni cinq fois plus (deux mille cinq cents), et le quatrième, huit fois plus (quatre mille). Le chiffre élevé d’oeuvres aussi soigneusement sélectionnées indique à l’évidence qu’il y en a beaucoup plus de sculptées au cours de l’année, et plus encore de réalisées à des fins pratiques. Tant de zèle doit beaucoup au fait que ce savon n’est plus seulement un article indispensable aux ménagères, mais aussi un produit qui intéresse personnellement leurs enfants.

Plusieurs ressorts psychologiques bien connus ont été sollicités pour soutenir cette campagne : le goût esthétique, celui de la compétition, la sociabililité (le travail de sculpture s’effectue pour une bonne partie en classe), le snobisme (l’impulsion à suivre un chef de file), l’exhibitionnisme, et enfin, plus important que tout, peut-être, la sollicitude maternelle.

Ces ressorts de la psychologie collective ont été actionnés de manière concertée, grâce à la mécanique toute simple de l’autorité et de l’ascendant sur les masses. Comme mus par un bouton sur lequel on aurait appuyé, quantité de gens ont participé ppur la seule gratification que procure le travail de la sculpture.

Ce point est essentiel pour le succès de la propagande. En effet, les leaders n’acceptent de patronner une campagne de propagande que dans la mesure où elle touche aussi leurs propres intérêts. (…)

En ce qui concerne le concours de sculpture sur savon, les enseignants et les artistes illustres qui le parrainent prêtent volontiers leurs services et leurs noms à une opération indéniablement utile à un intérêt qui leur tient à cœur : la culture des impulsions esthétiques des jeunes générations. »

Edward Bernays, Propaganda, éd. La découverte, 2007, p. 67-69

https://clio-texte.clionautes.org/propagande-etats-unis-premiere-guerre-mondiale-bernays
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La guerre juste vue par Émile Zola https://clio-texte.clionautes.org/guerre-juste-zola.html https://clio-texte.clionautes.org/guerre-juste-zola.html#respond Thu, 17 Sep 2020 14:24:10 +0000 https://clio-texte.clionautes.org/?p=8858  

Extrait d’une oeuvre de jeunesse, Contes à Ninon, Émile Zola nous livre un texte empreint d’ironie sur la guerre juste qui, si l’on y réfléchit un peu,  n’est peut-être pas très éloigné de la réalité.

 


 

Plus on va, plus les sujets de guerre deviennent difficiles à inventer ; bientôt on en sera réduit à vivre en frères, faute d’une raison pour se gourmer honnêtement. J’ai dû faire appel à toute mon imagination. De nous battre Épour réparer une offense, il n’y fallait pas songer : nous n’avons rien à réparer, personne ne nous provoque, nos voisins sont gens polis et de bon ton. De nous emparer des territoires limitrophes, sous prétexte d’arrondir nos terres, c’était là une vieille idée qui n’a jamais réussi en pratique, et dont les conquérants se sont toujours mal trouvés. De nous fâcher à propos de quelques balles de coton ou de quelques kilogrammes de sucre, on nous aurait pris pour de grossiers marchands, pour des voleurs qui ne veulent pas être volés, et nous tenons avant tout à être une nation bien apprise, ayant en horreur les soucis du commerce, vivant d’idéal et de bons mots. Aucun moyen d’un usage commun en matière de bataille ne pouvait donc nous convenir. Enfin, après de longues réflexions, il m’est venu une inspiration sublime. Nous nous battrons toujours pour les autres, jamais pour nous, ce qui nous évitera toute explication sur la cause de nos coups de poing. Observez combien cette méthode sera commode, et quel honneur nous tirerons de pareilles expéditions. Nous prendrons le titre de bienfaiteurs des peuples, nous crierons bien haut notre désintéressement, nous nous poserons modestement en soutiens des bonnes causes, en dévoués serviteurs des grandes idées. Ce n’est pas tout. Comme ceux que nous ne servirons pas pourront s’étonner de cette singulière politique, nous répondrons hardiment que notre rage de prêter nos armées à qui les demande est un généreux désir de pacifier le monde, de le pacifier bel et bien à coups de piques. Nos soldats, dirons-nous, se promènent en civilisateurs, coupant le cou à ceux qui ne se civilisent pas assez vite, et semant les idées les plus fécondes dans les fosses creusées sur les champs de bataille. Ils baptiseront la terre d’un baptême de sang pour hâter l’ère prochaine de liberté. Mais nous n’ajouterons pas qu’ils auront ainsi une besogne éternelle, attendant vainement une moisson qui ne saurait lever sur des tombes.

Extrait du conte intitulé  aventures du grand Sidoine et du petit Médéric, publié dans le recueil Contes à Ninon (1864)

https://fr.wikisource.org/wiki/Contes_Ninon/Aventures_du_grand_Sidoine_et_du_petit_Mederic
https://lycee.clionautes.org/introduction au theme2 formes de conflits et tentatives de paix dans lemonde actuel
clio-texte/jaccuse

 

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L’Action Française et le statut des juifs – 20 octobre 1940 https://clio-texte.clionautes.org/statut-des-juifs-action-francaise.html https://clio-texte.clionautes.org/statut-des-juifs-action-francaise.html#respond Sun, 12 Jul 2020 20:35:11 +0000 https://clio-texte.clionautes.org/?p=8000
Article de l’Action française approuvant le statut des juifs

Charles Maurras a salué hier la nouvelle réforme du gouvernement du Maréchal.

Comme on a pu le lire, l’article 4 de la loi prévoit que les professions libérales seront protégées : des règlements d’administration publique fixeront la proportion de juifs qui pourront y être admis.

Nous espérons que ces règlements pour le barreau et les professions médicales ne  tarderont pas à paraître. Nous proposerions volontiers que le pourcentage autorisé soit le même que celui de la proportion des juifs qui habitaient la France au moment de la loi Grégoire qui leur donna la nationalité française. Tous ceux qui sont arrivés en France depuis la Révolution y sont pour la plupart entrés comme de simples parasites.

Un point doit attirer l’attention : la loi n’a pas prévu de sanction pour les fausses déclarations et pour les tentatives de fraudes. Nous pensons que cette lacune sera bientôt comblée. De toutes façons, il importe qu’au plus tôt ait lieu le recensement de tous les Français ayant deux grands-parents juifs et de ceux qui ont contracté mariage avec des juifs.

Nous demandons aussi que tous les juifs qui ont été autorisés par le Conseil d’État à changer de nom depuis cinquante ans et leurs descendants soient obligés à reprendre leur nom primitif. Bien entendu, à l’avenir, tout changement de nom devra être interdit aux juifs.

On y verra plus clair.

L’Action Française, dimanche 20 octobre 1940. Page 1.

Y https://gallica.bnf.fr/L’ Action Française, 20 octobre 1940


Commentaires

Le texte ci-dessus est un extrait d’un article non signé publié en page 1 du numéro de l’Action Française du dimanche 20 octobre 1940. Il s’agit de la deuxième partie d’un petit article titré « Les ressortissants étrangers  de race juive pourront être placés dans des camps de concentration » qui commente la promulgation de la loi portant statut des juifs du 3 octobre et celle du 4  octobre  sur l’internement des juifs étrangers, publiées  au Journal Officiel le 18 octobre 1940.

La veille, dans son numéro du 19 octobre, l’Action Française s’était réjouie de la promulgation du statut des juifs par une phrase sans équivoque : « le gouvernement dans son œuvre de reconstruction nationale a dû, dès les premiers jours, étudier le problème des juifs… » (A.F, 19/10/1940, p.1). En page 2, on trouve aussi le texte intégral du statut tel qu’il a été publié au Journal Officiel.

Cette approbation apportée par l’organe d’extrême-droite à la politique antisémite du « Maréchal » n’est évidemmment pas une surprise. L’antisémitisme est au cœur de l’idéologie du « nationalisme intégral » maurrassien depuis ses origines et l’Action Française voit ici un de ses vœux les plus chers exaucés par le gouvernement de Vichy : la réduction drastique de la place des juifs dans la société française par la vertu d’une loi discriminatoire.

L’extrait ci-dessus est bref mais intéressant car son auteur, sans peut-être s’en rendre compte, nous offre un petit aperçu de quelques clichés antisémites  de son époque.

Il se réjouit de la mise en place de mesures dans les professions médicales (les médecins) et juridiques (les avocats), permettant de limiter le nombre de juifs pouvant exercer dans ces domaines. On remarquera qu’il propose de réduire les quotas en prenant pour base démographique la population juive qui avait obtenu la citoyenneté française pleine et entière en septembre 1791. Il n’y avait en France, à l’époque de la Révolution, que quelques dizaines de milliers de juifs ; prendre cette base de calcul reviendrait donc  à réduire à pas grand chose le nombre de médecins ou avocats juifs autorisés à exercer…

La justification est donnée à la ligne suivante : la plupart des juifs sont issus de l’immigration et sont des « parasites » ; préjugé ressassé depuis des décennies depuis la publication de « La France juive » d’Édouard Drumont (1). Argument pourtant  contradictoire : si les juifs sont des parasites dans la société française, alors pourquoi vouloir limiter par la loi leur nombre dans la médecine, profession   dont  aucune personne dotée de bon sens  ne songerait à nier l’utilité sociale…

L’auteur réclame ensuite une application rigoureuse de la loi pour éviter « les fausses déclarations et les tentatives de fraude » et que ceux qui ont changé de nom reprennent leur « nom primitif ». Le juif, tous les antisémites vous le diront !, est sournois, menteur et malhonnête ; il se cache et agit dans l’ombre et la loi permettra de le démasquer afin « d’y voir plus clair »

Enfin, il est nécessaire, toujours pour y « pour y voir plus clair », « qu’au plus tôt ait lieu le recensement de tous les Français ayant deux grands-parents juifs et de ceux qui ont contracté mariage avec des juifs ». Sur ce dernier point, le vœu de l’auteur sera exaucé au delà de ses espérances…

(1)  https://clio-texte.clionautes.org/aux-sources de l’antisémitisme moderne en France-extrait de la France juive d’Edouard Drumont 1886

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