« (…) L’école est vraiment le séminaire de l’avenir, notre séminaire à nous, celui d’où sortiront les citoyens mûrs pour les difficultés de la vie intérieure, et prêts aussi pour le service extérieur de la France, le séminaire républicain, qui implique à mon sens cette triple nécessité : l’obligation, la gratuité, la laïcité. On a bataillé quelque temps sur le dernier terme. On a demandé à modifier, à transiger (…). Messieurs, à toutes ces demandes, il faut répondre : non, nous voulons l’Église chez elle et l’école chez elle, l’instituteur absolument maître du lieu où il donne ses leçons. (…)

Et quand vous aurez pratiqué ce régime pendant une génération, quand vous aurez ensemencé de germes toute cette jeune France qui s’éveille à la vie, ah ! messieurs, soyez-en sûrs, nos enfants se demanderont ce que nous pouvions bien vouloir dire en parlant sans cesse du spectre de l’Ancien Régime, de l’ordre moral ou de la réaction. Ils ne comprendront rien à ces vieilleries, parce qu’ils n’auront pas eu à se faire à eux-mêmes leur libre examen et leur libre pensée, parce qu’ils l’auront sucée avec le lait de leur mère et avec la parole de leur maître d’école. Il leur semblera aussi naturel d’être éclairé dans leur intelligence que de l’être dans leurs yeux par la lumière du soleil.

Vous aurez alors une France unie, partout semblable à elle-même, une France qui pourra véritablement, dans son repos et sa force, recueillir et réunir tous ses enfants. »

Source : Gambetta,  » Discours dans une réunion électorale de Paris « , 20e arrondissement, 12 août 1881.