Luther Standing Bear (Ours debout) - Ma chú-Na zhí, chef sioux Ponca (c. 1833/1839-1908)

Le regard décentré d’Ours Debout sur la «nature sauvage»

« Nous ne regardions pas les grandes plaines comme une étendue sauvage. La nature n’était sauvage que pour l’homme blanc et c’est uniquement pour lui que le pays était « infesté » d’animaux « sauvages » et de « sauvages ». Pour nous, il était apprivoisé. La terre nous donnait ses bienfaits et nous étions entourés des bénédictions du Grand mystère. Ce n’était pas sauvage avant que l’homme velu vienne de l’est et s’acharne à amener l’injustice sur nous et les familles que nous chérissions. Quand jusqu’aux animaux de la forêt s’enfuirent à son approche, nous pouvons dire que l’Ouest sauvage a commencé pour nous. »

Luther Standing Bear (Ours Debout / Ma-chú-nu-zhe / Ma-chú-na-zhe / Mantcunanjin (c. 1834 ou 1839-1908), chef des Sioux Ponca (Nebraska), The Indian Journal, 1879, Muskogee, Nation creek, Territoire indien de l’Oklahoma, vers 1900, © Traduction «Les Clionautes».

« Les Indiens d’Amérique sont « des personnes au sens légal » et ont le droit à l’habeas corpus. »

Arrêté de la Cour de district d’Omaha (Nebraska) obtenu par Ours Debout, 1879, © Traduction «Les Clionautes».

Le

L’impérialisme comanche : un rôle inattendu dans la conquête étasunienne du Texas

«Le Texas fut submergé par les Anglo-Américains, qui s’installèrent à l’écart des voies de pillage des Comanches mais utilisèrent l’incapacité du Mexique à faire cesser les raids comme prétexte politique pour exiger une république indépendante.

L’incapacité de Mexico à contenir les Comanches affecta aussi ses espérances de reconquérir le Texas. Au cours des années qui suivirent la révolte texane, les Comanches étendirent leurs opérations de vol de bétail et de capture d’esclaves au cœur même du Mexique, causant des dommages dans sept États du pays. Non seulement la réannexion du Texas devint parfaitement impossible mais c’est toute la partie nord de la nation qui se mit à sortir de l’orbite mexicaine. Les citoyens du Nord s’inquiétaient de l’impuissance du gouvernement fédéral – et de son apparente indifférence – à faire cesser les raids comanches, et se sentaient de plus en plus indifférents eux-mêmes à Mexico et à son projet d’édification nationale. Les liens entre les expansions américaine et comanche furent encore plus nets au cours de la guerre américano-mexicaine. Lorsque l’armée américaine pénétra au sud du Rio Grande en 1846, les Comanches avaient déjà transformé de vastes pans du Mexique central en une région économiquement sous-développée, politiquement fragmentée et psychologiquement brisée, mûre pour la conquête américaine qui, en un sens, finit par occuper un territoire préalablement soumis à la Grande Comancheria. Au nord du Mexique, l’impérialisme américain fut en définitive l’héritier direct de l’impérialisme comanche.»


Pekka Hämäläinen, L’Empire comanche, Toulouse, Anacharsis, 2012, p. 262, préface de Richard White, traduit de l’anglais par Frédéric Cotton, titre original : The Comanche Empire, Yale, 2008.

Ma-ka-tai-ma-she-kia-kiak - Black Hawk - Faucon noir - (1767-1838), chef des Sauk et Fox

La mémoire de l’abondance passée ?

«Nous avons toujours vécu dans l’abondance; nos enfants ne pleuraient jamais de faim, nos gens n’étaient jamais non plus dans le besoin […] Les rapides de Rock River nous fournissaient en abondance un excellent poisson et la terre, qui était très fertile, ne fit jamais défaut pour produire de bonnes récoltes de mais, de haricots et de potirons […] Notre village se tint ici pendant plus de cent années pendant toutes lesquelles nous fûmes les maîtres incontestés de la vallée du Mississippi […] Notre village se portait bien et aucun endroit dans le pays ne pourvoyait plus d’avantages ni de meilleurs terrains de chasse que ceux que nous possédions. Si un prophète était venu dans le village et nous avait annoncé que ce qui se passait arriverait à sa fin, aucun d’entre-nous ne l’aurait cru.»

Ma-ka-tai-ma-she-kia-kiak ou Black Hawk – Faucon noir – (1767-1838), Chef des Sauk et des Fox en 1833 dans Black Hawk, Autobiography of Ma-ka-tai-me-she-kia-kiak or Black Hawk, Oquawka, J. B. Patterson,‎ 1882, © Traduction «Les Clionautes».


Les Nord-Amérindiens : des écolos en harmonie avec la nature ?

Les Nez percés (the Nez Perce), vaincus en 1877 et leur chef Joseph.

«L’Indien « écologiste » est une invention de l’homme blanc. Les premiers habitants des États-Unis furent aussi de terribles prédateurs pour la nature.

« Nous sommes une partie de la terre », rappelait en 1859 le chef indien Seattle, de la tribu suquamish. Ses paroles ont depuis fait le tour du monde […], incarnant la profonde sagesse des Indiens.

En réalité, le vieux chef […] n’avait probablement pas l’intention d’énoncer une sentence prémonitoire à l’encontre de la société industrielle […] Sa déclaration demeura près d’un siècle dans l’oubli jusqu’à ce qu’en 1970 Ted Perry, un scénariste américain, la reprît dans un film sur l’environnement. Le lendemain de sa diffusion, les téléspectateurs furent des milliers à appeler pour s’enquérir de l’origine du texte. Le mythe de l’Indien écologiste était né…

Pourtant, comme l’a notamment bien montré l’anthropologue américain Shepard Krech III dans The Ecological Indian : Myth and History (New York, Norton, 1999), la présence des Indiens eut un impact souvent nocif sur l’environnement. Le thème traditionnel de l’indigène […] dans une nature vierge, démuni de tout savoir-faire et de toute technologie, mérite d’être revu. Lorsqu’au XVIe siècle, les explorateurs européens débarquèrent […], ils crurent découvrir un nouvel Éden. La population indienne était dispersée sur un espace immense. Des régions entières étaient encore inhabitées […] (mais) cette nature magnifiée avait déjà subi de profondes transformations […] Le type d’agriculture pratiqué par certaines tribus indiennes avait provoqué d’importantes modifications écologiques. Ainsi, au XIIIe-XIVe siècle, les Hohokans, vivant dans les régions arides de l’actuel Arizona, avaient élaboré un vaste système de canalisation pour irriguer leurs champs de maïs […], ils déversaient de l’eau fortement saline sur les terres, appauvrissant les sols déjà menacés par de terribles sécheresses. Au bout d’un siècle, les Hohokans furent obligés d’abandonner leur territoire […] Outre l’agriculture sur brûlis, les Indiens éclaircissaient la forêt par de fréquents incendies, afin de créer des clairières où venaient se grouper les herbivores. Dans les Grandes Plaines de l’Ouest, ces incendies offraient certes de nouvelles pâtures aux bisons, mais ils détruisaient aussi beaucoup d’animaux.»

Philippe Jacquin, « Étaient-ils les premiers écologistes ? », L’Histoire, n° 253, février 1983, Les Collections de L’Histoire, n°54, janvier 212, p. 20.