Témoignage d’un rescapé du massacre d’Oradour-sur-Glane, le 10 juin 1944
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Robert Hébras

Témoignage d’un rescapé du massacre d’Oradour-sur-Glane, le 10 juin 1944

Cécile Dunouhaud
vendredi 14 juillet 2017

Ce texte est extrait de l’ouvrage de Pierre Poitevin "Dans l’enfer d’Oradour, le plus monstrueux crime de la guerre", imprimé en octobre 1944. Pierre Poitevin est journaliste de profession. En 1940, afin de marquer son refus de la collaboration, il cesse de rédiger des articles pour le Courrier du Centre. Adhérent au groupement Libération puis aux M.U.R. ( Mouvements Unis de Résistance) sous le pseudo de Jean Guiton, Il alimente la presse clandestine et mène une série de reportages clandestin destinés à être publiés après la guerre, avec l’accord de son directeur général.
Dès qu’il prend connaissance du massacre, il décide de se rendre sur place, recueille les témoignages des survivants et photographie les lieux.
Robert Hébras est né le 29 juin 1925 à Oradour-sur-Glane, il a alors 18 ans au moment du massacre, le 10 juin 1944.}

Les Allemands arrivèrent vers 14 heures, venant de la route de Limoges, dans trois camions et trois autos-chenilles blindées. Deux autos-chenilles traversèrent le bourg, chargées chacune d’une dizaine d’hommes. les autres véhicules restèrent sur le pont de la Glane. [...] Les S.S., la mitraillette au bras, aillaient de maison en maison, ordonnant à tous ceux qu’ils rencontraient de se rendre sur la place du Champ-de-Foire où, en même temps que nous arrivèrent les écoliers accompagnés de leur maîtres et maîtresses.
Aussitôt après, les hommes furent mis à part et les femmes, certaines avec des bébés sur les bras, dirigées sur l’église. les deux curés, un Limousin, un Alsacien, subirent le sort des hommes.
Après m’avoir rapporté la scène du Champ de Foire, M. Hébras poursuit :
- on nous ordonna de nous mettre en rangs sur trois et de faire demi-tour. Nous faisions face aux trottoirs. derrière nous, les Allemands armaient leurs mitraillettes. ordre nous fut donné de nous asseoir à terre. Nous restâmes dans cette position pendant cinq minutes.
Après nous avoir ordonné de nous de nous former par groupes de cinquante, les Allemands nous dirent :
- On va vous garder dans les granges pendant que nous perquisitionnerons.
Nous nous mîmes en marche. Les S.S. qui nous escortaient semblaient furieux. L’un de nous qui ne marchait pas assez vite reçut un violent coup de pied.
Quand nous arrivâmes devant la grange, trois d’entre nous furent désignés pour sortir les voitures qui s’y trouvaient. C’est à cet instant que j’entendis les premiers coups de feu qui furent tirés par les Allemands ; quelques rafales de mitraillettes semblant venir des alentours du village.
on nous entassa dans la grange et deux fusils-mitrailleurs ou mitrailleuses genre "Maxim" furent apportés. [...] Un alsacien qui se trouvait à mes côtés me dit :
- je viens d’entendre qu’on ordonne d’armer fusils, mitraillettes et revolvers.
J’entendis alors une violente détonation venant du bourg. On eût dit l’explosion d’une bombe. Les S.S. ouvrirent alors le feu sur nous avec toutes leurs armes pendant une demi minute environ. Les Allemands marchèrent alors sur les cadavres, achevant à coups de revolver tous ceux qui remuaient encore.
Ils nous recouvrirent alors de foin et de fagots et s’en allèrent. J’entendis alors des ordres donnés par un haut-parleur, semblant venir du centre du village.
Les Allemands revinrent un quart d’heure après en criant et semblant très excités. Ils mirent le feu au foin et aux fagots qui nous recouvraient, puis s’en allèrent.
C’est alors que blessé de quatre balles au bras droit et d’une balle à la poitrine, je sortis du brasier et par une brèche de la porte me jetais dans une grange voisine. Là je retrouvais quatre camarades blessés qui avaient pris le même chemin que moi. Nous montâmes sur un tas de fagots dans l’intention de nous y cacher. A peine y étions-nous qu’un Allemand vint y mettre le feu. la première allumette s’éteignit. il en alluma une seconde, surveillant pendant quelques minutes le progrès des flammes et s’en alla. Nous sautâmes alors au bas du bûcher et partîmes en quête d’une cachette. [...] Nous sortîmes vers 7 heures du soir et traversâmes le cimetière pour y gagner la campagne.

Pierre POITEVIN Au service de la France, Dans l’enfer d’Oradour le plus monstrueux crime de la guerre, imprimerie de la S.A. des journaux et publications du Centre, Limoges, octobre 1944, extraits pp 201-203
Photo : Robert Hebras dans les ruines du village, le 13 janvier 1976
Crédits : Jean TESSEYRE / PARISMATCH

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