Les kommandos dépendant de Buchenwald sont libérés « par hasard » le 11 avril 1945, par la 4e division blindée en route vers l’Est . Jorge Semprun témoigne sur sa libération et sa première rencontre avec les soldats américains :

« Ils sont en face de moi, l’œil rond, et je me vois soudain dans ce regard d’effroi : leur épouvante. Depuis deux ans, je vivais sans visage. Je voyais mon corps, sa maigreur croissante, une fois par semaine, aux douches. Pas de visage sur ce corps dérisoire. De la main, parfois, je frôlais une arcade sourcilière, des pommettes saillantes, le creux d’une joue. (…) Je voyais mon corps, de plus en plus fou, sous la douche hebdomadaire. Amaigri, mais vivant : le sang circulait encore, rien à craindre. Ca suffirait, ce corps amenuisé mais disponible, apte à une survie rêvée, bien que peu probable. La preuve, d’ailleurs : je suis là. Ils me regardent, l’œil affolé, rempli d’horreur. (…) Ca peut surprendre, intriguer, ces détails : mes cheveux ras, mes hardes disparates. Mais ils ne sont pas surpris, ni intrigués. C’est de l’épouvante que je le lis dans leurs yeux. »

Jorgue Semprum, L’écriture ou la vie, Gallimard/Folio, 1994, p. 13-14
Jorge Semprun s’explique : http://www.gallimard.fr/catalog/entretiens/01029405.htm