La multiplication des études scientifiques du GIEC depuis près de 40 ans et la succession de plus en plus rapide des épisodes caniculaires font que le réchauffement climatique d’origine anthropique est une réalité admise par la très grande majorité des humains. Le texte que nous présentons montre que   cette question a été clairement posée, dès 1979.

Ce texte est un extrait de la déclaration finale de la première conférence climatique sur le climat qui s’est tenue à Genève, entre le 12 et le 23 février 1979. Elle est organisée par l’Organisation météorologique mondiale (OMM), institution spécialisée de l’ONU ; y participent également d’autres institutions onusiennes. La conférence réunit plus de 350 spécialistes du climat venus d’une cinquantaine de pays. Depuis le milieu du XIXᵉ siècle, les météorologistes ont l’habitude de coopérer et d’échanger, puisque par leur nature, les phénomènes climatiques ignorent les frontières.

Le but de la conférence de Genève est d’aborder la question de l’impact d’un éventuel changement climatique d’origine anthropique sur le développement, les activités économiques et finalement le bien-être de l’humanité.

L’extrait ci-dessous apparaît à la page 4 de la déclaration finale de la conférence. Pour la première fois, la communauté scientifique des climatologues, qui étudiait depuis longtemps le phénomène physique de l’effet de serre, émet comme hypothèse sérieuse « qu’une augmentation de la concentration [dioxyde de carbone] contribue à un réchauffement progressif de la basse atmosphère » et « que certains effets à l’échelle régionale et mondiale soient détectables avant la fin de ce siècle et deviennent significatifs avant le milieu du siècle prochain ».

Ce qui était alors émis comme une hypothèse a été depuis largement validé par les nombreuses études pilotées par le GIEC, depuis 1988. Cette déclaration de février 1979 est donc bien un jalon important dans cette « histoire du changement climatique d’origine anthropique ».


Extrait de la déclaration de la Conférence climatique mondiale de février 1979

[…]

Les recherches mettent en lumière de nombreuses caractéristiques fondamentales des changements climatiques passés et servent de base aux projections climatiques futures. Les causes des variations climatiques sont de mieux en mieux comprises, mais des incertitudes subsistent quant à nombre d’entre elles et à leur importance relative.

Néanmoins, on peut affirmer avec une certaine assurance que la combustion des énergies fossiles, la déforestation et les changements d’affectation des sols ont augmenté la concentration de dioxyde de carbone dans l’atmosphère d’environ 15 % au cours du siècle dernier, et qu’elle augmente actuellement d’environ 0,4 % par an. Il est probable que cette augmentation se poursuive. Le dioxyde de carbone joue un rôle fondamental dans la détermination de la température de l’atmosphère terrestre, et il semble plausible qu’une augmentation de sa concentration contribue à un réchauffement progressif de la basse atmosphère, notamment aux hautes latitudes. Ces changements sont susceptibles d’affecter la répartition des températures, des précipitations et d’autres paramètres météorologiques, mais leurs mécanismes précis restent encore mal compris.

Il est possible que certains effets à l’échelle régionale et mondiale soient détectables avant la fin de ce siècle et deviennent significatifs avant le milieu du siècle prochain. Ce délai est comparable à celui nécessaire pour réorienter, le cas échéant, le fonctionnement de nombreux secteurs de l’économie mondiale, notamment l’agriculture et la production d’énergie. Étant donné que les changements climatiques peuvent s’avérer bénéfiques dans certaines régions du monde et néfastes dans d’autres, d’importants réajustements sociaux et technologiques pourraient être nécessaires.

L’augmentation de la consommation d’énergie et, par conséquent, des émissions de chaleur, a déjà provoqué des changements climatiques locaux. À l’avenir, ces sources de chaleur, provenant de régions densément peuplées et fortement industrialisées, pourraient avoir des répercussions climatiques à plus grande échelle.
D’autres activités humaines, telles que l’agriculture, l’élevage, la déforestation, l’utilisation accrue d’engrais azotés et les émissions de chlorofluorométhanes, pourraient avoir des conséquences climatiques et nécessitent donc une étude approfondie. Il est également nécessaire de mener une recherche systématique afin d’identifier d’autres effets potentiels des principales activités humaines sur le climat. […]

Source : World Meteorological Organization, World Climate Conference, a conference of experts on climate and mankind, Declaration and Supporting Documents, Geneva, February 1979,  extrait page 4

Version originale en anglais

[…]

Research is revealing many basic features of climatic changes of the past and is providing the basis for projections of future climate. The causes of climate variations are becoming better understood, but uncertainty exists about many of them and their relative importance.

Nevertheless, we can say with some confidence that the burning of fossil fuels, deforestation, and changes of land use have increased the amount of carbon dioxide in the atmosphere by about ‭15 per cent during the last century and it is at present increasing by about ‭0.4 per cent per year. It is likely that an increase will continue in the future. Carbon dioxide plays a fundamental role in determining the temperature of the earth’s atmosphere, and it appears plausible that an increased amount of carbon dioxide in the atmosphere can contribute to a gradual warming of the lower atmosphere, especially at high latitudes. Patterns of change would be likely to affect the distribution of temperature, rainfall and other meteorological parameters, but the details of the changes are still poorly understood.

It is possible that some effects on a regional and global scale may be detectable before the end of this century and become significant before the middle of the next century. This time scale is similar to that required to redirect, if necessary, the operation of many aspects of the world economy, including agriculture and the production of energy. Since changes in climate may prove to be beneficial in some parts of the world and adverse in others, significant social and technological readjustments may be required.

Increasing energy use and thus release of heat have already caused local climatic changes, In the future such heat sources from densely populated and heavily industrialized regions could possibly have some effects on climate on a larger scale.
Other human activities such as agriculture, pastoral practices, deforestation, increased use of nitrogen fertilizers and release of chlorofluoromethanes might have climatic consequences and therefore require careful study. Also, a systematic search for still other possible effects on climate of major human efforts is needed.

 

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