Du 19 au 25 août 1949, la forêt des Landes connut un incendie ravageur qui détruisit 52 000 hectares de forêt et entraîna la mort de 82 personnes : essentiellement des militaires, des fonctionnaires des Eaux et Forêts, des pompiers qui disposaient alors de maigres moyens techniques, ainsi que le maire de la commune de Saucats, Roger Giraudeau. Le drame devint rapidement national au point qu’une journée de deuil national fut décrétée le 24 août 1949, tandis que la presse se faisait l’écho de la catastrophe.
Les causes de l’incendie, d’origine humaine (comme dans 9 cas sur 10), devinrent rapidement l’épicentre de nombreux articles. Très vite, la presse n’hésita pas à détailler les circonstances de l’incendie, en livrant les noms des responsables, comme le montre l’extrait du journal Combat du 24 août 1949, ci-dessous.
Combat revient également sur l’attitude des autorités, alors que la France, éprouvée par 5 années de guerre, est en reconstruction.
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LA CHASSE AUX COUPABLES
Un dispositif important de patrouilles avait été mis en place pour débarrasser la forêt de Gascogne de tous les suspects.
L’enquête de la police judiciaire avait déjà amené des inculpations. Les incendiaires volontaires sont justiciables de la Cour d’Assises et comparaîtront devant cette juridiction.
D’autre part, le Préfet de la Gironde a demandé au ministre de la Justice que les peines, frappant les fauteurs d’incendies involontaires, soient élevées. « Car, a ajouté M. Combes, il n’est pas douteux que les multiples incendies qui viennent de ravager nos régions ont deux causes essentielles : les uns sont dus à la négligence, d’autres sont le fait d’individus dangereux pour la collectivité ».
Il est encore trop tôt, l’enquête étant toujours en cours, de faire le bilan de leurs activités et de faire état d’un « plan de sabotage », mais il est exact que des feux ont été allumés volontairement.
José Massat qui a été arrêté hier par la Gendarmerie de Carbon- Blanc pour avoir mis le feu dans les bois de Eychac (Gironde) en voulant détruire un serpent a été transféré aujourd’hui à Bordeaux. Après avoir été interrogé par le juge d’instruction, il a été écroué au Fort du Ha.
D’autre part, des gendarmes ont appréhendé Marguerite Soure qui a été vue mettant le feu dans les bois.
Cette femme qui est une déséquilibrée faisait l’objet d’une surveillance étroite de la part de son mari. Elle parvint cependant à se procurer des allumettes. Elle sera examinée par un médecin psychiatre.
Dans l’entourage du Garde des Sceaux, on précise que des circulaires viennent d’être envoyées aux tribunaux des régions sinistrées leur demandant de frapper « vite et fort » les auteurs volontaires ou non des incendies de forêts.
On fait d’autre part connaître qu’un projet de loi est actuellement à l’étude étendant sensiblement le champ des infractions en cette matière. La peine de mort est notamment prévue dans les cas extrêmes. Le Parlement doit être saisi de ce projet dès la rentrée.
LES GESTES DE SOLIDARITE
Tandis que le Conseil municipal de Mâcon a voté une subvention de 100.000 francs en faveur des sinistrés des Landes que le Journal d’Alger a ouvert une souscription avec 50.000 francs, et que Mgr Feltin, qui vient d’être nommé archevêque de Paris, a lancé, ce matin par la voie de la presse, un appel aux catholiques, un Comité national de secours aux sinistrés du Sud- Ouest est en voie de constitution, sous la présidence de M. le Président de la République.
D’ores et déjà, le concours du Président de l’Assemblée nationale et du Président du Conseil de la République sont assurés ainsi que celui des membres du Gouvernement le Président du Conseil, M. Henri Queuille, a lui-même souscrit 500.000 francs.
Dans une question écrite au préfet de la Seine, M. Charles Cottin et le docteur Bidegaray, conseillers généraux, « se faisant les interprètes de l’émotion qui s’est emparée de la population de la Seine devant la catastrophe nationale de la région forestière du Sud-Ouest » lui demandent quelles sont les mesures de solidarité qu’il entend prendre en faveur des victimes et lui demandent notamment s’il n’y aurait pas lieu d’accueillir des sinistrés, et en particulier des enfants, et d’apporter une contribution financière destinée à soulager les misères engendrées par le désastre et à soutenir l’oeuvre des sauveteurs.
LES CAUSES DU SINISTRE
Il se confirme que la cause du gigantesque incendie de la lande girondine est accidentelle.
Les deux ouvriers forestiers qui ont été interrogés ont été laissés en liberté. C’est une bûche de tabac en ignition qui a déclenché cette catastrophe.
En effet, l’un des ouvriers avait, avant son repas, roulé une cigarette et l’avait allumée. Se penchant au-dessus de son lit pour prendre une bouteille, une bûche de tabac tomba et mit le feu à une couverture. L’incendie gagna aussitôt la cabane et de là se propagea à la forêt.
La bonne foi de cet homme et de son camarade a été nettement établie par les enquêteurs et par les magistrats.
On a remarqué que les malheureuses victimes du sinistre du 20 août sont toutes tombées dans la même région, c’est-à-dire dans une lande qui se trouve derrière Croix-d’Hins, entre ce hameau et la route Bordeaux à Bayonne.
Cette zone est le siège de perturbations atmosphériques, provoquant fréquemment de violents courants d’air et, au moment du dernier sinistre, les tourbillons de feu dans lesquels ont été prises les victimes.
Dans l’allocution qu’il a prononcée à la radio, M. Paul Ramadier a notamment déclaré : « L’incendie, cette année, a revêtu un caractère tout à fait exceptionnel, et les annales des industries forestières ne connaissent pas d’année où les incendies ont pris autant d’importance, d’étendue et de gravité. Les moyens mis en oeuvre n’ont pas été à la mesure du fléau qui s’est déchainé. »
L’AMPLEUR DES DEGATS
Cet après-midi, au cours de sa première séance de travail, l’Association des présidents des conseils généraux de France a voté à l’unanimité une résolution par laquelle ils appellent l’attention du gouvernement sur la nécessité d’organiser d’extrême urgence les moyens efficaces permettant de défendre contre l’incendie la forêt une aide française et d’apporter immédiate et substantielle aux familles.
M. Henri Queuille, président du Conseil, recevra le mardi 30 août une délégation composée de parlementaires du département Gironde et du département des Landes, accompagnée des préfets des deux départements.
Cette délégation viendra exposer au président du Conseil l’ampleur des dégâts causés par le feu dans les deux départements, et s’entretenir avec lui de la distribution des secours aux communes et aux familles sinistrées, et des mesures de protection qui s’imposent.
À la Direction générale des Eaux et Forêts on déclare que c’est pratiquement la moitié de la forêt landaise qui est anéantie. 150.003 hectares ont été ravagés depuis le début de l’année, à quoi s’ajoutent 300.000 hectares brûlés depuis 1945, soit un total de 450.000 hectares sur 900.000.
Source : journal COMBAT, 24 août 1949, extrait page 6


