Dans la somme de Diogène Laërce, Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres, figure le portrait d’Hipparchia.

Originaire de Maronée en Thrace, elle choisit, par amour son mari, le philosophe cynique Cratès de Thèbes, après une scène haute en couleur. Elle en épouse également le mode de vie et devient ainsi son égale. Nombre de codes sont brisés, de la sphère intime à sa présence au banquet avec son mari. Diogène Laërce lui reconnaît même le statut de « femme philosophe » et cite la répartie cinglante qu’elle adresse au misogyne Théodore « l’impie ».

Hipparchia fait aujourd’hui l’objet d’une reconnaissance dans les arts avec, à titre d’exemple, une bande dessinée qui lui est consacrée (Barbara Stok) ou encore l’œuvre de Judy Chicago, The Dinner Party.


« Hipparchia

Les discours de ces philosophes (les cyniques) convertirent encore la sœur de Métroclès, Hipparchia. Comme lui, elle était de Maronée. Elle s’éprit si passionnément de la doctrine et du genre de vie de Cratès qu’aucun prétendant, fût-il riche, noble ou bien fait, ne put la détourner de lui. Elle alla jusqu’à menacer ses parents de se tuer si elle n’avait pas son Cratès. Cratès fut invité par eux à la détourner de son projet : il fit tout ce qu’il put pour cela, mais finalement, n’arrivant pas à la persuader, il se leva, se dépouilla devant elle de ses vêtements, et lui dit : « Voilà votre mari, voilà ce qu’il possède, décidez-vous, car vous ne serez pas ma femme si vous ne partagez mon genre de vie ». La jeune fille le choisit, prit le même vêtement que lui, le suivit partout, fit l’amour avec lui au grand jour, et alla avec lui aux repas. Un jour où elle vint à un repas chez Lysimaque, elle confondit Théodore, surnommé l’Impie, par le raisonnement suivant : « Ce que Théodore ferait sans y voir une injustice, Hipparchia peut aussi le faire sans injustice. Or Théodore peut se frapper sans dommage, donc Hipparchia, en frappant Théodore ne lui fait aucun dommage ». L’autre ne répondit rien, mais lui souleva son vêtement. Mais Hipparchia n’en fut ni frappée, ni effrayée, bien que femme. Et comme il lui disait : « Qui donc a laissé sa navette sur le métier ? » elle lui répondit : « C’est moi, Théodore, mais ce faisant, crois-tu donc que j’ai mal fait, si j’ai employé à l’étude tout le temps que, par mon sexe, il me fallait perdre au rouet ? ».

On raconte encore bien d’autres bons mots de cette femme philosophe ».

Diogène Laërce, Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres, Livre sixième, Hipparchia.