Diogène Laërce est un auteur grec ayant probablement vécu au IIIᵉ siècle de notre ère. Il est l’auteur d’une somme présentant l’existence et les idées des principaux philosophes de l’Antiquité : Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres. L’ouvrage, découpé en dix livres, présente les différentes écoles de pensée et leurs « grands représentants » avec, parmi la série de portraits réalisés, celui de Pythagore.

Pythagore, qui se définissait comme « philosophe », cumule en lui, dans l’extrait retenu, qualités divines (il est d’ailleurs, selon ses disciples, « Apollon descendu des régions hyperboréennes ») et génie humain. Tous les domaines l’intéressent, de la géométrie à la médecine en passant par la diététique et la métempsycose. Autant de « talents » présentés par la tradition, qui en offre une image beaucoup plus contrastée que le seul théorème qui lui emprunte son nom et dont la découverte valut, nous dit Diogène Laërce, le sacrifice de cent bœufs !


[…] Pythagore était, dit-on, d’une extrême beauté, et ses disciples le faisaient passer pour Apollon descendu des régions hyperboréennes. La légende dit aussi qu’on lui a vu un jour une cuisse découverte, et qu’elle était d’or. Et l’on répète souvent que le fleuve Nessos le salua au passage un jour où il le traversait. Timée, au dixième livre de ses Histoires, écrit que selon Pythagore, les femmes portaient à leurs différents âges des noms de déesse, s’appelant : Vierge, Épouse, Mère. C’est encore lui qui acheva la géométrie, Moeris ayant d’abord trouvé les principes. Il s’intéressa fort aussi à l’arithmétique et trouva le principe du monocorde. Il ne négligea pas non plus la médecine. Apollodore le logisticien dit qu’il sacrifia une hécatombe parce qu’il avait trouvé que dans un triangle rectangle le carré de l’hypoténuse est égal à la somme des carrés des autres côtés. À ce propos, on cite cette épigramme :

Pythagore vint à bout de la tâche illustre : il trouva le dessin, Pour lequel il fit un glorieux sacrifice de bœufs.

La tradition veut qu’il ait le premier conseillé aux athlètes un régime carné, et qu’il ait d’abord donné ce conseil à Eurymène. Avant lui, ils ne se nourrissaient que de figues sèches, de fromage mou et de froment. D’autres auteurs disent que c’est un autre Pythagore, maître de gymnastique, et non le philosophe, qui donnait ce conseil. Car le philosophe défendait le meurtre et interdisait même de goûter à la chair des animaux, qui avaient une âme, tout comme les hommes. Mais ce n’était là qu’un prétexte. En réalité, il défendait de manger la chair des animaux pour exercer et accoutumer les hommes à une vie simple et aisée, de façon qu’ils aient toujours leur nourriture à portée de la main, sans avoir besoin de la faire cuire, et à ne boire que de l’eau, car ce régime entretient la santé du corps et l’agilité de l’esprit. On sait par ailleurs qu’il ne faisait ses dévotions à Délos qu’à un seul autel, celui d’Apollon Générateur, qui est derrière celui de la Corne, parce qu’on n’y consacrait que du blé, de l’orge et des galettes, sans y allumer de feu, et qu’on n’y immolait aucune victime, comme Aristote en témoigne dans sa Constitution délienne.

La tradition veut encore que le premier il ait découvert la migration de l’âme, qui, décrivant un cercle selon l’arrêt du destin, passe d’un être dans un autre pour s’y attacher. Le premier aussi, il introduisit en Grèce les poids et les mesures. Le premier enfin, il montra que l’étoile du soir et l’étoile du matin ne sont qu’un seul et même astre, découverte attribuée par d’autres à Parménide.

Il avait un tel prestige que l’on considérait les paroles de ses amis comme des oracles divins, et lui-même écrit dans son livre qu’il avait séjourné deux cent sept ans aux enfers avant de venir chez les hommes. […]

Diogène Laërce, Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres, Livre huitième, Chapitre 1 -Pythagore, extrait