Lorsqu’en 1857, Napoléon III décide de la création de la forêt des Landes, très rares sont les voix qui s’élèvent pour critiquer le projet. En effet, depuis le Moyen Âge, les Landes font l’objet de vives critiques : surnommées le « Sahara français » à cause de son sol sablonneux et de son paysage plat composé de marais, d’étangs et de dunes, elles s’opposent à leur voisine immédiate, la Gironde, qui fait figure de terre riche, organisée et civilisée.

Parmi les rares défenseurs de cette région atypique et, au fond, incomprise, Félix Arnaudin [1844-1921] fait figure d’exception. Né à Labouheyre dans les Landes, il se consacre tôt à sa passion : ethnographier le monde agro-pastoral de la Haute-Lande de son enfance, monde alors en train de disparaître sous l’effet de la politique d’aménagement décidée par l’Empereur. Sa méthode est inédite : il parcourt la région, enquête, collecte et interroge les habitants selon un questionnaire précis. Dans le même temps, il fixe par la photographie les paysages et les individus.

Dans la préface de son ouvrage intitulé Chants populaires de la Grande-Lande et des régions voisines, paru en 1912, il se livre à une critique virulente de la forêt de pins des Landes dont il souligne le caractère profondément artificiel et mercantile, mais aussi la fragilité.


 

[…] Maintenant, la lande n’existe plus. Au désert magnifique, enchantement des aïeux, déroulant sous le désert du ciel sa nudité des premiers âges, à l’étendue plane, sans limites, où l’œil avait le perpétuel éblouissement du vide, où l’âme, élargie, enivrée, tantôt débordait de joies neuves et enfantines, tantôt s’abîmait dans d’ineffables et si chères tristesses, a succédé la forêt, – la forêt industrielle ! avec toutes ses laideurs (la culture intensive, « pour le maximum d’argent », la plantation en allées, en ligne droite, écœurante de banalité, irraisonnée au surplus, violente accélératrice qu’elle peut être du feu et du vent destructeurs), dont l’étouffant rideau, partout étendu où régnait tant de sereine et radieuse clarté, borne, implacablement la vue, hébète la pensée, en abolit tout essor.- De notre lande d’autrefois me sera-t-il donné de reparler plus particulièrement ailleurs ? […]

Félix Arnaudin, Chants populaires de la Grande-Lande et des régions voisines – Tome 1, Paris, Honoré Champion, 1912, extrait de la préface, pages L-LI

 

Pour aller plus loin :

  • Jean Arrouye « Infelix Arnaudin, ou le romantisme ethnologique », revue Le Monde alpin et rhodanien. Revue régionale d’ethnologie, année 1995, 23-2-4, pp. 203-220, consultable ICI.
  • Guy Latry, Une vie de Félix Arnaudin, Bordeaux, Éditions Confluences, coll. « Stèles », 2022, 133 p.

Photo : Félix Arnaudin – Date inconnue.