« l’Allemagne et la paix dans le monde » dans un manuel de 4e en 1939

« V. L’Allemagne et la paix du monde – l’Allemagne d’avant 1914 s’enorgueillissait de ses victoires militaires, de son magnifique essor économique, du nombre croissant de ses enfants. Confiante dans la puissance irrésistible de son armée, dans la force brutale et dans la science mise uniquement au service de la force, elle s’était crue déjà maîtresse de l’avenir.

Le livre d’école, l’enseignement des universités, le régiment, d’innombrables associations et le gouvernement tout le premier inculquaient à l’enfant, à l’étudiant, à l’homme fait, l’idée de la supériorité matérielle, intellectuelle et morale du peuple allemande, élu par Dieu pour dominer le monde : il s’exaltait en chant le Deutschland über alles ; il voyait dans ses rêves pangermanistes la Germania dominant le monde ; comme la statue colossale du Niederwald, dressée aux bords du Rhin. Ce sont avant tout ces sentiments qui déchaînèrent en août 1914 la plus formidable des guerres.

Vaincue, l’Allemagne n’a jamais reconnu la légitimité de sa défaite ; elle n’a pas accepté la sentence de Versailles. Jusqu’ici tous ses gouvernements se sont déclarés partisans de la paix. Mais l’Allemagne hitlérienne a repris, en les accentuant encore, les thèmes de l’ancien Empire, et proclamé comme un dogme national la supériorité de la race et les droits exceptionnels du peuple allemand. Après avoir quitté la Société des Nations, elle a de sa propre autorité annulé les clauses militaires de Versailles, réoccupé militairement les pays rhénans ; et elle s’est armée avec enthousiasme. Enfin elle a procédé audacieusement à des annexions auxquelles les puissances adverses n’ont pas voulu s’opposer par la force. Ces annexions exaltent encore son orgueil national, et elle les justifie, non seulement par la théorie « raciale », au nom de laquelle on veut grouper tous les Germains, mais par celle de l' »Espace vital », c’est à dire la nécessité d’un territoire plus grand pour les besoins et les aspirations du peuple allemand. Il n’est plus possible de se dissimuler les dangers que crée la surexcitation continuelle d’un sentiment nationaliste enfiévré, ni la gravité des problèmes que pose l’existence d’une population surabondante dans un cadre qu’elle juge trop étroit. »

L’EUROPE moins la France et l’Asie Russe, par A Gibert et G Turlot, classe de 4e A & B, EPS 2e année. Programme du 8 avril 1938 p. 198

L’Allemagne d’Hitler vue par un manuel de géographie français de 1939.

« III. LE GOUVERNEMENT. – le RACISME. – l’Allemagne de 1938 est beaucoup plus unifiée que celle de 1970 et même de 1914. – Pendant longtemps, l’Allemagne fut un pays extrêmement morcelé. Avant 1800, elle comptait 360 Etats ; l’unité, dont la Révolution et Napoléon Ier lui avaient inspiré le désir, fut réalisée par Bismarck, sans toutefois faire disparaître certains particularismes : l’Allemagne de 1914 comptait 25 Etats ayant conservé une autonomie partielle (la Bavière avait des timbres-poste spéciaux). Le traité de Versailles renforça l’unité allemande au lieu de la briser : la Constitution de Weimar ne connaissait plus que 17 « pays ». Depuis l’avènement du National-Socialisme en 1933, l’évolution s’est précipitée, et l’Allemagne de 1938, après les annexions de l’Autriche et des Sudètes, est divisée en 24 districts administratifs.

Le régime national-socialiste est fondé sur le « racisme ». – Après la chute de l’Empire en 1918, l’Allemagne avait fait l’essai de la République. Mais, en 1933, un régime autoritaire, le « National-Socialisme » (ou mouvement « nazi »), arriva au pouvoir. Supprimant toutes les libertés, désireux d’instaurer partout l’autorité de l’Etat, il est fondé sur la doctrine du « racisme » : la race aryenne » (dont les Germains seraient, d’après cette théorie les représentants les plus purs), considérée comme supérieure, doit asservir les autres races, ou, tout au moins, les traiter en inférieures. C’est pourquoi dans l’Allemagne actuelle, les Israélites se sont vu reléguer à un rang subalterne : de nombreuses professions leur sont interdites et ils sont été parfois cruellement persécutés. l’Etat est aussi entré en conflit avec les chefs des Eglises catholique et protestante à qui il prétend enlever la formation morale de la jeunesse. La réunion en un seul Etat de tous les peuples parlant une langue germanique dérive aussi de ce principe. Ce programme a été réalisé en ce qui concerne l’Autriche et les territoires Sudètes appartenant naguère encore à la Tchécoslovaquie. Il existe des groupes plus ou moins importants parlant un idiome germanique en Pologne, en Suisse, en Italie, en Belgique, aux Pays-Bas au Danemark, en Alsace. Mais l’Allemagne, surtout depuis les dernières annexions, renferme un grand nombre de Slaves (Polonais, Lituaniens et surtout Tchèques). »

L’EUROPE GÉOGRAPHIE – CL. DE 4e et 2e année des E.P.S. Classe de 3e (Anc. programme)- JEAN BRUNHES, H BOUCAU, E BRULEY ET A LEYRITZ – A Hatier, 1939