Popularité de la Révolution de février 1848 à la Ferté-Bernard, petite ville industrielle de la Sarthe

L'église Notre-Dame-des-Marais à La Ferté-Bernard
La manifestation du 29 février 1848 (Le Courrier de la Sarthe, 3 mars 1848)

«On nous écrit de la Ferté-Bernard, 1er mars 1848 :

Je m’empresse de vous rendre compte de notre belle manifestation d’hier 29 février.

Dès le dimanche, nous avions organisé une administration provisoire que nous avons fait connaître le soir même, en faisant publier aux flambeaux la délibération du conseil ainsi que qu’une proclamation aux habitants.

Toutes les mesures propres à la réunion des 2 bataillons de la garde nationale du canton avaient été prises ; aussi dès le matin du 29, le tambour battait vers tous les points de la ville ; c’étaient nos compagnies rurales qui arrivaient en foule pour se réunir à celles de la ville, qui déjà stationnaient nombreuses sur notre champ de foire, entourées d’un nombre considérable de d’ouvriers ou de citoyens n’appartenant pas à la garde nationale.

On évalue à plus de deux mille le chiffre des personnes réunies, les gardes nationaux comptant pour huit cent environ ; encore faut-il dire que les lettres de convocation parties le lundi, n’étaient parvenues pour la plupart que la Mardi matin dans les communes.

Sur les onze heures, la garde nationale de la Ferté s’est rendu à la mairie pour prendre son drapeau sur lequel on avait écrit ces mots : République Française. Liberté, Égalité, Fraternité.

Là se trouvaient M Cohin, conseiller général, le juge de paix et son greffier, les conseillers municipaux de la Ferté, Cherré, Cherreau, Saint-Antoine, plusieurs maires et conseillers municipaux des autres communes du canton.

Bientôt le cortège s’est mis en marche tambours et musique en tête, pour se rendre au lieu de la réunion, où étant arrivés, le commandant a fait former un cercle au milieu duquel le président de la commission municipale de la Ferté, monté sur une table, après avoir donné lecture de la proclamation de MM Trouvé et Sévin, qui lui était parvenue la veille a prononcé d’une voix ferme mais émue, un discours qui a été accueilli par les cris répétés de : Vive la République ! Vive la liberté !

La proposition d’une adresse aux citoyens de Paris qu’il a lue ensuite, a été reçue par des acclamations moins nombreuses ; mais beaucoup de personnes ne purent entendre la voix du maire qui se perdait au milieu de notre vaste place, couverte par les cris de Vive la République ! Vive le peuple de Paris !

Le commandant de la garde nationale ayant fait reformer les rangs ; le cortège s’est rendu sous les halles où des commissaires délégués ont reçu les signatures de l’adresse à mesure que les compagnies défilaient au son du tambour et de la musique.

Les ouvriers se présentèrent à leur tour avec tambour et drapeau en tête, puis la cérémonie terminée, ils parcoururent les rues en faisant entendre des chants patriotiques. Le reste de la population remplissait les cafés qui tous étaient illuminés , ainsi que la mairie et bon nombre de maisons particulières. Jusqu’à dix heures la musique de la garde nationale a joué, dans le quartier où il se réunit le plus de monde, des airs patriotiques tels que la marseillaise, Guerre aux tyrans.

C’était, malgré la pluie, une véritable fête et bien qu’il ait été fait de copieuses libations, aucun cri de nature à effrayer les personnes timorées, n’a été proféré. Le peuple a prouvé à la Ferté comme ailleurs comme partout que ceux-là le calomniant ne se croient pas dignes de la liberté.»

Registre des arrêtés et délibérations du conseil municipal de la Ferté-Bernard (1835-1866), 29 février 1848, Archives municipales de la Ferté-Bernard.

«Adresse aux citoyens de Paris

Les gardes nationaux et citoyens du canton de la Ferté-Bernard (Sarthe) aux citoyens de Paris, ouvriers et gardes nationaux.

Citoyens de Paris deux fois en 17 ans vous avez sauvé la liberté du monde …

Honneur à vous ! Comme en 1830, 3 jours ont suffi pour renverser un pouvoir hypocrite et parjure. Que la France vous soit reconnaissante ! Trois jours ont suffi comme en 1830, pour faire triompher la cause du droit, de la justice, et de l’humanité. Juillet 1830 et février 1848, sonneront, dans nos annales comme des dates à jamais mémorables, et l’histoire racontera, qu’à l’une et l’autre époque si la population de Paris s’est montrée ardente et terrible dans la bataille, elle est restée humaine et généreuse après la victoire.

Honneur donc, au peuple de Paris ! Honneur à lui car il a versé son sang pour les libertés, et la France ; car c’est à son courage que nous devons nos glorieuses destinées que ère nouvelle va nous ouvrir ….

Citoyens, les actes du nouveau gouvernement, nous sont connus et tout annonce en lui qu’il veut le bonheur et la gloire de la France ; tous ses actes disent que la République sera l’étoile polaire chargée de conduire les siens aux terres promises de la liberté.

Aidons le donc, ce gouvernement de tout notre amour, de notre concours sans réserve ; que le monde apprenne enfin que la meilleure des républiques est celle qui a pour base l’union des citoyens la sincère pratique de la noble devise de nos pères : Liberté Égalité, Fraternité. Vive la République française !»

Cité dans La Ferté-Bernard d’hier et d’aujourd’hui, Société du Pays Fertois, imprimerie fertoise, juin 1999, p. 29-30, ISBN 2951425-0-7.

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Popularité de la Révolution de février 1848 à la Ferté-Bernard (petite ville industrielle de la Sarthe)

Manifestation du 29 Février 1848

Extrait du courrier de la Sarthe du 3 Mars 1848.

« On nous écrit de la Ferté-Bernard, 1er Mars 1848 :

Je m’empresse de vous rendre compte de notre belle manifestation d’hier 29 Février.

Dès le dimanche, nous avions organisé une administration provisoire que nous avons fait connaître le soir même, en faisant publier aux flambeaux la délibération du conseil ainsi qu’une proclamation aux habitants.

Toutes les mesures propres à la réunion des deux bataillons de la garde nationale du canton avaient été prises ; aussi dès le matin du 29, le tambour battait vers tous les points de la ville ; c’étaient nos compagnies rurales qui arrivaient en foule pour se réunir à celles de la ville, qui déjà stationnaient nombreuses sur notre champ de foire, entourées d’un nombre considérable d’ouvriers ou de citoyens n’appartenant pas à la garde nationale.

On évalue à plus de deux mille le chiffre des personnes réunies, les gardes nationaux comptant pour huit cent environ ; encore faut-il dire que les lettres de convocation parties le lundi, n’étaient parvenues pour la plupart que la Mardi matin dans les communes.

Sur les onze heures, la garde nationale de la Ferté s’est rendu à la mairie pour prendre son drapeau sur lequel on avait écrit ces mots : République Française. Liberté, Egalité, Fraternité.

Là se trouvaient M Cohin, conseiller général, le juge de paix et son greffier, les conseillers municipaux de la Ferté, Cherré, Cherreau, Saint-Antoine, plusieurs maires et conseillers municipaux des autres communes du canton.

Bientôt le cortège s’est mis en marche tambours et musique en tête, pour se rendre au lieu de la réunion, où étant arrivés, le commandant a fait former un cercle au milieu duquel le président de la commission municipale de la Ferté, monté sur une table, après avoir donné lecture de la proclamation de MM Trouvé et Sévin, qui lui était parvenue la veille a prononcé d’une voix ferme mais émue, un discours qui a été accueilli par les cris répétés de : Vive la République ! Vive la liberté !

La proposition d’une adresse aux citoyens de Paris qu’il a lue ensuite, a été reçue par des acclamations moins nombreuses ; mais beaucoup de personnes ne purent entendre la voix du maire qui se perdait au milieu de notre vaste place, couverte par les cris de Vive la République ! Vive le peuple de Paris !

Le commandant de la garde nationale ayant fait reformer les rangs ; le cortège s’est rendu sous les halles où des commissaires délégués ont reçu les signatures de l’adresse à mesure que les compagnies défilaient au son du tambour et de la musique.

Les ouvriers se présentèrent à leur tour avec tambour et drapeau en tête, puis la cérémonie terminée, ils parcoururent les rues en faisant entendre des chants patriotiques. Le reste de la population remplissait les cafés qui tous étaient illuminés, ainsi que la mairie et bon nombre de maisons particulières. Jusqu’à dix heures la musique de la garde nationale a joué, dans le quartier où il se réunit le plus de monde, des airs patriotiques tels que la Marseillaise, Guerre aux tyrans.

C’était, malgré la pluie, une véritable fête et bien qu’il ait été fait de copieuses libations, aucun cri de nature à effrayer les personnes timorées, n’a été proféré. Le peuple a prouvé à la Ferté comme ailleurs comme partout que ceux-là le calomniant ne se croient pas dignes de la liberté. »

Source – Registre des arrêtés et délibérations du conseil municipal de la Ferté-Bernard 1835-1866, 29 Février 1848, Archives municipales de la Ferté-Bernard, mairie de la Ferté-Bernard

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