Le sacrifice volontaire

« Étant arrivé au pied de l’escalier, il en montait lui-même les degrés. Au premier pas, il brisait l’une des flûtes dont il avait joué au temps de sa prospérité ; il en brisait une autre à la seconde marche, une autre encore à la troisième, et c’est ainsi qu’il les mettait toutes en morceaux en montant en haut du temple. Quand il arrivait au sommet, les satrapes (1) qui s’étaient préparés à lui donner la mort, s’emparaient de lui, le jetaient sur un billot de pierre et, tandis qu’on le tenait couché sur le dos, bien assuré par les pieds, les mains et la tête, celui qui tenait le couteau d’obsidienne le lui enfonçait d’un grand coup dans la poitrine, et, après l’avoir retiré, il introduisait la main par l’ouverture que le couteau venait de faire, et lui arrachait le coeur qu’il offrait immédiatement au soleil. »

Note 1. Satrape : Gouverneur d’une province dans l’Empire perse. Ici, grand seigneur.

Extrait de F. Bernardino de Sahagûn, Histoire générale des choses de la Nouvelle-Espagne, La Découverte – Maspero. In Histoire géographie, initiation économique 5e, s. d. Jeannine GUIGUE, Paris, Bordas, 1990.

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La fête du « feu nouveau » à Mexico

« Lorsque le cercle des ans avait été parcouru, les habitants de Mexico et des environs avaient l’habitude de célébrer, au commencement de la nouvelle période (…) une fête ou grande solennité. Elle se célébrait tous les cinquante-deux ans (…).

On nettoyait parfaitement les maisons, et, pour finir, on éteignait tous les feux. Un endroit était réservé à la cérémonie où l’on faisait ce feu nouveau : c’était le sommet d’un monticule (…) qui se trouve situé à deux lieues de Mexico (…). Cela se pratiquait à l’heure de minuit. On plaçait le morceau de bois duquel le feu devait être extrait, sur la poitrine du plus généreux des captifs, pris à la guerre, car on allumait ce feu dans un morceau de bois bien sec, au moyen d’un autre morceau long comme un bois de flèche qu’on faisait tourner très rapidement entre les paumes des mains. Lorsque le feu était allumé, on ouvrait aussitôt la poitrine du captif, on en arrachait le coeur, on le jetait au feu en l’y poussant avec tout le corps qui s’y consumait aussi en entier. »

Extrait de Bernardino de Sahagun. Histoire générale des choses de la Nouvelle-Espagne, in COLL., Histoire-Géographie 5e, initiation économique, Paris, Nathan, 1987.

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Hymne à Huitzilopochtli

Tlacaelel, le frère de Moctezuma 1er, chante la gloire de Huitzilopochtli, la divinité qui, prenant l’ascendant sur Quetzalcòalt, encourage les entreprises guerrières des Aztèques, leur réclamant en retour, le tribut du sang, la « guerre fleurie ».

« Huitzilopochtli, le jeune guerrier, celui qui agit de là-haut, poursuit son chemin !

« Je n’ai pas revêtu en vain la robe de plumes jaunes : parce que c’est moi qui ai fait sortir le soleil. »

Le Prodigieux, celui qui habite la région des nuages : ton pied est un !

Celui qui habite la froide région ailée : ta main s’est ouverte !

Auprès du mur de la région ardente, on donna des plumes, ils se désagrègent, on poussa le cri de guerre… Ea, ea, ho, ho !

Mon dieu s’appelle le Défenseur des hommes.

Il poursuit son chemin, dans son habit de papier, celui qui habite dans la région ardente, dans la poussière il tourbillonne.

Ceux d’Amantla sont nos ennemis : viens te joindre à moi !

C’est en combattant qu’on fait la guerre : viens te joindre : viens te joindre à moi !

Ceux de Pipitlan sont nos ennemis : viens te joindre à moi !

C’est en combattant qu’on fait la guerre : viens te joindre : viens te joindre à moi !

Que l’on sacrifice ces enfants du soleil, car lors de l’achèvement du temple il ne manquera pas d’hommes pour l’inaugurer. J’ai réfléchi à ce que nous ferons désormais : il vaut mieux faire tout de suite ce que de tout façon nous ferons plus tard, car notre dieu ne doit pas attendre que nous ayons l’occasion de faire la guerre. Cherchons un marché commode, où notre dieu avec son armée pourra se rendre pour acheter les victimes nécessaires à sa nourriture. Ainsi, de même que notre peuple peut trouver tout près des tortillas chaudes quand il a envie de manger, de même nos concitoyens et notre armée iront fans ces foires pour acheter, avec leur sang, leur tête, leur cœur et leur vie, les pierres précieuses, les émeraudes, les rubis, les plumes resplendissantes, larges et longues, si élégantes qu’on peut aussi les utiliser pour le service Huitzilopochtli.

Moi, Tlacaelel, je dis que ce tianguez et marché soit instauré à Tlaxcala, Heuxotinco, Cholula, atlixco, Tliliuhquitepc, Tecoac, parce que, si nous l’établissons plus loin, par exemple à Yopitzinco, Michoacan, la Huastèque ou au bord de la mer, dont les côtes sont sous notre domination, nos armées autont à pâtir de l’éloignement de ces provinces. Ces pays sont très lointains et en outre notre dieu n’aime pas la chair de ces gens barbares. Il la tient pour du pain blanc et dur, du pain sans saveur, car, je le répète, ce sont des gens barbares qui parlent des langues étranges. Ce serait donc une excellente idée que notre marché et notre foire soient situés dans les six cités que j’ai nommées, à savoir Tlaxcala, Heuxotzinco, Cholula, Atlixco, Tliuhqquitepec et Tecoac. Les habitants de ces villes seront pour notre dieu pareils à du pain chaud, venant de sortir du four, tendre et savoureux… Et la guerre que nous mènerons contre ces cités devra être faite de telle sorte qu’on ne les anéantisse pas et qu’elles restent toujours sur pied. Car il faut, que chaque fois que nous le souhaiterons et que notre dieu voudra manger et se réjouir, nous puissions nous rendre au marché pour lui chercher sa nourriture. »

Extrait de M. León-Portilla, la Pensée aztèque, cité dans Le destin brisé de l’empire aztèque, Serge Gruzinski, découvertes Gallimard, Paris, 2010.

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La création de l’homme

« L’animal qu’on appelle Tuih-tuih apporta, d’au-delà de la mer, le sang du tapir et celui du serpent, et c’est ainsi que fut pétri le maïs. C’est avec cette chair que le Créateur et le Formateur firent la chair de l’homme. Les hommes parlèrent, ils eurent du sang et ils eurent de la chair. »

Extrait de COLL., Histoire-Géographie 5e, initiation économique, Paris, Nathan, 1987.