analyse de Bismarck en 1856.

« Dès que la situation extérieure se modifie de manière à menacer la paix européenne, la Prusse gagne en importance aux yeux de l’étranger, grâce à ses forces militaires et à ses ressources ; (…) Pendant une génération la Confédération a cru fermement que sa mission était de se défendre contre les attaques de la France ou contre des révolutions intérieures, en s’unissant étroitement à la Prusse, l’Autriche et la Russie. Tant qu’elle a été sûre d’avoir derrière elle la réserve importante des trois puissances de l’Est on a pu compter sur sa solidité, et l’on pourra le faire chaque fois que l’Autriche et la Prusse seront d’accord pour opposer à la France ou à la Russie une alliance puissante (…). Mais dès que la Russie se retire d’une semblable alliance sans que la France y entre, (…) l’acte fédéral perd toute force et toute valeur. Si l’Allemagne est menacée de deux côtés, c’est-à-dire par la France et par la Russie, la Prusse et l’Autriche auront beau être unies, elles ne verront dans leur camp que les États de la Confédération germanique qu’elles pourront forcer à être des leurs. »

Dépêche de Bismarck, chancelier de Prusse, au ministre des Affaires étrangères de Prusse, 4 novembre 1856.

Le choix de la guerre (1866).

« Le ministre-président a pris le premier la parole, et s’est exprimé de la sorte : la Prusse était la seule création politique viable qui fût sortie des ruines de l’ancien empire allemand ; de là procédait sa vocation d’arriver à la tête de l’Allemagne. L’Autriche ne voulait pas concéder à la Prusse la direction de l’Allemagne, quoiqu’elle en fût elle-même incapable. Il convenait donc de se demander maintenant, et de décider si la Prusse devait reculer d’effroi devant cet obstacle : la rupture, et éventuellement la guerre avec l’Autriche ? Le moment était favorable à la Prusse, à cause de la position de l’Italie, qui ne pourrait plus maintenir longtemps sur pied les forces militaires qui menaçaient l’Autriche ; à cause des relations actuelles d’amitié avec l’empereur Napoléon ; à cause de la supériorité encore existante de notre armement, et même à cause de notre temps de service sous les drapeaux, qui était maintenant de plus longue durée qu’en Autriche. »

(Procès-verbal du conseil de la couronne, juin 1866.)

L’influence de la victoire de Sadowa sur l’opinion allemande

Un juriste, Rudolf von lhering, exprime, avant et après Sadowa, deux opinions totalement contradictoires sur la politique de Bismarck :

« 1er mai 1866

Jamais sans doute une guerre n’a été manigancée de façon aussi éhontée, avec une légèreté aussi scandaleuse que celle que Bismarck est en train de monter contre l’Autriche. (…) Je suis un partisan convaincu de l’influence prussienne en Allemagne du Nord, bien que je n’aie que peu de sympathie pour le système politique actuel en Prusse (…) .

Tout le monde ici déteste cette guerre, personne ne peut s’accommoder de l’idée que l’issue inéluctable de la lutte sera ce que nous devons souhaiter. Nous allons voir des Allemands prendre les armes contre les Allemands, bref une guerre civile. »

« 19 août 1866

(…) Quel bonheur enviable de vivre à notre époque présente et d’avoir pu être témoins de ce tournant de l’histoire de l’Allemagne (…) . Des années durant (…) j’ai souhaité un Cavour allemand ou un Garibaldi comme Messie pour mon pays. Et voilà qu’il vient d’apparaître dans la personne de ce Bismarck, que l’on a trop dénigré.

(…) Je m’incline très bas devant le génie de Bismarck, qui a porté à son sommet un chef-d’oeuvre d’intelligence politique et d’action, comme il est rare d’en trouver un exemple dans l’histoire. »

Cité par J. Droz, La formation de l’unité allemande (1789-1871), Hatier éd., pp. 188-189.