Extrait de tract diffusé par le mouvement de « la Rose blanche » (Weisse Rose) de Hans et Sophie Scholl, en Allemagne, en janvier 1943.

« Rien n’est plus indigne pour un peuple civilisé, que de se laisser, sans résistance, régir par l’obscur bon plaisir d’une clique de despotes. Est-ce que chaque Allemand honnête n’a pas honte aujourd’hui de son gouvernement ?

Qui d’entre nous pressant quelle somme d’ignominie pèsera sur nous et nos enfants quand le bandeau, qui maintenant nous aveugle, sera tombé et qu’on découvrira l’atrocité extrême de ces crimes ?

Nos yeux ont été ouverts par les horreurs des dernières années, il est grand temps d’en finir avec cette bande de fantoches. Jusqu’à la déclaration de guerre, beaucoup d’entre nous étaient encore abusés. Les nazis cachaient leur vrai visage. Maintenant, ils se sont démasqués et le seul, le plus beau, le plus sain devoir de chaque Allemand doit être l’extermination de ces brutes.  »

Extraits d’un tract de la Rose Blanche distribué le 18 février 1943

« Etudiants! Etudiantes!

La défaite de Stalingrad a jeté notre peuple dans la stupeur. La vie de trois cent mille Allemands, voilà ce qu’a coûté la stratégie géniale de ce soldat de deuxième classe promu général des armées. Führer, nous te remercions!

Le peuple allemand s’inquiète : allons-nous continuer de confier le sort de nos troupes à un dilettante ? Allons-nous sacrifier les dernières forces vives du pays aux plus bas instincts d’hégémonie d’une clique d’hommes de parti ? Jamais plus! Le jour est venu de demander des comptes à la plus exécrable tyrannie que ce peuple ait jamais endurée. Au nom de la jeunesse allemande, nous exigeons de l’Etat d’Adolf Hitler le retour à la liberté personnelle ; nous voulons reprendre possession de ce qui est à nous ; notre pays, prétexte pour nous tromper si honteusement, nous appartient.(…)

Il n’est pour nous qu’un impératif : lutter contre la dictature! Quittons les rangs de ce parti nazi, où l’on veut empêcher toute expression de notre pensée politique. Désertons les amphithéâtres où paradent les chefs et les sous-chefs S.S., les flagorneurs et les arrivistes. Nous réclamons une science non truquée, et la liberté authentique de l’esprit. Aucune menace ne peut nous faire peur, et certes pas la fermeture de nos Ecoles Supérieures. Le combat de chacun d’entre nous a pour enjeu notre liberté, et notre honneur de citoyen conscient de sa responsabilité sociale.(…)

Etudiants, Etudiantes! Le peuple allemand a les yeux fixés sur nous! Il attend de nous comme en 1813, le renversement de Napoléon, en 1943, celui de la terreur nazie. (…)

Nous nous dressons contre l’asservissement de l’Europe par le National-Socialisme, dans une affirmation nouvelle de liberté et d’honneur. »

Extrait de Inge Scholl (la petite soeur de Sophie), « La rose blanche : six Allemands contre le nazisme », Paris, éd. de Minuit, 1995 (rééd. de 1955)

Hans et Sophie Scholl furent décapités par les Nazis le 22 février 1943.