Le travail est la source de toute richesse et de toute culture, et comme en général le travail productif n’est possible que par la société, son produit intégral appartient à la société, c’est-à-dire à tous les membres de celle-ci, tous devant participer au travail, et cela en vertu d’un droit égal, chacun recevant selon ses besoins raisonnables.

Dans la société actuelle, les moyens de travail sont le monopole de la classe capitaliste; l’état de dépendance qui en résulte pour la classe ouvrière est la cause de la misère et de la servitude sous toutes ses formes.

L’affranchissement du travail exige la transformation des instruments de travail en patrimoine commun de la société et la réglementation, par la communauté, du travail collectif; avec affectation d’une partie du produit aux besoins généraux et partage équitable du reste.

L’affranchissement du travail doit être l’oeuvre de la classe ouvrière, en face de laquelle toutes les autres classes ne forment qu’une masse réactionnaire.

I. Partant de ces principes, le Parti ouvrier socialiste d’Allemagne s’efforce, par tous les moyens légaux, de fonder l’État libre et la société socialiste, de briser la loi d’airain des salaires par la destruction du système du travail salarié, d’abolir l’exploitation sous toutes ses formes, d’éliminer toute inégalité sociale et politique.

Le Parti ouvrier socialiste d’Allemagne, bien qu’il agisse tout d’abord dans le cadre national, a conscience du caractère international du mouvement ouvrier, et il est résolu à remplir tous les devoirs qui s’imposent de ce fait aux travailleurs en vue de réaliser la fraternité de tous les hommes.

Le Parti ouvrier socialiste d’Allemagne réclame, pour préparer les voies à la solution de la question sociale, l’établissement de sociétés ouvrières de production avec l’aide de l’État, sous le contrôle démocratique du peuple travailleur. Les sociétés de production doivent être suscitées dans l’industrie et l’agriculture avec une telle ampleur que l’organisation socialiste de l’ensemble du travail en résulte.

Le Parti ouvrier socialiste d’Allemagne réclame comme base de l’État :

1. Suffrage universel égal, direct, secret et obligatoire pour tous les citoyens âgés d’au moins vingt ans et pour toutes les élections générales et communales. Le jour de l’élection sera un dimanche ou un jour férié.

2. Législation directe par le peuple. La guerre et la paix votées par le peuple.

3. Service militaire pour tous. Substitution de la milice populaire à l’armée permanente.

4. Suppression des lois d’exception, notamment des lois sur la presse, sur les réunions et les coalitions, et en général de toutes les lois restreignant la libre manifestation des opinions, la liberté de la pensée et de l’étude.

5. Justice rendue par le peuple. Gratuité de la justice.

6. Éducation générale et égale du peuple par l’État. Obligation scolaire. Gratuité de l’instruction dans tous les établissements scolaires. La religion déclarée chose privée.

Le Parti ouvrier socialiste d’Allemagne réclame, sous le régime social actuel :

1. La plus grande extension possible des droits et des libertés politiques dans le sens des revendications précitées.

2. Un impôt unique et progressif sur le revenu pour l’État et les communes, à la place de tous les impôts indirects, spécialement de ceux qui pèsent sur le peuple.

3. Droit illimité de coalition.

4. Journée de travail normale en rapport avec les besoins de la société. Défense de travailler le dimanche.

5. Interdiction du travail des enfants, ainsi que du travail des femmes, qui porte préjudice à la santé et à la moralité.

6. Loi de protection de la vie et de la santé des travailleurs. Contrôle sanitaire des logements ouvriers. Surveillance du travail dans les usines, les fabriques et les ateliers, ainsi que du travail à domicile, par des fonctionnaires élus par les ouvriers. Loi punissant les infractions.

7. Réglementation du travail pénitentiaire.

8. Administration pleinement autonome de toutes les caisses ouvrières d’assistance et de secours mutuel.

http://www.jprissoan-histoirepolitique.com/articles/histoire-d-ailleurs/allemagne/socialismeallemandgotha1875lecongressonprogrammelacritiqueduprogramme1erepartie