«Ne sachant comment nourrir les cent trente mille hommes des ateliers nationaux, le ministre des Travaux publics avait, ce jour-là même, signé un arrêté qui invitait tous les citoyens entre dix-huit et vingt ans à prendre du service comme soldats, ou bien à partir vers les provinces pour y remuer la terre. Cette alternative les indigna, persuadés qu’on voulait détruire la République (…). C’était un leurre enfin, une dérision, le déni formel de toutes les promesses. S’ils résistaient, on emploierait la force ; ils n’en doutaient pas et se disposaient à la prévenir.»

G. Flaubert, L’éducation sentimentale, 1869.

Les atrocités commises par les vainqueurs font frémir et nous reportent en un jour à l’époque des guerres de religion. Une véritable terreur a succédé à cette déplorable guerre […] Les gardes mobiles […] s’amusaient à tirer à loisir et par délassement sur les personnes qui se présentaient dans toute la longueur des rues adjacentes […] Mais ce qu’il y a d’affreux, d’épouvantable, ce sont les hécatombes des prisonniers qui ont été immolés deux ou trois jours après.

E. Renan, Lettre à sa sœur Henriette, ler juillet 1848.

«Ils étaient là, neuf cents hommes, entassés dans l’ordure, pêle-mêle, noirs de poudre et de sang caillé, grelottant la fièvre, criant de rage , et on ne retirait pas ceux qui venaient à mourir parmi les autres. Quelquefois, au bruit soudain d’une détonation, ils croyaient qu’on allait tous les fusiller, alors, ils se précipitaient contre les murs, puis retombaient à leur place, tellement hébétés par la douleur, qu’il leur semblait vivre dans un cauchemar, une hallucination funèbre. La lampe suspendue à la voûte avait l’air d’une tache de sang , et de petites flammes vertes et jaunes voltigeaient, produites par les émanations du caveau. Dans la crainte des épidémies, une commission fut nommée. Dès les premières marches, le président se rejeta en arrière, épouvanté par l’odeur des excréments et des cadavres. Quand les prisonniers s’approchaient d’un soupirail, les gardes nationaux qui étaient de faction pour les empêcher d’ébranler les grilles, fourraient des coups de baïonnette, au hasard, dans le tas.»

Gustave Flaubert, L’éducation sentimentale, 1869.

Marx analyse les journées de juin 1848

«La révolution de juin offre le spectacle d’une lutte acharnée comme Paris, comme le monde n’en ont pas encore vu de pareille. C’est la première grande bataille entre les deux classes qui divisent la société moderne. C’est la lutte pour le maintien ou l’anéantissement de l’ordre bourgeois. (…) La fraternité des classes antagonistes dont l’une exploite l’autre, cette fraternité proclamée en février, son expression véritable, authentique, prosaïque, c’est la guerre civile, la guerre entre le capital et le travail.»

K. Marx, Les luttes de classes en France, 1850.