« Le bar en Espagne est tout un patrimoine » ; il occupe une place centrale dans la culture populaire et la sociabilité du peuple espagnol. Pour qui vit à demeure en Espagne (et fréquente assidûment ces lieux de vie), ces deux affirmations ont un caractère d’évidence. Ce sujet, a priori fort léger, a aussi à voir avec des questions d’actualité brûlante, comme celle de l’immigration.

Le document 2 est extrait d’un article du journal régional aragonais « El Heraldo de Aragón », du 15 juillet 2025. L’article est consacré à la plus méridionale des 3 provinces d’Aragon, Teruel. Les fêtes de la vaquuilla del Angel qui sont évoquées ont lieu au début du mois de juillet (elles durent 4 jours) et constituent pour les Turolenses le sommet festif de l’année. L’article évoque, par l’exemple, l’importance cruciale de la main-d’œuvre immigrée (clandestine et légale) pour les bars et les restaurants. C’est vrai à Teruel pendant les fêtes de las vaquillas del Ángel ; et c’est vrai toute l’année dans toutes les villes d’Espagne.
Note : traduction des textes en espagnol proposée par Gilles Legroux
Texte nᵒ 1
Le bar en Ibérie [Espagne] est un tout un patrimoine. Il est à la fois un prolongement du foyer et comme un refuge de celui-ci, une ambassade qui sert de trait d’union entre différentes communautés. Il t’accueille, d’où que tu viennes : du sud rural le plus profond ou du nord le plus industriel, d’un village indépendantiste ou d’un quartier madrilène traditionnel. C’est un salon partagé où l’on peut discuter, prendre le petit-déjeuner, déjeuner, dîner, prendre le café, des tapas, fêter une date importante, s’enivrer, écouter la radio, lire le journal, travailler, se détendre, tuer le temps, flirter, se faire des amis, jouer aux cartes, se laver, aller aux toilettes, passer la nuit et même confier les clés de sa maison. De nos jours, l’Ibérie est le pays qui compte le plus de bars au monde, un bar pour 170 habitants.
David Uclés, La península de las casas vacías, 2024, ediciónes Siruela, p. 104 de la version originale
Texte nᵒ 2
Le restaurant de Teruel qui emploie huit personnes de six nationalités différentes
Le Maroc, le Brésil, le Pérou, la Côte d’Ivoire, Cuba et la République dominicaine sont les pays d’origine du personnel ayant travaillé [dans ce bar-restaurant] pendant les fêtes de la Vaquilla del Ángel [du 11 au 14 juillet 2025]
Un restaurant en plein centre de Teruel s’est convertie en une petite « ONU » (organisation des Nations Unies) en employant, pour les fêtes de la Vaquilla del Ángel – qui se sont terminées ce lundi –, huit personnes de six nationalités différentes.
L’établissement « El Figón » , situé dans le centre historique de la ville , a formé un groupe de travail afin de pouvoir faire accueillir la demande accrue qui se manifeste à Teruel pendant les fêtes du saint patron : groupe composé d’un professionnel marocain , d’un autre de Côte d’Ivoire, de trois cuisinières brésiliennes et de trois serveurs originaires du Pérou, de Cuba et de la République dominicaine.
Derrière chaque employé d’« El Figón » se cache une histoire où le protagoniste, presque toujours, aspire à une vie stable. Otmán El Garatha, l’un d’eux, est originaire de Tétouan, au Maroc . Il explique qu’une série de hasards l’a conduit à Teruel il y a trois ans, où il a enfin trouvé un emploi. « J’adore cette ville et sa tranquillité », dit-il. À tel point qu’il souhaite y faire venir sa famille le plus vite possible. Il apprécie le secteur de l’hôtellerie-restauration, même s’il est déconcerté par la charge de travail variable d’un jour à l’autre. « Il y a des jours ennuyeux, et d’autres avec trop de travail ; c’est compliqué », souligne-t-il.
Souleimane Bakayoko , originaire de Côte d’Ivoire, est arrivé à Teruel en 2019, orienté par une ONG. Il a rejoint l’Espagne à bord d’une petite embarcation [en tant que passager clandestin] « avec beaucoup d’autres personnes », raconte-t-il. À 34 ans, il explique se sentir « super bien » dans la capitale Teruel, « surtout grâce aux habitants, à leur accueil ». Dans son pays d’origine, il a terminé ses études secondaires jusqu’au baccalauréat, et puis a travaillé dans une savonnerie. « Mais j’avais un emploi pendant un mois de travail et ensuite deux mois au chômage ; je ne voyais pas d’avenir », se souvient-il. Il aime bien le secteur de l’hôtellerie-restauration, même si les horaires « sont très difficiles ». sa langue maternelle est le français, il a acquis un bon niveau d’espagnol qui lui permet de servir les clients avec aisance. […]
Le propriétaire d’El Figón, Fernando Polo, explique qu’en raison du manque de main-d’œuvre dont souffre la province, un problème dont la capitale Teruel n’est pas exemptée, il lui a été « très difficile » de trouver des travailleurs capables de faire face au travail généré par la Vaquilla del Ángel, trois fois plus important que d’habitude.
La diversité culturelle de son personnel – qui comprend à la fois du personnel permanent et temporaire – n’a pas entravé le fonctionnement de l’établissement lors de dates clés que cosntituent les fêtes de la Vaquilla del Ángel.
Heraldo de Aragón, 15 juillet 2025, édition digitale
Version originale en espagnol du document 1
El bar en Iberia es todo un patrimonio. Es tanto una extensión del hogar como un refugio del mismo, y a la par, una embajada que sirve de unión entre los diferentes pueblos. le acoge vengas de donde vengas : del mediodía más rural o del norte más industrial, de un pueblo independentista o de uno castizo del centro de Madrid. Es un salón compartido en el que se puede conversar, desayunar, comer, cenar, tomar el café, tapear, celebrar una fecha señalada, emborracharse, estudiar, escuchar la radio, leer la prensa, trabajar, descansar, matar el tiempo, ligar, hacer amigos, jugar a las cartas, asearse, ir al baño, trasnochar e incluso confiar las llaves de tu casa. Hoy día, Iberia es el país con más bares del globo, uno por cada ciento setenta personas.
David Uclés, La península de la casas vacías, 2024, ediciónes Siruela, p. 104


