Le Concile de Trente, au milieu du 16e siècle, constitue l’un des événements majeurs de l’histoire de l’Église catholique. Convoqué en réponse à la Réforme protestante, il redéfinit profondément la doctrine et la discipline ecclésiastique pour les siècles suivants. La convocation du concile répond à une triple crise :
- La Réforme protestante : les thèses de Martin Luther (1517), puis les mouvements de Jean Calvin et d’Ulrich Zwingli, ont fracturé la chrétienté occidentale. L’Église romaine doit clarifier sa doctrine face aux critiques sur les indulgences, la justification par la foi et l’autorité des Écritures.
- Les appels à la réforme interne : bien avant Luther, des voix catholiques dénoncent les abus : cumul des bénéfices, absentéisme des évêques, ignorance du clergé, commerce des charges ecclésiastiques.
- Les pressions politiques : l’empereur Charles Quint, soucieux de maintenir l’unité religieuse du Saint-Empire, réclame un concile œcuménique depuis les années 1520.
Après plusieurs tentatives avortées, le pape Paul III convoque finalement le concile à Trente, ville impériale située à la frontière entre monde germanique et péninsule italienne — un compromis géographique entre Rome et l’Empire. Le concile se tient en trois périodes distinctes, interrompues par divers conflits politiques et des épidémies : la première se déroule de 1545 à 1547 sous la direction du Pape Paul III et attire peu de participants ; la deuxième de 1551 et 1552 et la troisième dix ans plus tard, de 1562 à 1563. La troisième, la plus productive, voit l’adoption de la majorité des décrets disciplinaires.
C’est dans ce contexte que se situe l’adoption des mesures concernant le culte des saints et la place et le rôle des images, question récurrente depuis l’Antiquité.
Le saint concile enjoint à tous les évêques et à tous les autres ayant la charge et le devoir d’enseigner que, conformément à l’usage de l’Eglise catholique et apostolique, reçu dès les premiers temps de la religion chrétienne, et conformément au sentiment unanime des saints pères et aux décrets des saints conciles, ils instruisent diligemment les fidèles, particulièrement sur l’intercession des saints et leur invocation, les honneurs dus aux reliques et le légitime usage des images. […]
De plus, on doit avoir et garder, surtout dans les églises, les images du Christ, de la Vierge Marie Mère de Dieu, et des autres saints, et leur rendre l’honneur et la vénération qui leur sont dus. Non pas parce que l’on croit qu’il y a en elles quelque divinité ou quelque vertu justifiant leur culte, ou parce qu’on doit leur demander quelque chose ou mettre sa confiance dans des images, comme le faisaient autrefois les païens qui plaçaient leur espérance dans des idoles, mais parce que l’honneur qui leur est rendu renvoie aux modèles originaux que ces images représentent. Aussi, à travers les images que nous baisons, devant lesquelles nous nous découvrons et nous prosternons, c’est le Christ que nous adorons et les saints, dont elles portent la ressemblance, que nous vénérons. C’est ce qui a été défini par les décrets des conciles, spécialement du deuxième concile de Nicée, contre les adversaires des images.
Les évêques enseigneront avec soin que, par le moyen de l’histoire des mystères de notre rédemption représentés par des peintures ou par d’autres moyens semblables, le peuple est instruit et affermi dans les articles de foi, qu’il doit se rappeler et vénérer assidûment. Et l’on retire aussi grand fruit de toutes les images saintes, non seulement parce que sont enseignés au peuple les bienfaits et les dons que lui confère le Christ, mais parce que, aussi, sont mis sous les yeux des fidèles les miracles de Dieu accomplis par les saints et les exemples salutaires donnés par ceux-ci : de la sorte, ils en rendent grâces à Dieu, ils conforment leur vie et leurs mœurs à l’imitation des saints et sont poussés à adorer et aimer Dieu et à cultiver la piété. Si quelqu’un enseigne ou pense des choses contraires à ces décrets : qu’il soit anathème.
Si certains abus s’étaient glissés dans ces saintes et salutaires pratiques, le saint concile désire vivement qu’ils soient entièrement abolis, en sorte qu’on n’expose aucune image porteuse d’une fausse doctrine et pouvant être l’occasion d’une erreur dangereuse pour les gens simples. S’il arrive parfois que l’on exprime par des images les histoires et les récits de la Sainte Ecriture, parce que cela sera utile pour des gens sans instruction, on enseignera au peuple qu’elles ne représentent pas pour autant la divinité, comme si celle-ci pouvait être vue avec les yeux du corps ou exprimée par des couleurs et par des formes.
On supprimera donc toute superstition dans l’invocation des saints, dans la vénération des reliques ou dans un usage sacré des images ; toute recherche de gains honteux sera éliminée ; enfin toute indécence sera évitée, en sorte que les images ne soient ni peintes ni ornées d’une beauté provocante. […]
Pour que cela soit plus fidèlement observé, le saint concile statue qu’il n’est permis à personne, dans aucun lieu ni église, même exempte, de placer ou faire placer une image inhabituelle, à moins que celle-ci n’ait été approuvée par l’évêque.
XXVe session du 3-4
décembre 1563 du Concile de Trente, Décret sur l’invocation, la vénération et les reliques des saints et sur les saintes images, extraits
(français modernisé, la version ici proposée est celle disponible dans : Giuseppe Alberigo (éd.), Les conciles œcuméniques, tome II-2 : Les décrets de Trente à Vatican II, Paris, Ed.
du Cerf, 1994, p. 1573 sq. )


