Le 7 avril dernier, Le New York Times proposait à ses lecteurs un article de fond revenant sur le processus ayant mené Donald Trump à déclarer la guerre à l’Iran, article que nous vous proposons dans une version traduite en français accompagné d’un commentaire éclairant et remettant dans une perspective historique plus large cette prise de décision.
Un processus décisionnel aux limites de la raison d’État : quand l’intuition prime sur la stratégie
L’engagement des États-Unis dans une guerre contre l’Iran en février 2026, sous l’influence déterminante de Benjamin Netanyahou, offre une étude de cas saisissante de ce qu’Olivier Zajec nomme l’Alzheimer stratégique : cette oscillation pathologique entre les proclamations de victoire et les retours de flamme, entre la conviction que le problème est réglé et la découverte qu’il ne l’a jamais été. En juin 2025, Donald Trump avait déclaré que les frappes américaines sur les sites nucléaires iraniens avaient « neutralisé » la menace. Huit mois plus tard, la même menace justifiait une guerre totale. Ce n’est pas une contradiction ; c’est un mécanisme. Le même qui avait conduit à croire, en 2003, qu’un « accueil en libérateurs » attendait les blindés américains à Bagdad. La force brute avait frappé. La puissance, entendue comme capacité à réguler cette force vers des objectifs politiques précis et atteignables, n’avait jamais réellement été au rendez-vous.
Ce moment critique de la présidence Trump ne se résume pas à un épisode géopolitique isolé. Il révèle comment la logique de la puissance peut céder la place à celle de la force brute lorsque l’émotion, les relations interpersonnelles et les biais cognitifs se substituent à l’évaluation stratégique. La décision n’est pas le fruit d’une analyse froide des rapports de force : elle est le produit d’une dynamique quasi symbiotique entre deux dirigeants, d’une surenchère rhétorique sur la « menace existentielle » iranienne, et d’une marginalisation systématique des expertises dissidentes.
La sous-estimation de l’adversaire : un phénomène récurrent
L’histoire des conflits modernes regorge d’exemples où les décideurs ont minimisé la capacité de résistance de leur ennemi. En 2026, malgré les avertissements de la CIA, dont les analystes jugeaient les scénarios israéliens « grotesques » et « détachés de la réalité » selon les propres termes du directeur Ratcliffe devant la Situation Room, la Maison-Blanche persiste à croire en une victoire rapide, fondée sur des présomptions non étayées : un soulèvement populaire iranien « fomenté » par des frappes aériennes, ou l’ouverture spontanée d’un front kurde. Ces hypothèses, balayées par les analystes du Pentagone, rappellent étrangement les illusions stratégiques de 2003 en Irak, où la conviction d’un « accueil en libérateurs » avait conduit à un enlisement coûteux.
Mais le précédent le plus instructif est peut-être celui que personne dans la Situation Room ne semble avoir voulu invoquer : l’opération Praying Mantis d’avril 1988. Comme le rappelle dans un article passionnant, publié sur le site de la revue CONFLITS, François-Olivier Corman, en quelques heures, l’US Navy avait détruit la moitié des capacités navales iraniennes. Pourtant, la vigueur de la riposte iranienne avait stupéfié le secrétaire à la Défense Carlucci lui-même, qui confessait ne pas pouvoir l’expliquer « selon la logique occidentale ». Trente-huit ans plus tard, Washington semble avoir oublié cette leçon fondamentale, là où Téhéran, lui, ne l’a jamais oubliée. De 1988 à 2026, l’Iran a méthodiquement transformé ses défaites en doctrine : il a délaissé la bataille navale conventionnelle dans laquelle il s’était fait écraser pour construire une tenaille asymétrique : missiles balistiques anti-navires, drones, mines, guerre de réseau. Et ceci a été fait délibérément et patiemment affûté pour défier spécifiquement la supériorité américaine. Ce n’est pas une improvisation. C’est le fruit de quatre décennies de préparation à une confrontation que le régime iranien considérait, depuis 1979, comme inévitable. Pierre Razoux, historien et directeur académique de la Fondation méditerranéenne d’études stratégiques, dont les travaux font référence sur la guerre Iran-Irak et qui a été auditionné au Sénat français sur ce conflit, le formule avec une clarté désarmante : l’Iran n’a pas cherché à gagner militairement en 1988 ; il a survécu, et c’est cette survie qu’il a transformée en victoire politique et en doctrine de résistance. Comment, dans ces conditions, imaginer sérieusement qu’un pays de 92 millions d’habitants, dont la culture stratégique remonte à des millénaires, n’aurait pas tiré les leçons de chaque round précédent ?
Pourquoi une telle cécité ?
On pourrait l’attribuer aux mécanismes classiques du groupthink : les partisans d’une ligne dure dominent les débats, les voix modérées comme celle de Vance sont marginalisées, les délais serrés des réunions étranglent la délibération. Tout cela est vrai. Mais il y a quelque chose de plus profond et de plus grave. Olivier Zajec le montre avec l’Afghanistan : dès lors qu’un adversaire est catégorisé non comme acteur politique à vaincre et à négocier, mais comme ennemi absolu à éliminer, la guerre perd sa grammaire. Elle n’a plus de but précis, donc plus de condition de fin. En posant le « regime change » comme objectif de la campagne, en refusant structurellement de traiter Téhéran comme un acteur politique doté de logiques propres, d’intérêts vitaux et d’une volonté de survie séculaire, l’administration Trump ne s’est pas seulement trompée sur les capacités de l’adversaire. Elle s’est privée, dès le départ, de tout horizon de résolution politique. Ce n’est pas une opération militaire ciblée : c’est une croisade morale illimitée déguisée en telle.
Mais cette dépolitisation n’est pas seulement le fruit d’un biais idéologique. Elle est le résultat d’une ignorance non pas subie, mais construite et entretenue. Trump ne méconnaît pas la diplomatie par accident ; il ne la pratique pas. Pour lui, comme le notent plusieurs de ses proches conseillers, négocier un accord nucléaire avec l’Iran et négocier une transaction immobilière répondent « à peu près à la même logique » : une table, deux parties, un rapport de force à faire plier. Cette vision transactionnelle explique pourquoi les trois rounds de négociation en Oman et à Genève étaient condamnés d’avance. Non pas parce que les Iraniens refusaient de discuter, mais parce que la délégation américaine n’avait ni les outils conceptuels ni la volonté réelle de comprendre ce qu’elle avait en face d’elle. Envoyer un agent immobilier et un gendre comme négociateurs principaux sur l’un des dossiers géopolitiques les plus complexes du monde n’est pas de la naïveté : c’est le symptôme d’un système qui a délibérément substitué la loyauté personnelle à la compétence institutionnelle.
La méfiance envers les « élites », ces experts perçus comme des freins à l’action, ne fait qu’aggraver le phénomène. Les conseillers militaires, les analystes du renseignement, les diplomates de carrière deviennent des figurants dont les analyses servent, au mieux, à légitimer a posteriori des choix déjà arrêtés. L’urgence elle-même est fabriquée : des réunions organisées dans des délais serrés excluent les acteurs clés, réduisant la réflexion à une décision impulsive. Ce n’est pas un dysfonctionnement du système ; c’est le système.
L’influence disproportionnée de Netanyahou : une relation symbiotique
La décision de 2026 illustre comment une relation interpersonnelle peut primer sur les intérêts nationaux. Netanyahou, fort de décennies d’expérience et d’une rhétorique éprouvée sur la « menace existentielle » iranienne, parvient à cadrer le débat de façon à aligner les priorités israéliennes sur celles de la Maison-Blanche. Il joue sur trois leviers simultanés. L’alignement idéologique d’abord : Trump et Netanyahou partagent une vision manichéenne de l’Iran comme « ennemi absolu », ignorant l’ironie que le manichéisme est précisément une religion née en Perse, dans une matrice zoroastrienne qui pense le monde en termes d’affrontement cosmique depuis trois millénaires. Ce que Trump projette comme posture rhétorique, l’Iran le vit comme héritage civilisationnel. La confusion n’est pas mince.
Le storytelling émotionnel ensuite : les présentations israéliennes, avec leurs vidéos de « successeurs » à l’ayatollah et leurs scénarios catastrophistes, jouent sur l’urgence et la peur là où les évaluations américaines appelaient à la prudence. L’isolement des contradicteurs enfin : les conseillers modérés sont maintenus à l’écart d’une réunion délibérément restreinte, le vice-président retenu à l’étranger par un calendrier qui ne doit rien au hasard. La décision qui en résulte reflète moins une stratégie américaine qu’une dynamique de loyauté personnelle, où la conviction l’emporte sur l’analyse.
Le général Caine, figure centrale du récit qui suit, incarne à lui seul cette tension. Conscient des risques — déplétion des stocks de munitions, impossibilité de sécuriser le détroit d’Ormuz, absence de plan pour le « jour d’après » — il est le seul dans la pièce à penser en termes de puissance dans un univers qui a basculé dans la logique de la force brute. Ses « And then what ? » répétés, ses mises en garde sur l’épuisement des capacités, son refus de présenter des verdicts pour ne proposer que des options : tout cela n’est pas de la lâcheté, c’est la rationalité d’un homme qui a compris que réguler la force est plus difficile que la déchaîner et que personne en face de lui ne veut l’entendre. À aucun moment il ne dira au président que la guerre est une mauvaise idée, bien que certains de ses collègues pensent que c’est exactement ce qu’il en pense. La survie institutionnelle prime sur la vérité stratégique.
Une gouvernance en question
Ce cas soulève des questions fondamentales sur les limites du pouvoir présidentiel, directement mobilisables avec des élèves en EMC ou en HGGSP. Le Congrès est tenu à l’écart, aucune consultation sérieuse des représentants élus n’apparaît dans ce récit. Les alliés internationaux sont ignorés : les partenaires européens ne sont même pas informés, ce qui n’empêchera pas Trump d’invoquer ensuite la « trahison » de l’OTAN. L’expertise est systématiquement écartée au profit de convictions personnelles nourries par des grilles de lecture réduites et parfois, comme le montre Pierre Razoux dans son analyse lumineuse de cette guerre, par le simple désir de rejouer au Venezuela ce qui avait fonctionné, sans mesurer que l’Iran n’est pas le Venezuela.
Dans un système hyper-personnalisé, la décision d’aller en guerre peut reposer sur les épaules d’un seul homme sans culture géopolitique approfondie, sans connaissance sérieuse de l’adversaire, adepte des réactions impulsives qui confond une victoire tactique avec un succès stratégique parce qu’il a, une fois de plus, entendu ce qu’il voulait entendre. Ce récit dépasse largement le cadre américano-iranien. Il illustre comment, à l’ère des dirigeants disruptifs, les décisions les plus lourdes de conséquences peuvent être le produit non d’une stratégie, mais d’un enchaînement de biais humains : la loyauté supplante l’analyse, l’urgence étouffe la délibération, l’émotion remplace l’expertise.
Les guerres ne commencent pas seulement par des calculs. Elles commencent aussi par des égarements. Et leurs conséquences, elles, sont toujours bien réelles.
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En cas de besoin, voici les 4 liens vers les sources exploitées pour la rédaction du commentaire :
https://www.clionautes.org/les-limites-de-la-guerre.html
https://www.youtube.com/watch?v=a8IQMDsB2Rs
Version française :
Lors d’une série de réunions dans la Situation Room, le président Trump a pesé ses instincts contre les vives inquiétudes de son vice-président et une évaluation pessimiste des services de renseignement. Voici le récit interne de la manière dont il a pris cette décision fatidique.
Le SUV noir transportant le Premier ministre Benjamin Netanyahou arriva à la Maison-Blanche peu avant 11 heures, le 11 février. Le dirigeant israélien, qui pressait depuis des mois les États-Unis d’accepter une offensive majeure contre l’Iran, fut escorté à l’intérieur sans cérémonie, à l’abri des journalistes, prêt pour l’un des moments les plus critiques de sa longue carrière.
Des responsables américains et israéliens se réunirent d’abord dans la salle du Cabinet, attenante au Bureau ovale. Puis M. Netanyahou descendit pour l’événement principal : une présentation ultra-secrète sur l’Iran destinée au président Trump et à son équipe, dans la Situation Room de la Maison-Blanche — une pièce rarement utilisée pour des rencontres en personne avec des dirigeants étrangers.
Trump s’assit, mais pas à sa place habituelle, à la tête de la table de conférence en acajou. Le président prit place sur un côté, face aux grands écrans muraux. M. Netanyahou s’installa de l’autre côté, directement en face du président.
Derrière le Premier ministre, sur l’écran, apparut David Barnea, directeur du Mossad, l’agence de renseignement extérieur d’Israël, ainsi que des responsables militaires israéliens. Disposés visuellement derrière M. Netanyahou, ils donnaient l’image d’un dirigeant en temps de guerre entouré de son équipe.
Susie Wiles, chef de cabinet de la Maison-Blanche, était assise à l’extrémité de la table. Le secrétaire d’État Marco Rubio, qui cumulait aussi le rôle de conseiller à la sécurité nationale, avait pris sa place habituelle. Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth et le général Dan Caine, président des chefs d’état-major interarmées — qui siégeaient généralement côte à côte dans ce genre de réunions — étaient d’un côté ; John Ratcliffe, directeur de la CIA, les rejoignit. Jared Kushner, gendre du président, et Steve Witkoff, envoyé spécial de M. Trump, qui négociaient avec les Iraniens, complétaient le groupe principal.
La réunion avait été délibérément restreinte pour éviter les fuites. D’autres membres clés du cabinet ignoraient qu’elle avait lieu. Le vice-président était également absent : JD Vance se trouvait en Azerbaïdjan, et la réunion avait été organisée avec un préavis si court qu’il n’avait pas pu rentrer à temps.
La présentation que M. Netanyahou allait faire au cours de l’heure suivante allait être déterminante pour engager les États-Unis et Israël sur la voie d’un conflit armé majeur dans l’une des régions les plus volatiles du monde. Elle allait également donner lieu à une série de discussions au sein de la Maison-Blanche au cours des jours et des semaines suivantes, dont les détails n’avaient pas été précédemment rapportés, au cours desquelles M. Trump évaluerait ses options et les risques avant de donner son feu vert pour rejoindre Israël dans une attaque contre l’Iran.
Ce récit de la manière dont M. Trump a engagé les États-Unis dans la guerre est tiré d’un livre à paraître, « Regime Change: Inside the Imperial Presidency of Donald Trump ». Il révèle comment les délibérations au sein de l’administration ont mis en lumière les instincts du président, les fractures au sein de son cercle rapproché et sa manière de diriger la Maison-Blanche. Il s’appuie sur des entretiens approfondis menés sous couvert d’anonymat pour relater les discussions internes et les questions sensibles.
Netanyahou fit une présentation convaincante, suggérant que l’Iran était mûr pour un changement de régime et exprimant la conviction qu’une opération conjointe américano-israélienne pourrait enfin mettre un terme à la République islamique.
À un moment, les Israéliens diffusèrent pour M. Trump une courte vidéo incluant un montage de potentiels nouveaux dirigeants capables de prendre le pouvoir si le gouvernement dur tombait. Parmi eux figurait Reza Pahlavi, fils exilé du dernier shah d’Iran, désormais dissident basé à Washington, qui tentait de se positionner comme un dirigeant laïc capable de guider l’Iran vers un gouvernement post-théocratique.
Netanyahou et son équipe exposèrent des conditions qu’ils présentèrent comme annonciatrices d’une victoire quasi certaine : le programme de missiles balistiques de l’Iran pourrait être détruit en quelques semaines. Le régime serait si affaibli qu’il ne pourrait pas bloquer le détroit d’Ormuz, et la probabilité que l’Iran frappe les intérêts américains dans les pays voisins était jugée minime.
De plus, les renseignements du Mossad indiquaient que les manifestations de rue en Iran reprendraient et que — avec l’impulsion de l’agence de renseignement israélienne aidant à attiser émeutes et rébellion — une campagne de bombardements intensifs pourrait créer les conditions permettant à l’opposition iranienne de renverser le régime. Les Israéliens évoquèrent également la possibilité que des combattants kurdes iraniens franchissent la frontière depuis l’Irak pour ouvrir un front terrestre au nord-ouest, étirant davantage les forces du régime et accélérant son effondrement.
Netanyahou livra sa présentation d’une voix monotone et confiante. Elle semblait bien accueillie par la personne la plus importante de la pièce : le président américain.
« Ça me semble bien », déclara M. Trump au Premier ministre. Pour M. Netanyahou, cela signifiait un feu vert probable pour une opération conjointe américano-israélienne.
Netanyahou n’était pas le seul à quitter la réunion avec l’impression que M. Trump avait presque pris sa décision. Les conseillers du président pouvaient voir qu’il avait été profondément impressionné par les promesses des services militaires et de renseignement de M. Netanyahou, tout comme il l’avait été lorsque les deux hommes avaient discuté avant la guerre de 12 jours contre l’Iran en juin.
Plus tôt dans la journée, lors de sa visite à la Maison-Blanche, M. Netanyahou avait tenté de focaliser l’attention des Américains réunis dans la salle du Cabinet sur la menace existentielle posée par le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, âgé de 86 ans.
Lorsque d’autres dans la pièce interrogèrent le Premier ministre sur les risques potentiels de l’opération, M. Netanyahou les reconnut, mais fit un point central : selon lui, les risques de l’inaction étaient plus grands que ceux de l’action. Il soutint que le coût de l’action ne ferait qu’augmenter s’ils retardaient la frappe et laissaient à l’Iran plus de temps pour accélérer sa production de missiles et créer un bouclier d’immunité autour de son programme nucléaire.
Tous dans la pièce comprenaient que l’Iran avait la capacité d’accumuler ses stocks de missiles et de drones à un coût bien moindre et beaucoup plus rapidement que les États-Unis ne pouvaient construire et fournir les interceptors bien plus coûteux pour protéger les intérêts et alliés américains dans la région.
Les résultats de l’analyse du renseignement américain furent partagés le lendemain, 12 février, lors d’une nouvelle réunion réservée aux seuls responsables américains dans la Situation Room. Avant l’arrivée de M. Trump, deux hauts responsables du renseignement briefèrent le cercle rapproché du président.
Les officiels américains avaient une expertise approfondie des capacités militaires des États-Unis et connaissaient le système iranien sur le bout des doigts. Ils avaient décomposé la présentation de M. Netanyahou en quatre parties : premièrement, la décapitation — tuer l’ayatollah ; deuxièmement, neutraliser la capacité de l’Iran à projeter sa puissance et menacer ses voisins ; troisièmement, un soulèvement populaire en Iran ; et quatrièmement, un changement de régime, avec l’installation d’un dirigeant laïc pour gouverner le pays.
Les responsables américains estimèrent que les deux premiers objectifs étaient réalisables avec la puissance militaire et le renseignement des États-Unis. En revanche, ils jugèrent que les troisième et quatrième volets de l’argumentaire de M. Netanyahou — incluant la possibilité d’une invasion terrestre des Kurdes en Iran — étaient détachés de la réalité.
Lorsque M. Trump rejoignit la réunion, M. Ratcliffe lui fit un compte rendu de l’évaluation. Le directeur de la CIA utilisa un seul mot pour décrire les scénarios de changement de régime présentés par le Premier ministre israélien : « grotesque ».
À ce moment-là, M. Rubio intervint : « En d’autres termes, c’est du pipeau », déclara-t-il.
Ratcliffe ajouta que, compte tenu de l’imprévisibilité des événements dans tout conflit, un changement de régime pouvait se produire, mais qu’il ne fallait pas le considérer comme un objectif réaliste.
Plusieurs autres participants prirent la parole, dont M. Vance, de retour d’Azerbaïdjan, qui exprima également un scepticisme marqué quant à la possibilité d’un changement de régime.
Le président se tourna alors vers le général Caine. « Général, qu’en pensez-vous ? »
Le général répondit : « Monsieur, d’après mon expérience, c’est une procédure standard pour les Israéliens. Ils survendent leurs capacités, et leurs plans ne sont pas toujours bien ficelés. Ils savent qu’ils ont besoin de nous, c’est pour ça qu’ils forcent la note. »
Trump pesa rapidement le pour et le contre. « Le changement de régime, ce sera leur problème », déclara-t-il. Il n’était pas clair s’il parlait des Israéliens ou du peuple iranien. Mais une chose était certaine : sa décision d’entrer en guerre contre l’Iran ne dépendrait pas de la faisabilité des troisième et quatrième parties de la présentation de M. Netanyahou.
En revanche, M. Trump semblait toujours très intéressé par la réalisation des deux premiers objectifs : éliminer l’ayatollah et les dirigeants iraniens, et démanteler l’appareil militaire iranien.
Le rôle du général Caine dans la préparation à la guerre illustrait une tension classique entre les conseils militaires et la prise de décision présidentielle. Il était si persistant à ne pas prendre position — répétant que ce n’était pas son rôle de dire au président quoi faire, mais plutôt de présenter des options, ainsi que les risques potentiels et les conséquences secondaires — qu’il pouvait parfois sembler argumenter tous les côtés d’une question en même temps.
Il demandait sans cesse : « Et ensuite ? » Mais M. Trump semblait souvent n’entendre que ce qu’il voulait entendre.
Le général Caine différait presque en tout point de son prédécesseur, le général Mark A. Milley, qui s’était violemment opposé à M. Trump lors de son premier mandat et voyait son rôle comme celui d’empêcher le président de prendre des décisions dangereuses ou imprudentes.
Une personne familiarisée avec leurs interactions nota que M. Trump avait tendance à confondre les conseils tactiques du général Caine avec des orientations stratégiques. En pratique, cela signifiait que le général pouvait, d’un côté, mettre en garde contre les difficultés d’un aspect de l’opération, puis, de l’autre, souligner que les États-Unis disposaient d’un stock quasi illimité de bombes guidées de précision et pouvaient frapper l’Iran pendant des semaines une fois la supériorité aérienne acquise.
Pour le général, il s’agissait d’observations distinctes. Mais M. Trump semblait penser que la seconde annulait la première.
À aucun moment lors des délibérations le général Caine ne dit directement au président qu’une guerre avec l’Iran était une mauvaise idée — bien que certains de ses collègues pensaient que c’était exactement ce qu’il en pensait.
Même si M. Netanyahou était méfié par de nombreux conseillers du président, sa vision de la situation était bien plus proche de celle de M. Trump que les anti-interventionnistes de l’équipe Trump ou du mouvement « America First » ne voulaient l’admettre. Cela était vrai depuis de nombreuses années.
Parmi tous les défis de politique étrangère auxquels M. Trump avait été confronté au cours de ses deux mandats, l’Iran se distinguait. Il le considérait comme un adversaire unique en son genre et était prêt à prendre de grands risques pour entraver la capacité du régime à faire la guerre ou à acquérir l’arme nucléaire. De plus, la proposition de M. Netanyahou s’alignait avec le désir de M. Trump de démanteler la théocratie iranienne, qui avait pris le pouvoir en 1979, alors que M. Trump avait 32 ans. Depuis, elle était une épine dans le pied des États-Unis.
Maintenant, il pouvait devenir le premier président depuis que le leadership clérical avait pris le pouvoir, 47 ans plus tôt, à réussir un changement de régime en Iran. Toujours en arrière-plan, bien que rarement mentionné, se trouvait une motivation supplémentaire : l’Iran avait comploté pour assassiner M. Trump en représailles à l’assassinat, en janvier 2020, du général Qassim Suleimani, considéré aux États-Unis comme le moteur d’une campagne iranienne de terrorisme international.
Le 26 février, vers 17 heures, une ultime réunion dans la Situation Room commença. À ce stade, les positions de chacun dans la pièce étaient claires. Tout avait été discuté lors des réunions précédentes ; chacun connaissait la position de l’autre. La discussion dura environ une heure et demie.
Trump était à sa place habituelle, à la tête de la table. À sa droite siégeait le vice-président ; à côté de M. Vance se trouvaient Mme Wiles, puis M. Ratcliffe, suivi de David Warrington, conseiller juridique de la Maison-Blanche, et de Steven Cheung, directeur de la communication. En face de M. Cheung, Karoline Leavitt, porte-parole de la Maison-Blanche, était assise ; à sa droite se trouvaient le général Caine, M. Hegseth et M. Rubio.
Le groupe chargé de la planification de la guerre avait été maintenu si restreint que deux responsables clés, qui auraient dû gérer la plus grande perturbation de l’approvisionnement dans l’histoire du marché pétrolier mondial — le secrétaire au Trésor Scott Bessent et le secrétaire à l’Énergie Chris Wright —, en étaient exclus, tout comme Tulsi Gabbard, directrice du renseignement national.
Le président ouvrit la réunion en demandant : « Bon, où en sommes-nous ? »
Hegseth et le général Caine passèrent en revue la séquence des attaques. Puis M. Trump déclara qu’il voulait faire le tour de la table pour entendre l’avis de chacun.
Vance, dont le désaccord avec l’ensemble du projet était bien connu, s’adressa au président : « Vous savez que je pense que c’est une mauvaise idée, mais si vous voulez le faire, je vous soutiendrai. »
Mme Wiles dit à M. Trump que s’il estimait devoir agir pour la sécurité nationale des États-Unis, alors il devait aller de l’avant.
Ratcliffe n’émit pas d’opinion sur le fait de poursuivre ou non, mais il évoqua le renseignement frappant selon lequel la direction iranienne était sur le point de se réunir dans le complexe de l’ayatollah à Téhéran. Le directeur de la CIA dit au président que le changement de régime était possible, selon la définition qu’on en donnait. « Si on parle simplement de tuer le guide suprême, on peut probablement y parvenir », déclara-t-il.
Quand ce fut son tour, M. Warrington, le conseiller juridique, affirma qu’il s’agissait d’une option légalement recevable, au regard de la manière dont le plan avait été conçu par les responsables américains et présenté au président. Il n’exprima pas d’opinion personnelle, mais, pressé par le président d’en donner une, il déclara qu’en tant qu’ancien Marine, il avait connu un soldat américain tué par l’Iran des années plus tôt. « Ce sujet reste profondément personnel », dit-il au président. Il ajouta que si Israël comptait agir de toute façon, les États-Unis devraient en faire autant.
Cheung exposa les retombées probables en matière de relations publiques : M. Trump s’était présenté aux élections en s’opposant à de nouvelles guerres. Les gens n’avaient pas voté pour des conflits à l’étranger. Les plans contredisaient aussi tout ce que l’administration avait affirmé après la campagne de bombardements contre l’Iran en juin. Comment expliquer huit mois de déclarations selon lesquelles les installations nucléaires iraniennes avaient été totalement détruites ? M. Cheung ne donna ni un avis favorable ni défavorable, mais il déclara que, quelle que soit la décision de M. Trump, ce serait la bonne.
Mme Leavitt dit au président que c’était sa décision et que l’équipe de presse la gérerait au mieux.
Hegseth adopta une position étroite : « Il faudra bien qu’on s’occupe des Iraniens un jour, alors autant le faire maintenant ». Il présenta des évaluations techniques : ils pourraient mener la campagne en un certain temps avec un niveau de forces donné.
Le général Caine, sobre, exposa les risques et ce que la campagne signifierait pour l’épuisement des munitions. Il n’exprima pas d’opinion ; sa position était que si M. Trump ordonnait l’opération, l’armée exécuterait. Les deux principaux responsables militaires du président présentèrent comment la campagne se déroulerait et la capacité des États-Unis à dégrader les capacités militaires de l’Iran.
Quand ce fut son tour de parler, M. Rubio offrit plus de clarté, déclarant au président : « Si notre objectif est le changement de régime ou un soulèvement, nous ne devrions pas le faire. Mais si l’objectif est de détruire le programme de missiles de l’Iran, c’est un objectif que nous pouvons atteindre. »
Tous se rangèrent aux instincts du président. Ils l’avaient vu prendre des décisions audacieuses, prendre des risques impensables et somehow s’en sortir. Personne ne l’arrêterait maintenant.
« Je pense qu’il faut le faire », déclara le président à la pièce. Il dit qu’ils devaient s’assurer que l’Iran ne puisse pas se doter de l’arme nucléaire et qu’ils devaient empêcher l’Iran de simplement lancer des missiles sur Israël ou dans toute la région.
Le général Caine dit à M. Trump qu’il avait encore un peu de temps ; il n’avait pas besoin de donner son feu vert avant 16 heures le lendemain.
À bord d’Air Force One, l’après-midi suivant, 22 minutes avant l’échéance fixée par le général Caine, M. Trump envoya l’ordre suivant : « L’opération Epic Fury est approuvée. Pas d’annulation. Bonne chance. »
Version américaine d’origine :
In a series of Situation Room meetings, President Trump weighed his instincts against the deep concerns of his vice president and a pessimistic intelligence assessment. Here’s the inside story of how he made the fateful decision.
The black S.U.V. carrying Prime Minister Benjamin Netanyahu arrived at the White House just before 11 a.m. on Feb. 11. The Israeli leader, who had been pressing for months for the United States to agree to a major assault on Iran, was whisked inside with little ceremony, out of view of reporters, primed for one of the most high-stakes moments in his long career.U.S. and Israeli officials gathered first in the Cabinet Room, adjacent to the Oval Office. Then Mr. Netanyahu headed downstairs for the main event: a highly classified presentation on Iran for President Trump and his team in the White House Situation Room, which was rarely used for in-person meetings with foreign leaders.
Mr. Trump sat down, but not in his usual position at the head of the room’s mahogany conference table. Instead, the president took a seat on one side, facing the large screens mounted along the wall. Mr. Netanyahu sat on the other side, directly opposite the president.
Appearing on the screen behind the prime minister was David Barnea, the director of Mossad, Israel’s foreign intelligence agency, as well as Israeli military officials. Arrayed visually behind Mr. Netanyahu, they created the image of a wartime leader surrounded by his team.
Susie Wiles, the White House chief of staff, sat at the far end of the table. Secretary of State Marco Rubio, who doubled as the national security adviser, had taken his regular seat. Defense Secretary Pete Hegseth and Gen. Dan Caine, the chairman of the Joint Chiefs of Staff, who generally sat together in such settings, were on one side; joining them was John Ratcliffe, the C.I.A. director. Jared Kushner, the president’s son-in-law, and Steve Witkoff, Mr. Trump’s special envoy, who had been negotiating with the Iranians, rounded out the main group.The gathering had been kept deliberately small to guard against leaks. Other top cabinet secretaries had no idea it was happening. Also absent was the vice president. JD Vance was in Azerbaijan, and the meeting had been scheduled on such short notice that he was unable to make it back in time.
The presentation that Mr. Netanyahu would make over the next hour would be pivotal in setting the United States and Israel on the path toward a major armed conflict in the middle of one of the world’s most volatile regions. And it would lead to a series of discussions inside the White House over the following days and weeks, the details of which have not been previously reported, in which Mr. Trump weighed his options and the risks before giving the go-ahead to join Israel in attacking Iran.
This account of how Mr. Trump took the United States into war is drawn from reporting for a forthcoming book, “Regime Change: Inside the Imperial Presidency of Donald Trump.” It reveals how the deliberations inside the administration highlighted the president’s instincts, his inner circle’s fractures and the way he runs the White House. It draws on extensive interviews conducted on the condition of anonymity to recount internal discussions and sensitive issues.
The reporting underscores how closely Mr. Trump’s hawkish thinking aligned with Mr. Netanyahu’s over many months, more so than even some of the president’s key advisers recognized. Their close association has been an enduring feature across two administrations, and that dynamic — however fraught at times — has fueled intense criticism and suspicion on both the left and the right of American politics.
And it shows how, in the end, even the more skeptical members of Mr. Trump’s war cabinet — with the stark exception of Mr. Vance, the figure inside the White House most opposed to a full-scale war — deferred to the president’s instincts, including his abundant confidence that the war would be quick and decisive. The White House declined to comment.
In the Situation Room on Feb. 11, Mr. Netanyahu made a hard sell, suggesting that Iran was ripe for regime change and expressing the belief that a joint U.S.-Israeli mission could finally bring an end to the Islamic Republic.
At one point, the Israelis played for Mr. Trump a brief video that included a montage of potential new leaders who could take over the country if the hard-line government fell. Among those featured was Reza Pahlavi, the exiled son of Iran’s last shah, now a Washington-based dissident who had tried to position himself as a secular leader who could shepherd Iran toward a post-theocratic government.
Mr. Netanyahu and his team outlined conditions they portrayed as pointing to near-certain victory: Iran’s ballistic missile program could be destroyed in a few weeks. The regime would be so weakened that it could not choke off the Strait of Hormuz, and the likelihood that Iran would land blows against U.S. interests in neighboring countries was assessed as minimal.
Besides, Mossad’s intelligence indicated that street protests inside Iran would begin again and — with the impetus of the Israeli spy agency helping to foment riots and rebellion — an intense bombing campaign could foster the conditions for the Iranian opposition to overthrow the regime. The Israelis also raised the prospect of Iranian Kurdish fighters crossing the border from Iraq to open a ground front in the northwest, further stretching the regime’s forces and accelerating its collapse.
Mr. Netanyahu delivered his presentation in a confident monotone. It seemed to land well with the most important person in the room, the American president.
Sounds good to me, Mr. Trump told the prime minister. To Mr. Netanyahu, this signaled a likely green light for a joint U.S.-Israeli operation.
Mr. Netanyahu was not the only one who came away from the meeting with the impression that Mr. Trump had all but made up his mind. The president’s advisers could see that he had been deeply impressed by the promise of what Mr. Netanyahu’s military and intelligence services could do, just as he had been when the two men spoke before the 12-day war with Iran in June.
Earlier in his White House visit on Feb. 11, Mr. Netanyahu had tried to focus the minds of the Americans assembled in the Cabinet Room on the existential threat posed by Iran’s 86-year-old supreme leader, Ayatollah Ali Khamenei.
When others in the room asked the prime minister about possible risks in the operation, Mr. Netanyahu acknowledged these but made one central point: In his view, the risks of inaction were greater than the risks of action. He argued that the price of action would only grow if they delayed striking and allowed Iran more time to accelerate its missile production and create a shield of immunity around its nuclear program.
Everyone in the room understood that Iran had the capacity to build up its missile and drone stockpiles at a far lower cost and much more quickly than the United States could build and supply the much more expensive interceptors to protect American interests and allies in the region.
Mr. Netanyahu’s presentations — and Mr. Trump’s positive response to them — created an urgent task for the U.S. intelligence community. Overnight, analysts worked to assess the viability of what the Israeli team had told the president.
The results of the U.S. intelligence analysis were shared the following day, Feb. 12, in another meeting for only American officials in the Situation Room. Before Mr. Trump arrived, two senior intelligence officials briefed the president’s inner circle.
The intelligence officials had deep expertise in U.S. military capabilities, and they knew the Iranian system and its players inside out. They had broken down Mr. Netanyahu’s presentation into four parts. First was decapitation — killing the ayatollah. Second was crippling Iran’s capacity to project power and threaten its neighbors. Third was a popular uprising inside Iran. And fourth was regime change, with a secular leader installed to govern the country.
The U.S. officials assessed that the first two objectives were achievable with American intelligence and military power. They assessed that the third and fourth parts of Mr. Netanyahu’s pitch, which included the possibility of the Kurds mounting a ground invasion of Iran, were detached from reality.
When Mr. Trump joined the meeting, Mr. Ratcliffe briefed him on the assessment. The C.I.A. director used one word to describe the Israeli prime minister’s regime change scenarios:
At that point, Mr. Rubio cut in. “In other words, it’s bullshit,” he said.Mr. Ratcliffe added that given the unpredictability of events in any conflict, regime change could happen, but it should not be considered an achievable objective.
Several others jumped in, including Mr. Vance, just back from Azerbaijan, who also expressed strong skepticism about the prospect of regime change.
The president then turned to General Caine. “General, what do you think?”
General Caine replied: “Sir, this is, in my experience, standard operating procedure for the Israelis. They oversell, and their plans are not always well-developed. They know they need us, and that’s why they’re hard-selling.”
Mr. Trump quickly weighed the assessment. Regime change, he said, would be “their problem.” It was unclear whether he was referring to the Israelis or the Iranian people. But the bottom line was that his decision on whether to go to war against Iran would not hinge on whether Parts 3 and 4 of Mr. Netanyahu’s presentation were achievable.
Mr. Trump appeared to remain very interested in accomplishing Parts 1 and 2: killing the ayatollah and Iran’s top leaders and dismantling the Iranian military.
General Caine — the man Mr. Trump liked to refer to as “Razin’ Caine” — had impressed the president years earlier by telling him the Islamic State could be defeated far more quickly than others had projected. Mr. Trump rewarded that confidence by elevating the general, who had been an Air Force fighter pilot, to be his top military adviser. General Caine was not a political loyalist, and he had serious concerns about a war with Iran. But he was very cautious in the way he presented his views to the president.
As the small team of advisers who were looped into the plans deliberated over the following days, General Caine shared with Mr. Trump and others the alarming military assessment that a major campaign against Iran would drastically deplete stockpiles of American weaponry, including missile interceptors, whose supply had been strained after years of support for Ukraine and Israel. General Caine saw no clear path to quickly replenishing these stockpiles.
He also flagged the enormous difficulty of securing the Strait of Hormuz and the risks of Iran blocking it. Mr. Trump had dismissed that possibility on the assumption that the regime would capitulate before it came to that. The president appeared to think it would be a very quick war — an impression that had been reinforced by the tepid response to the U.S. bombing of Iran’s nuclear facilities in June.
General Caine’s role in the lead-up to the war captured a classic tension between military counsel and presidential decision-making. So persistent was the chairman in not taking a stand — repeating that it was not his role to tell the president what to do, but rather to present options along with potential risks and possible second- and third-order consequences — that he could appear to some of those listening to be arguing all sides of an issue simultaneously.
He would constantly ask, “And then what?” But Mr. Trump would often seem to hear only what he wanted to hear.
General Caine differed in almost every way from a prior chairman, Gen. Mark A. Milley, who had argued vociferously with Mr. Trump during his first administration and who saw his role as stopping the president from taking dangerous or reckless actions.
One person familiar with their interactions noted that Mr. Trump had a habit of confusing tactical advice from General Caine with strategic counsel. In practice, that meant the general might warn in one breath about the difficulties of one aspect of the operation, then in the next note that the United States had an essentially unlimited supply of cheap, precision-guided bombs and could strike Iran for weeks once it achieved air superiority.
To the chairman, these were separate observations. But Mr. Trump appeared to think that the second most likely canceled out the first.
At no point during the deliberations did the chairman directly tell the president that war with Iran was a terrible idea — though some of General Caine’s colleagues believed that was exactly what he thought.
Trump the Hawk
Distrusted as Mr. Netanyahu was by many of the president’s advisers, the prime minister’s view of the situation was far closer to Mr. Trump’s opinion than the anti-interventionists on the Trump team or in the broader “America First” movement liked to admit. This had been true for many years.
Of all the foreign policy challenges Mr. Trump had confronted across two presidencies, Iran stood apart. He regarded it as a uniquely dangerous adversary and was willing to take great risks to hinder the regime’s ability to wage war or to acquire a nuclear weapon. Furthermore, Mr. Netanyahu’s pitch had dovetailed with Mr. Trump’s desire to dismantle the Iranian theocracy, which had seized power in 1979, when Mr. Trump was 32. It had been a thorn in the side of the United States ever since.
Now, he could become the first president since the clerical leadership took over 47 years ago to pull off regime change in Iran. Usually unmentioned but always in the background was the added motivation that Iran had plotted to kill Mr. Trump as revenge over the assassination in January 2020 of Gen. Qassim Suleimani, who was seen in the United States as a driving force behind an Iranian campaign of international terrorism.
Back in office for a second term, Mr. Trump’s confidence in the U.S. military’s abilities had only grown. He was especially emboldened by the spectacular commando raid to capture the Venezuelan leader Nicolás Maduro from his compound on Jan. 3. No American lives were lost in the operation, yet more evidence to the president of the unmatched prowess of U.S. forces.
Within the cabinet, Mr. Hegseth was the biggest proponent of a military campaign against Iran.
Mr. Rubio indicated to colleagues that he was much more ambivalent. He did not believe the Iranians would agree to a negotiated deal, but his preference was to continue a campaign of maximum pressure rather than start a full-scale war. Mr. Rubio, however, did not try to talk Mr. Trump out of the operation, and after the war began he delivered the administration’s justification with full conviction.
Ms. Wiles had concerns about what a new conflict overseas could entail, but she did not tend to weigh in hard on military matters in larger meetings; rather, she encouraged advisers to share their views and concerns with the president in those settings. Ms. Wiles would exert influence on many other issues, but in the room with Mr. Trump and the generals, she sat back. Those close to her said she did not view it as her role to share her concerns with the president on a military decision in front of others. And she believed that the expertise of advisers like General Caine, Mr. Ratcliffe and Mr. Rubio was more significant for the president to hear.
Still, Ms. Wiles had told colleagues that she worried about the United States being dragged into another war in the Middle East. An attack on Iran carried with it the potential to set off soaring gas prices months before midterm elections that could help decide whether the final two years of Mr. Trump’s second term would be years of accomplishment or subpoenas from House Democrats. But in the end, Ms. Wiles was on board with the operation.
Vance the Skeptic
Nobody in Mr. Trump’s inner circle was more worried about the prospect of war with Iran, or did more to try to stop it, than the vice president.
Mr. Vance had built his political career opposing precisely the kind of military adventurism that was now under serious consideration. He had described a war with Iran as “a huge distraction of resources” and “massively expensive.”
He was not, however, a dove across the board. In January, when Mr. Trump publicly warned Iran to stop killing protesters and promised that help was on its way, Mr. Vance had privately encouraged the president to enforce his red line. But what the vice president pushed for was a limited, punitive strike, something closer to the model of Mr. Trump’s missile attack against Syria in 2017 over the use of chemical weapons against civilians.
The vice president thought a regime-change war with Iran would be a disaster. His preference was for no strikes at all. But knowing that Mr. Trump was likely to intervene in some fashion, he tried to steer toward more limited action. Later, when it seemed certain that the president was set on a large-scale campaign, Mr. Vance argued that he should do so with overwhelming force, in the hope of achieving his objectives quickly.
In front of his colleagues, Mr. Vance warned Mr. Trump that a war against Iran could cause regional chaos and untold numbers of casualties. It could also break apart Mr. Trump’s political coalition and would be seen as a betrayal by many voters who had bought into the promise of no new wars.
Mr. Vance raised other concerns, too. As vice president, he was aware of the scope of America’s munitions problem. A war against a regime with enormous will for survival could leave the United States in a far worse position to fight conflicts for some years.
The vice president told associates that no amount of military insight could truly gauge what Iran would do in retaliation when survival of the regime was at stake. A war could easily go in unpredictable directions. Moreover, he thought there seemed to be little chance of building a peaceful Iran in the aftermath.
Beyond all of this was perhaps the biggest risk of all: Iran held the advantage when it came to the Strait of Hormuz. If this narrow waterway carrying vast quantities of oil and natural gas was choked off, the domestic consequences in the United States would be severe, starting with higher gasoline prices.
Tucker Carlson, the commentator who had emerged as another prominent skeptic of intervention on the right, had come to the Oval Office several times over the previous year to warn Mr. Trump that a war with Iran would destroy his presidency. A couple weeks before the war began, Mr. Trump, who had known Mr. Carlson for years, tried to reassure him over the phone. “I know you’re worried about it, but it’s going to be OK,” the president said. Mr. Carlson asked how he knew. “Because it always is,” Mr. Trump replied.
In the final days of February, the Americans and the Israelis discussed a piece of new intelligence that would significantly accelerate their timeline. The ayatollah would be meeting above ground with other top officials of the regime, in broad daylight and wide open for an air attack. It was a fleeting chance to strike at the heart of Iran’s leadership, the kind of target that might not present itself again.
Mr. Trump gave Iran another chance to come to a deal that would block its path to nuclear weapons. The diplomacy also gave the United States extra time to move military assets to the Middle East.
The president had effectively made up his mind weeks earlier, several of his advisers said. But he had not yet decided exactly when. Now, Mr. Netanyahu urged him to move fast.
That same week, Mr. Kushner and Mr. Witkoff called from Geneva after the latest talks with Iranian officials. Over three rounds of negotiations in Oman and Switzerland, the two had tested Iran’s willingness to make a deal. At one point, they offered the Iranians free nuclear fuel for the life of their program — a test of whether Tehran’s insistence on enrichment was truly about civilian energy or about preserving the ability to build a bomb.
The Iranians rejected the offer, calling it an assault on their dignity.
Mr. Kushner and Mr. Witkoff laid out the picture for the president. They could probably negotiate something, but it would take months, they said. If Mr. Trump was asking whether they could look him in the eye and tell him they could solve the problem, it was going to take a lot to get there, Mr. Kushner told him, because the Iranians were playing games.
‘I Think We Need to Do It’On Thursday, Feb. 26, around 5 p.m., a final Situation Room meeting got underway. By now, the positions of everyone in the room were clear. Everything had been discussed in previous meetings; everyone knew everyone else’s stance. The discussion would last about an hour and a half.
Mr. Trump was in his usual place at the head of the table. To his right sat the vice president; next to Mr. Vance was Ms. Wiles, then Mr. Ratcliffe, then the White House counsel, David Warrington, then Steven Cheung, the White House communications director. Across from Mr. Cheung was Karoline Leavitt, the White House press secretary; to her right was General Caine, then Mr. Hegseth and Mr. Rubio.
The war-planning group had been kept so tight that the two key officials who would need to manage the largest supply disruption in the history of the global oil market, Treasury Secretary Scott Bessent and Energy Secretary Chris Wright, were excluded, as was Tulsi Gabbard, the director of national intelligence.
The president opened the meeting, asking, OK, what have we got?
Mr. Hegseth and Mr. Caine ran through the sequencing of the attacks. Then Mr. Trump said he wanted to go around the table and hear everyone’s views.
Mr. Vance, whose disagreement with the whole premise was well established, addressed the president: You know I think this is a bad idea, but if you want to do it, I’ll support you.
Ms. Wiles told Mr. Trump that if he felt he needed to proceed for America’s national security, then he should go ahead.Mr. Ratcliffe offered no opinion on whether to proceed, but he discussed the stunning new intelligence that the Iranian leadership was about to gather in the ayatollah’s compound in Tehran. The C.I.A. director told the president that regime change was possible depending on how the term was defined. “If we just mean killing the supreme leader, we can probably do that,” he said.
When called on, Mr. Warrington, the White House counsel, said it was a legally permissible option in terms of how the plan had been conceived by U.S. officials and presented to the president. He did not offer a personal opinion, but when pressed by the president to provide one, he said that as a Marine veteran he had known an American service member killed by Iran years earlier. This issue remained deeply personal. He told the president that if Israel intended to proceed regardless, the United States should do so as well.
Mr. Cheung laid out the likely public relations fallout: Mr. Trump had run for office opposed to further wars. People had not voted for conflict overseas. The plans ran contrary, too, to everything the administration had said after the bombing campaign against Iran in June. How would they explain away eight months of insisting that Iranian nuclear facilities had been totally obliterated? Mr. Cheung gave neither a yes nor a no, but he said that whatever decision Mr. Trump made would be the right one.Ms. Leavitt told the president that this was his decision and that the press team would manage it as best they could.
Mr. Hegseth adopted a narrow position: They would have to take care of the Iranians eventually, so they might as well do it now. He offered technical assessments: They could run the campaign in a certain amount of time with a given level of forces.
General Caine was sober, laying out the risks and what the campaign would mean for munitions depletion. He offered no opinion; his position was that if Mr. Trump ordered the operation, the military would execute. Both of the president’s top military leaders previewed how the campaign would unfold and the U.S. capacity to degrade Iran’s military capabilities.
When it was his turn to speak, Mr. Rubio offered more clarity, telling the president: If our goal is regime change or an uprising, we shouldn’t do it. But if the goal is to destroy Iran’s missile program, that’s a goal we can achieve.
Everyone deferred to the president’s instincts. They had seen him make bold decisions, take on unfathomable risks and somehow come out on top. No one would impede him now.
“I think we need to do it,” the president told the room. He said they had to make sure Iran could not have a nuclear weapon, and they had to ensure that Iran could not just shoot missiles at Israel or throughout the region.
General Caine told Mr. Trump that he had some time; he did not need to give the go-ahead until 4 p.m. the following day.
Aboard Air Force One the next afternoon, 22 minutes before General Caine’s deadline, Mr. Trump sent the following order: “Operation Epic Fury is approved. No aborts. Good luck.”
Jonathan Swan et Maggie Haberman How Trump took the US to war against Iran, The New York Times, 7 avril 2026
L’article originel est disponible sur le site du New York Times :
https://www.nytimes.com/2026/04/07/us/politics/trump-iran-war.html


