« Ça fait d’excellents français »
Chanson de G.van Parys et J.Boyer chantée par Maurice Chevalier, 1939.

« Le colonel était dans la finance,
Le commandant était dans l’industrie,
Le capitaine était dans l’assurance,
Et le lieutenant était dans l’épicerie.
Le juteux était huissier de la banque de France,
Le sergent était boulanger-patissier,
Le caporal était dans l’ignorance
Et le 2e classe était rentier.

Et tout ça, ça fait
D’excellents Français,
D’excellents soldats,
Qui marchent au pas.
Ils n’en avaient plus l’habitude
Mais c’est comme la bicyclette ça s’oublie pas.
Et tous ces gaillards,
Qui pour la plupart,
Ont des gosses qu’ont leur certificat d’étude,
Oui tous ces braves gens
Sont partis chiquement,
Pour faire tout comme jadis
C’que leurs pères ont fait pour leurs fils.

Le colonel avait de l’albumine,
Le commandant souffrait du gros colon,
Le capitaine avait bien mauvaise mine,
Et le lieutenant avait des ganglions.
Le juteux avait des coliques néphrétiques,
Le sergent avait le pilor atrophié,
Le caporal un cor isachronique
Et le 2e classe des cors aux pieds.

Et tout ça, ça fait
D’excellents Français,
D’excellents soldats,
Qui marchent au pas.
Oubliant dans cette aventure,
Qu’ils étaient douillets, fragiles et délicats.
Et tous ces gaillards,
Qui pour la plupart,
Prenaient des cachets, des gouttes et des mixtures,
Les v’là bien portants,
Tout comme à vingt ans.
D’où vient ce miracle là ?
Mais du pinard et du tabac !

Le colonel était de l’Action française,
Le commandant était un modéré,
Le capitaine était pour le diocèse,
Et le lieutenant boulottait du curé.
Le juteux était un fervent extrémiste,
Le sergent un socialiste convaincu,
Le caporal, inscrit sur toutes les listes,
Et le 2e classe au PMU !

Et tout ça, ça fait
D’excellents Français,
D’excellents soldats,
Qui marchent au pas.
En pensant que la République,
C’est encore le meilleur régime ici bas.
Et tous ces gaillards,
Qui pour la plupart,
N’étaient pas du même avis en politique,
Les v’là tous d’accord,
Quel que soit leur sort,
Ils désirent tous désormais,
Qu’on nous foute une bonne fois la paix !

Un extrait vidéo
https://www.youtube.com/watch?v=m3I2SrSvJzM

« Paris sera toujours Paris »
Chanson de C.Oberfeld et A.Willemetz chantée par Maurice Chevalier, 1939.

Par précaution on a beau mettre,
Des croisillons à nos fenêtres,
Passer au bleu nos devantures,
Et jusqu’aux pneus de nos voitures,
Désentoiler tous nos musées,
Chambouler les Champs-Elysées,
Emmailloter de terre battue,
Toutes les beautés de nos statues,
Voiler le soir les réverbères,
Plonger dans le noir la ville lumière.

Paris sera toujours Paris, la plus belle ville monde.
Malgré l’obscurité profonde,
Son éclat ne peut être assombri.
Paris sera toujours Paris, plus on réduit son éclairage
Plus on voit briller son courage,
Sa bonne humeur et son esprit.
Paris sera toujours Paris

Pour qu’à ce bruit
Chacun s’entraîne,
On fait la nuit
Jouer de la sirène.
Nous contraindre à faire le zouave
En pyjama dans notre cave.
On aura beau par des oukases,
Nous couper l’veau et même le jazz,
Nous imposer le masque à gaz,
Les mots croisés à quatre cases,
Nous obliger dans nos demeures,
A nous coucher tous à neuf, dix, onze heuresŠ

Refrain

Bien que ma foi depuis octobre,
Les robes soient beaucoup plus sobres,
Qu’il y ait moins de fleurs et moins d’aigrettes,
Que les couleurs soient plus discrètes,
Bien qu’au gala on élimine les chinchillas et les hermines,
Que les bijoux pleins de décence,
Brillent surtout par leur absence.
Que la beauté soit moins voyante,
Moins effrontée, moins froufroutante

Paris sera toujours Paris, la plus belle fille monde.
Paris sera toujours Paris, on peut limiter ses dépenses,
Sa distinction, son élégance,
N’en ont alors que plus de prix,
Paris sera toujours Paris !

« Ca sent si bon la France »
Chanson de Louiguy et J.Larne chantée par Maurice Chevalier, 1941.

Quand on a roulé sur la terre entière,
On meurt d’envie de retour dans le train
Le nez au carreau d’ouvrir la portière,
Et d’embrasser tout comme du bon pain.
Ce vieux clocher dans le soleil couchant
Ca sent si bon la France !
Ces grands blés mûrs emplis de fleurs des champs,
Ca sent si bon la France !
Ce jardinet où l’on voit « Chien méchant »
Ca sent si bon la France !
A chaque gare un murmure,
En passant vous saisit :
« Paris direct, en voiture »
Oh ça sent bon le pays !

On arrive enfin, fini le voyage.
Un vieux copain vient vous sauter au cou.
Il a l’air heureux, on l’est davantage,
Car en sortant tout vous en fiche un coup.
Le long des rues ces refrains de chez nous,
Ca sent si bon la France !
Sur un trottoir ce clochard aux yeux doux,
Ca sent si bon la France !
Ces gens qui passent en dehors des clous,
Ca sent si bon la France !
Les moineaux qui vous effleurent,
La gouaille des titis,
« Paris Midi,
Dernière heure. »
Oh ça sent bon le pays !

Et tout doucement, la vie recommence,
On s’était promis de tout avaler.
Mais les rêves bleus, les projets immenses,
Pour quelques jours on les laisse filer.
Cette brunette aux yeux de paradis,
Oh ça sent si bon la France !
Le PMU qui ferme avant midi « Oh là, oh là là ! »
Ca sent si bon la France !
Le petit bar où l’on vous fait crédit.
Oh ça sent si bon la France !
C’est samedi faut plus s’en faire, repos jusqu’à lundi !
Belote et re-, dix de der.
Ca sent bon le pays !
Quel pays ?
Mais ça sent bon notre pays, mais oui !

« Fleur de Paris »
Chanson de H.Bourtavre et M.Vandair chantée par Maurice Chevalier, 1945.

Mon épicier l’avait gardée dans son comptoir,
Le percepteur la conservait dans son tiroir,
La fleur si belle de notre espoir.
Le pharmacien la dorlotait dans un bocal,
L’ex-caporal en parlait à l’ex-général
Car c’était elle notre idéal.

C’est une fleur de Paris,
Du vieux Paris qui sourit,
Car c’est la fleur du retour,
Du retour des beaux jours.
Pendant quatre ans dans nos coeurs,
Elle a gardé ses couleurs,
Bleu, blanc, rouge avec l’espoir elle a fleuri,
Fleur de Paris.

C’est une fleur de chez nous,
Elle a fleuri de partout
Car c’est la fleur du retour,
Du retour des beaux jours.
Pendant quatre ans dans nos coeurs,
Elle a gardé ses couleurs,
Bleu, blanc, rouge elle était vraiment avant tout,
Fleur de chez nous.