classe en 1880
classe en 1880

Pour l’éducation des filles, extrait d’un discours de Jules Ferry, prononcé en 1870

«Réclamer l’égalité d’éducation pour toutes les classes, ce n’est que faire la moitié de l’oeuvre. Cette égalité, je la revendique pour les deux sexes. Je sais que plus d’une femme me répond : mais à quoi bon toutes ces connaissances, tout ce savoir, toutes ces études ? A quoi bon ? Je pourrais répondre : à élever vos enfants, et ce serait une bonne réponse, mais comme elle est banale, j’aime mieux dire : à élever vos maris.

L’égalité d’éducation, c’est l’unité reconstituée dans la famille. Il y a aujourd’hui une barrière entre la femme et l’homme, entre l’épouse et le mari, ce qui fait que beaucoup de mariages, harmonieux en apparence, recouvrent les plus profondes différences d’opinions, de goûts, de sentiments ; mais alors ce n’est plus un vrai mariage, car le vrai mariage, messieurs, c’est le mariage des âmes […]

Aujourd’hui, il y a une lutte sourde, mais persistante, entre la société d’autrefois, l’Ancien Régime, avec son édifice de regrets, de croyances et d’institutions qui n’accepte pas la démocratie moderne, et la société qui procède de la Révolution Française (…) Or, dans ce combat, la femme ne peut pas être neutre ; les optimistes, qui ne veulent pas voir le fond des choses, peuvent se figurer que le rôle de la femme est nul, qu’elle ne prend pas part à la bataille, mais ils ne s’aperçoivent pas du secret et persistant appui qu’elle apporte à cette société qui s’en va et que nous voulons chasser sans retour (…). C’est pour cela que l’Église veut retenir la femme, et c’est aussi pour cela qu’il faut que la démocratie la lui enlève ; il faut choisir, citoyens : il faut que la femme appartienne à la science ou qu’elle appartienne à l’Église […]»

«Les lycées des jeunes filles», La mémoire de l’humanité – Les grands événements de l’histoire des femmes, Larousse, 1997, p. 228-229.

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Contre l’enseignement des filles

«Des lycées de jeunes filles ? Pourquoi pas des casernes de jeunes filles ! (…) La jeune fille française, élevée dans la protection vigilante de la famille, avait été préservée avec soin de l’éducation garçonnière et des brutalités de la science. Elle grandissait parmi les sourires et les joies, comme une fleur dans le soleil, dans une poétique ignorance des mystères des choses. (…) Tout cela va disparaître. On va supprimer la jeune fille. (…) Assez de ces petites niaises qui croient à l’ange gardien, au bonhomme Noël, aux bébés qui viennent dans les choux. La science de l’Etat se chargera de souffler sur ces illusions enfantines.»

Le Gaulois, 25 novembre 1880.

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