«Les jours que nous vivons sont les plus terriblement graves de notre Histoire. En ce moment même, les malheureux ou les misérables qui prétendent, à Vichy, constituer le gouvernement français, sont engagés de force avec l’ennemi dans d’infâmes négociations. C’est que la servitude n’enfante qu’une plus grande servitude. Quand on s’y est jeté, il faut aller jusqu’au bout. Sans doute ignorons nous encore quelles effroyables concessions l’ennemi est en train d’arracher à ceux qui ont accepté sa loi, mais nous en savons assez pour être sûrs de deux points, dont chacun doit suffire à soulever la fureur nationale.

Le premier de ces points, c’est que l’ennemi rêve ouvertement de s’emparer de notre empire. À vrai dire, il y a longtemps qu’il annonce ses intentions. Mais à présent il passe aux actes et réclame un premier partage : ceci aux Allemands, ceci aux Italiens, cela aux Japonais ou aux Siamois, cela encore aux Espagnols. Et, quant au reste, en attendant qu’il lui plaise de le prendre, il veut y mettre des bases, c’est-à-dire des troupes, des avions, des navires, qui n’en partiront bien entendu jamais, à moins qu’on ne les en chasse. Ainsi de Bizerte, de Casablanca, de Dakar.

Mais l’ennemi ne s’en tient même pas là ; il lui faut bien autre chose, et c’est là le second point. Il lui faut, pour continuer la guerre le concours, vous entendez bien, le concours de ce qui reste des forces françaises ; il lui faut l’appui de notre flotte, il lui faut l’aide de nos aviateurs. Il les lui faut pour en finir avec ceux qui résistent à sa domination ; il les lui faut, surtout, pour abaisser à ce point notre malheureux pays qu’il n’ait plus aucune chance de se relever jamais. Dès lors, la France montrée au doigt par le monde, la France déshonorée, la France désespérée ne serait plus, dans les mains d’Hitler, qu’une esclave affolée. Dès lors serait arrivé le jour des grandes annexions, dès lors serait scellé le destin d’un grand peuple, le nôtre, qui descendrait honteusement dans l’horreur du tombeau.»

Charles de Gaulle, Allocution «radiodiffusée», 27 octobre 1940, Discours et messages, Berger-Levrault, 1946, p. 38.