Pour dissiper d’emblée toute ambiguïté, le titre de cet article est évidemment au second degré et empreint d’ironie. Celle ou celui qui aura le courage de lire le texte présenté jusqu’au bout le comprendra aisément.
Dans les années 1930, certains intellectuels et écrivains français allèrent chercher l’inspiration ou le modèle d’une régénération de la patrie française dans l’Italie fasciste, l’Allemagne hitlérienne ou bien encore l’URSS de Staline. L’écrivain Alphonse de Chateaubriant n’est peut-être pas le plus connu de nos jours, mais c’est assurément l’un des plus étonnants de cette catégorie.
Alphonse de Chateaubriant (qui n’a aucun lien de parenté avec l’écrivain François-René de Chateaubriand) est né en 1877 à Rennes. Il devient un écrivain célèbre et reconnu en 1911 en obtenant le prix Goncourt pour son roman Monsieur des Lourdines.
Catholique intransigeant et contre-révolutionnaire, Alphonse de Chateaubriant visite en 1937 l’Allemagne nazie et publie en mai de la même année La gerbe des forces, dont nous proposons un extrait, issu du chapitre intitulé Hitler.
L’auteur est revenu de son voyage à travers l’Allemagne littéralement illuminé par le nazisme et voit en Hitler un homme « bon » et un nouveau Messie apte à réunifier l’Europe chrétienne !

Comment un homme cultivé et sans doute intelligent a-t-il pu à ce point s’auto-endoctriner ? C’est le mystère des circonvolutions du cerveau humain. L’auteur nous donne peut-être un élément de réponse, à la fin du texte, de ce qui peut unir son christianisme intransigeant et le néopaganisme nazi d’Adolf Hitler : le refus de la démocratie, d’une « société [bâtie] sur des droits de l’Homme » et le rejet d’une certaine modernité corruptrice de « l’homme éternel ».
Rêvant d’une union intime entre les deux peuples, Alphonse de Chateaubriant fut, logiquement, un collaborationniste fanatique, dès l’été 1940. Recherché et condamné à mort par contumace en 1948, de Chateaubriand réussit à échapper à la justice des hommes, en se cachant jusqu’à sa mort en 1951, en Autriche, dans le pays natal de l’homme « bon » qu’il avait tant aimé. Il y a des choses qui ne s’inventent pas …
HITLER […]
Souvent, autour de Berchtesgaden, le dimanche, la foule s’amasse, étend ses mains droites et fait entendre des hymnes de joie. Et il leur répond. Son visage apparaît alors dans la lueur du soleil des montagnes, comme s’il faisait partie d’elles, comme s’il était une émanation de leur lumière.
Je crois que l’analyse physiognomonique de son visage révèle quatre caractères essentiels : par la hauteur particulière de la tempe, un haut idéalisme ; par la construction du nez, dur et fouilleur, une très remarquable acuité d’intuition; par la distance de la narine à l’oreille, une puissance léonine, et c’est là sans doute ce qui correspond si bien à la parole du Dr Gœbbels : « Il possède une vitalité indomptable, des nerfs d’acier, est à la hauteur de toute grande situation et ne se laisse abattre par aucune crise. »
La quatrième caractéristique est une immense bonté.
Oui, Hitler est bon. Regardez-le au milieu des enfants, regardez-le penché sur la tombe de ceux qu’il aimait; il est immensément bon, et, je le répète : bon, avec la conviction par faite que cette affirmation scandaleuse n’empêchera pas les délicieux, les incomparables raisins français de mûrir sur les côteaux de Beaugency.Je sais bien ce que cet homme a trouvé. Je sais bien ce qu’il a dit, et que tout ce qu’il a dit, il ne l’a pas dit à son peuple seulement, car cet homme est avant tout un poète, un artiste, un grand cœur, et c’est pour « l’homme », l’homme de toutes les nations, qu’il a réfléchi. Du milieu de la fosse de misère, seul, debout au milieu des corps morts, ou mourants, et ses mains sur ses yeux, ce qu’il a vu dans le monde intérieur de sa pensée, et ce qui a rendu si forte sa politique, ce ne fut pas une loi politique, mais, encore une fois, une loi de vie, la loi de vie fondamentale. Je la connais, cette loi. Il s’est bien rendu compte et a parfaitement vu que ce qu’il fallait, c’était un nouvel homme, la nouvelle créature qu’il est possible de tirer de l’homme. […]
pages 74-75
Edifier un homme nouveau, lavé de toutes les souillures qu’ont en lui déposées les contaminations et les préjugés de la soi-disant civilisation, guéri de toutes les déformations, et rendu à la pureté des sources, — voilà ce qu’il voit dans son esprit. Sa vision est de tirer du misérable Européen que plusieurs siècles d’individualisme et de sensualisme ont contaminé, l’homme éternel, le meilleur homme, celui que fait la joie. Je m’entends bien, et vous m’entendez bien : Je ne dis pas celui que fait le plaisir.
C’est à la France à ne pas ignorer ce qu’il a voulu et accompli. Quatre ans, pour refaire moralement cet homme, pour lui rendre l’ordre et la joie, pour libérer jusque dans ses sources son souffle intérieur, pour le nettoyer dans son être, le faire descendre nu dans le Jourdain, quatre ans pour le laver de son sang et le transporter là où il n’y a plus de conflit, hors de la lutte des classes. Car telle était la solution, l’unique solution.
Il ne s’agit plus de bâtir une société sur des droits de l’homme qui furent proclamés en un temps où l’expérience sociale n’était qu’un premier balbutiement, ni de bâtir une société en décapitant les représentants du régime antérieur, ce qui n’est que se mettre à leur place, être des héritiers et non des hommes nouveaux. […]
Alphonse de Chateaubriant, La gerbe des forces, juin 1937, pages 74-77

