Issue du Service d’ordre légionnaire (SOL) de la Légion française des combattants, la Milice française dirigée d’une main de fer par Joseph Darnand est créée en janvier 1943. Ses pouvoirs de police sont fortement renforcés quand Darnand, choyé des nazis, entre au gouvernement comme secrétaire général au maintien de l’ordre, le 1ᵉʳ janvier 1944, en remplacement de René Bousquet.

Fort d’une trentaine de milliers de membres, la Milice multiplie, à partir de 1943, exactions, jugements sommaires et assassinats ; elle assiste avec zèle les nazis dans leur chasse aux résistants et aux Juifs. C’est à la Milice que l’on doit, alors que le débarquement de Normandie a déjà eu lieu, l’assassinat de  Jean Zay, le 20 juin 1944, et de Georges Mandel, le 7 juillet 1944.

Les extraits ci-dessous proviennent d’une lettre du maréchal Pétain au chef de son gouvernement Pierre Laval qui a, en principe, autorité sur son secrétaire au maintien de l’ordre, Darnand. Elle est datée du 6 août 1944. À ce moment-là, la libération du territoire par les Alliés est en bonne voie et la barque de Vichy prend l’eau de toutes parts. Le pouvoir de Pétain n’est plus qu’une coquille vide qui sera bientôt transférée à Sigmaringen.

Cette lettre a sans doute été rédigée par les proches conseillers du maréchal, mais celui-ci l’a signée et donc en a approuvé le contenu. On ne sait au juste quel était le but de cette missive, mais elle est instructive à plusieurs titres.

  •  C’est un aveu, sans doute involontaire, du climat de violence et de guerre civile que fait régner le gouvernement présidé Pierre Laval, avec son bras armé, la Milice. C’est aussi un reflet de la perte de pouvoir et de maîtrise sur les événements du maréchal Pétain, vieillard qui s’accroche encore à cette fiction du chef de l’État français qui « a fait don de sa personne à la France ». Pour le résultat que l’on connaît …
  • Le vieux maréchal Pétain cherche-t-il par cette lettre au chef de gouvernement, qu’il a nommé en avril 1942, à soulager sa conscience ? Ou bien ses conseillers préparent-ils déjà sa future défense ?

« Depuis plusieurs mois, de nombreux rapports me signalent l’action néfaste de la Milice … Des faits inadmissibles et odieux me sont quotidiennement rapportés. … Des preuves de collusion entre la Milice et la police allemande nous sont chaque jour apportées. Des dénonciations, des livraisons de prisonniers français aux autorités de police allemandes m’ont été maintes fois signalées … il semble bien que la Milice ait employé des procédés tels que l’opinion publique est maintenant révoltée contre elle partout où elle existe.

Des fermes et des villages entiers ont été incendiés par représailles, des otages innocents ont été arrêtés, des meurtres commis. Des rapts et des vols nous sont constamment signalés… Au-dessus de tous ces faits, il y a la hideuse réputation acquise par la Milice d’utiliser des procédés que j’ai bien connus pour les Rouges en Espagne. Je ne puis passer sous silence les tortures infligées à des victimes souvent innocentes dans des locaux qui, même à Vichy, ressemblent moins à des prisons de l’État français qu’à des tchékas bolcheviques. »

Lettre du maréchal Pétain à Pierre Laval, 6 août 1944, (AN, côte 3W 303) extraits

 

Note : les extraits de la lettre ci-dessus sont cités par Bénédicte Vergez-Chaignon,  dans le chapitre XIII (Pp. 422-423) de l’ouvrage dirigé par Laurent Joly « Vichy, histoire d’une dictature ».