Aristote (384-322) est l’auteur d’une œuvre immense couvrant de larges domaines du savoir. Le Stagirite, précepteur d’Alexandre et fondateur du Lycée, a rédigé la bien connue Poétique, texte dans lequel il offre (entre autres) une vision de l’Histoire au regard de la Poésie.

Le philosophe l’affirme sans ambages : la poésie est « supérieure » à l’Histoire en cela qu’elle traite du « général » alors que l’autre discipline ne s’intéresse qu’au « particulier ».


« Il résulte clairement de ce que nous avons dit que le rôle propre du poète n’est pas de dire ce qui est réellement arrivé, mais de dire ce qui pourrait arriver selon la vraisemblance ou selon la nécessité. En effet, la différence entre l’historien et le poète ne tient pas au fait que l’un compose en vers et l’autre en prose – on pourrait mettre l’œuvre d’Hérodote en vers, et ce n’en serait pas moins de l’Histoire, avec ou sans vers- mais en ce que l’un raconte des événements qui sont réellement arrivés, tandis que l’autre raconte des événements qui pourraient arriver.

C’est pourquoi la poésie est plus philosophique que l’Histoire, et lui est supérieure ; car la poésie traite plutôt du général, et l’Histoire du particulier. Le général, c’est ce qu’il arrive à tel ou tel de dire ou de faire selon la vraisemblance ou selon la nécessité ; tel est le but visé par la poésie, même si elle attribue ensuite des noms aux personnages. Le particulier, c’est ce qu’a fait Alcibiade, ou ce qui lui est arrivé ».

Aristote, Poétique, IX (traduction tirée des Éditions Mille et une nuits, 1997, p.24).