On sait peu de choses certaines sur Pausanias. Parfois abusivement qualifié de « guide vert » de la Grèce antique, son œuvre se fait surtout le reflet d’une passion pour l’histoire et la géographie. Pausanias a beaucoup voyagé (il aurait visité l’Égypte, l’Italie, la Palestine et bien sûr la Grèce continentale) et il a consigné ce qu’il a vu dans sa Description de la Grèce (ouvrage en dix livres comprenant respectivement la classification suivante : I. Attique et Mégaride ; II. Corinthe et Argolide ; III. Laconie ; IV. Méssenie ; V et VI. Elide ; VII. Achaïe ; VIII. Arcadie ; IX. Béotie ; X. Phocide et Locride Ozole), véritable mine d’or pour les archéologues et les chercheurs antiquisants.
Jean Pouilloux, dans sa belle préface à l’édition de la Description de l’Attique chez François Maspero (1972, p.21), écrit que Pausanias est un « homme formé par la tradition classique, et qui tentait, sans talent particulier, mais avec une grande ferveur et beaucoup d’honnêteté, de retrouver sur la terre de la métropole les raisons de vivre, de croire et d’espérer, qui allaient soudain si douloureusement faire défaut. Si l’on accompagne Pausanias avec cette pensée dans Athènes et l’Attique du IIe siècle ap. J.-C., on ne le regrette pas. On se félicite au contraire de faire route avec un homme comme les autres, un homme ordinaire, sans prétention et sans génie, mais qui précisément parce qu’il est tel, reflète mieux peut-être les préoccupations et les aspirations de ce que l’hellénisme était devenu ».
Voici de quelle façon le Périégète (surnom de Pausanias) décrit les différents types de tribunaux athéniens, leur fonction et parfois la façon dont la justice y était rendue.
» Il y a l’Aréopage (« colline d’Arès »), ainsi nommé parce que, le premier, Arès y fut mis en jugement. (…). Les pierres brutes sur lesquelles se tiennent les accusés et leurs accusateurs sont appelées, l’une « pierre de l’Outrage », l’autre, « pierre du Ressentiment ». (…). Athènes a d’autres tribunaux qui ne sont pas aussi célèbres ; deux d’entre eux portent les noms de Parabyston (« à l’écart ») et de Triangle, l’un parce qu’il se trouve dans un quartier retiré de la ville et que l’on s’y rassemble pour des causes sans grande importance, l’autre à cause de sa forme. Le « Tribunal Vert » et le « Tribunal Rouge », désignés d’après leur couleur, ont gardé ces noms jusqu’à aujourd’hui. Mais le plus important, où les gens se réunissent en très grand nombre, s’appelle l’Héliée. Tout ce qui regarde les affaires de meurtre se traite dans d’autres tribunaux ; l’un s’appelle « au Palladion », et la coutume est d’y juger les meurtriers involontaires. Et le premier qui reçut là son jugement est Démophon, personne ne le conteste, mais sur la cause du procès, les traditions différent. (…) Au Delphinion, l’usage est de juger les meurtriers volontaires qui sont réputés avoir agi en état de légitime défense, comme par exemple Thésée, qui fut acquitté après avoir tué Pallas, qui s’était révolté contre lui, avec ses fils. Mais avant l’acquittement de Thésée, l’usage était établi pour tous que les meurtriers partent en exil, ou, s’ils restaient, qu’ils meurent de la même mort que leur victime. Le tribunal de Prytanéion, où l’on juge le fer ainsi que tous les objets inanimés, a dû, je pense, commencer de la manière suivante : lorsque Erechthée était roi d’Athènes, alors le prêtre tueur de bœuf mit à mort un bœuf pour la première fois sur l’autel de Zeus Polieus ; puis il laissa tomber la hache sur place et prit la fuite hors du pays, et la hache aussitôt passa en jugement et fut jetée à la mer ; et jusqu’à aujourd’hui chaque année on prononce ce même jugement. On dit qu’il y a aussi d’autres objets inanimés pour infliger de leur propre mouvement un châtiment aux hommes selon leur justice ; le plus bel exemple, et le plus célèbre, est donné par le cimeterre de Cambyse (roi de Perse). Au Pirée se trouve au bord de la mer le Phréattys ; c’est là que les exilés, si un autre chef d’accusation est porté contre eux pendant leur exil, présentent leur défense depuis le bateau, devant les juges qui les écoutent de la terre ferme ; Teucros, le premier, selon la légende, y eut à répondre de l’accusation d’être resté sans rien faire lors de la mort d’Ajax. Voilà donc ce que j’avais à dire pour ceux qui s’intéressent à l’histoire des tribunaux ».
Pausanias, Description de l’Attique, Livre I, XXVIII (pages 147 à 150 de l’édition « Voix/François Maspero, traduction de Marguerite Yon).


