S’il s’est toujours opposé au régime né des événements de 1958 et à de Gaulle comme chef de gouvernement, homme politique puis président de la République, Mendès France n’a jamais ménagé non plus son admiration pour le général du temps de la Seconde Guerre mondiale. En témoigne ce portrait extrait de notes personnelles de 1943.

« Ce qui m’attache à de Gaulle : le service rendu en juin 1940. Plus sur le plan moral et humain que sur le plan politique. Il a sauvé l’honneur, dit-on. Ce n’est pas un mot vide de sens. Grâce à lui, on peut se dire français, parler français dans la rue, porter l’uniforme français, sans avoir honte […] Un homme. Avant la guerre vu des hommes politiques de réelle bonne volonté, bonne foi, intelligents, dévoués, etc. Certains d’un niveau supérieur ; Blum, Herriot, Reynaud. Leur impuissance. La machine avait détruit le caractère. Ne pouvaient rien. De Gaulle, un caractère, un homme. Depuis trois ans quelle course ! Obstacles de toutes sortes. Il a tenu envers et contre tous et toutes … Tient son cap avec une ténacité inouïe. Ça heurte parfois. D’où réputation mauvais caractère. S’il l’avait eu bon, disparu depuis longtemps. Contesté pour ses défauts dont certains lamentables. Mais il domine la scène de si haut, avec une telle puissance d’homme supérieur, qui ne se trompe jamais sur les grandes choses (sur les petites … sur les hommes). »

Cité par Eric Roussel, Pierre Mendès France, Paris, Gallimard, 2007, p. 152.