«Nous avons eu tort, en 1939, de faire la guerre. Nous avons eu tort, en 1918, au lendemain de la victoire, de ne pas organiser une paix d’entente avec l’Allemagne. Aujourd’hui, nous devons essayer de le faire. Nous devons épuiser tous les moyens pour trouver la base d’une réconciliation définitive. Je ne me résous pas, pour ma part, à voir tous les vingt-cinq ou trente ans la jeunesse de nos pays fauchée sur les champs de bataille. Pour qui et pourquoi ? Qu’avons-nous fait de notre victoire de 1918 ?
Ma présence au gouvernement a une signification qui n’échappe à personne, ni en France, ni à l’étranger. J’ai la volonté de rétablir avec l’Allemagne et avec l’Italie des relations normales et confiantes.

Je veux vous parler, aujourd’hui, avec simplicité et avec une grande franchise. Nous vivons des moments difficiles, nous aurons encore à subir des privations. Ce moment durera autant que durera la guerre et quelque temps après. Mais pour moi, chef du gouvernement, ce n’est pas cela qui est grave, ce moment nous le passerons […] Mais il y a un moment plus redoutable et, pour moi, plus angoissant, c’est celui où l’on fixera pour une longue durée le sort de la France. Notre génération ne peut pas se résigner à être une génération de vaincus.
De cette guerre surgira inévitablement une nouvelle Europe. On parle souvent d’Europe, c’est un mot auquel, en France, on n’est pas encore très habitué. On aime son pays parce qu’on aime son village. Pour moi, Français, je voudrais que demain nous puissions aimer une Europe dans laquelle la France aura une place qui sera digne d’elle.
Pour construire cette Europe, l’Allemagne est en train de livrer des combats gigantesques. Elle doit, avec d’autres, consentir d’immenses sacrifices. Et elle ne ménage pas le sang de sa jeunesse. Pour la jeter dans la bataille, elle va la chercher dans les usines et aux champs. Je souhaite la victoire de l’Allemagne, parce que, sans elle, le bolchevisme, demain, s’installerait partout.
Ainsi donc, comme je vous le disais le 20 avril dernier, nous voilà placés devant cette alternative : ou bien nous intégrer, notre honneur et nos intérêts vitaux étant respectés, dans une Europe nouvelle et pacifiée, ou bien nous résigner à voir disparaître notre civilisation.
Je veux être toujours vrai. Je ne peux rien faire pour vous sans vous. Nul ne saurait sauver une nation inerte ou rétive. Seule, l’adhésion du pays peut faire d’une politique sensée une politique féconde. Je sais l’effort que certains d’entre vous doivent faire pour admettre cette politique. L’éducation que nous avons généralement reçue dans le passé ne nous préparait guère à cette entente indispensable.
J’ai toujours trop aimé mon pays pour me soucier d’être populaire. J’ai à remplir mon rôle de chef. Quand je vous dis que cette politique est la seule qui puisse assurer le salut de la France et garantir son développement dans la paix future, vous devez me croire et me suivre […]

Depuis que l’Allemagne fait la guerre aux soviets, la main d’œuvre d’un grand nombre de nos prisonniers lui est devenue indispensable. Pendant ce temps en France, des matières premières nous manquent, nos usines travaillent au ralenti, le chômage s’aggrave, de nombreux ouvriers sont sans travail alors que l’Allemagne a un besoin urgent de main d’œuvre. Dans cette situation, un nouvel espoir se lève pour nos prisonniers. Je sais que ce n’est jamais en vain que l’on fait appel à la raison et à la générosité des ouvriers de France. C’est vers eux que maintenant je me tourne […]. S’ils acceptent d’aller travailler en Allemagne, je sais qu’ils y trouveront bon accueil, qu’ils toucheront d’abord une prime de séparation, des salaires élevés, et qu’ainsi ils assureront la vie de leur famille […]
Ouvriers de France ! C’est à vous que des prisonniers devront leur liberté. C’étaient les soldats pendant la guerre qui exposaient leur vie pour protéger le labeur des ouvriers. Aujourd’hui […] ce sont les ouvriers qui peuvent rendre aux combattants le bien qu’ils ont reçu d’eux. C’est la Relève.
Il faut que les ouvriers en masse comprennent qu’ils ont aujourd’hui un devoir de solidarité à remplir. La reconnaissance de la nation montera vers eux […] Ouvriers de France ! C’est pour la libération des prisonniers que vous allez travailler en Allemagne ! C’est pour notre pays que vous irez en grand nombre ! C’est pour permettre à la France de trouver sa place dans la nouvelle Europe que vous répondrez à mon appel !

Cette guerre, je l’ai déjà dit, n’est pas une guerre comme les autres. C’est une révolution d’où doit surgir un monde nouveau. Vous n’avez rien à redouter, mais tout à espérer du régime qui s’instituera chez nous. Une République plus jeune, plus humaine, plus forte doit naître, le socialisme s’instaurera partout en Europe, et la forme qu’il trouvera en France sera dessinée par notre caractère national.
Français, un grand soldat, dont toute la vie est un exemple de sacrifices et de discipline, préside aux destinées de notre patrie. Je vous parle ce soir en son nom. Le Maréchal vous dirait que la France n’a jamais laissé l’Histoire se faire sans elle et qu’on ne remonte des abîmes du malheur que par les sentiers du courage.»

Pierre Laval, «Allocution radiodiffusée du 22 juin 1942», Les Nouveaux Temps, 24 juin 1942.