Le nationalisme des royalistes français

« Il s’agit de savoir si nous sommes chez nous en France ou si nous n’y sommes plus ; si notre sol nous appartient ou si nous allons perdre avec lui notre fer, notre houille et notre pain. (…) Avant de rendre hommage aux supériorités littéraires ou scientifiques étrangères, il faut avoir gardé la qualité de nation française. Or il est parfaitement clair que nous n’existerons plus si nous continuons d’aller de ce train.

Ce pays n’est pas un terrain vague. Nous ne sommes pas des Bohémiens nés par hasard au bord d’un chemin. Notre sol est approprié depuis vingt siècles par les races dont le sang coule dans nos veines. (…) En général la crise nationaliste débute souvent par une crise professionnelle. (…) Le jeune ouvrier, le jeune employé prennent garde que l’Allemand, l’Italien, le Suisse, le Belge, le Polonais, le juif, leur font la guerre économique dans les rues de Paris. »

L’Action française, 6 juillet 1912.

« Il faudrait un miracle, dit Adrienne, pour que Metz redevienne française. » Et je sens qu’elle prie sans relâche à la cathédrale, dans les églises, dans les couvents que nous visitons et au pied de son petit lit d’hôtel, pour que ce miracle s’accomplisse…

Agir. Ne plus douter de mon pays ni de mes propres forces. Agir. Servir. Être un soldat dans le rang, un franc-tireur derrière la haie. Ne plus discuter, ne plus m’interroger, poursuivre silencieusement mon idée. Faire pour elle les actes les plus obscurs, les besognes les plus humiliantes. Tout affronter, tout supporter d’un coeur léger, avec la certitude que ces tourments ne sont pas inutiles. M’oublier et songer à ceux qui sont plus malheureux que moi. Vouloir leur délivrance, y consacrer toute mon énergie. Faire en sorte que nos fils ignorent nos inquiétudes et nos dégoûts. Lutter pour qu’ils puissent un jour se reposer, lutter parce que la quiétude est ignominieuse sans l’honneur, lutter sans trêve, être l’artisan de la victoire, mourir content. »

(G. Ducrocq, « Adrienne, 1914, cité par Girardet, « Le nationalisme français (1871-1914) », Éditions A. Colin, 1966.)

« C’est une minorité qui augmente tous les jours ! Une minorité très remuante qui ne demande qu’à s’embrigader, à porter des insignes, à brandir des drapeaux, à suivre des retraites militaires. Sous le moindre prétexte, aujourd’hui, on va manifester devant la statue de Jeanne d’Arc ou la statue de Strasbourg… On a sciemment créé dans le pays une psychose : la psychose de guerre. »

(R. Martin du Gard, L’Été 1914, Éditions Gallimard.)