« Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?
Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?
Ces filles de huit ans qu’on voit cheminer seules ?
Ils s’en vont travailler quinze heures sous des meules ;
Ils vont, de l’aube au soir, faire éternellement
Dans la même prison, le même mouvement
Accroupis sous les dents d’une machine sombre,
Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l’ombre,
Innocents dans un bagne, anges dans un enfer,
Jamais on ne s’arrête et jamais on ne joue.
Il fait à peine jour, ils sont déjà bien las… »

Victor Hugo

Le thème du travail des enfants est récurrent dans Les Misérables, qui connaissent un énorme succès dès leur première publication en 1845 sous le titre Les Misères.

Les usines de la Vieille-Montagne

« […] Angleur occupe, comme nous l’avons dit, 250 ouvriers, qui sont tous du sexe masculin ; il y a parmi eux 21 à 22 enfants de 12 à 16 ans. Le salaire du manœuvrier est de 1fr50 ; les ouvriers qui fabriquent et laminent ont des salaires en partie fixés, mais qui varient suivant la quantité de travail ; car il existe dans cette usine, comme dans toutes celles de la Vieille-Montagne, des règlements spéciaux qui méritent d’être connus et sur lesquels nous reviendrons dans quelques instants.[…] Ses mineurs, ses forgerons, menuisiers, maçons et manœuvres travaillent onze heures par jour. Les ouvriers astreints à la besogne plus rude des laminoirs travaillent dix heures seulement. Ces dix ou onze heures de labeur sont coupées par deux heures consacrées aux repas.
Comme les travaux des fondeurs ne souffrent pas d’interruption, au lieu du relais ordinaire qui tient les hommes occupés pendant huit ou dix heures sans relâche et leur donne un temps égal de repos, on les retient pendant vingt-quatre heures, mais avec cinq heures seulement de travaux pénibles ; et encore cette partie de la tâche est-elle divisée […] Après une première corvée de deux heures à deux heures et demi de travail à peu près incessant, le travail simultané n’est plus nécessaire environ qu’une demi-heure sur trois heures ; et chaque ouvrier a, dans la durée de son travail de nuit, trois heures environ de repos et même de sommeil. En rentrant chez lui il est libre pendant le jour et la nuit qui suit, et, en outre du temps nécessaire pour réparer ses forces, il trouve encore un moment à donner soit à son jardin, soit à ces occupations domestiques. Les enfants travaillent dix heures comme les adultes ; mais leurs occupations sont saines et peu fatigantes : le plus souvent elles consistent à briser les vieux creusets et à rassembler les parties que l’action du feu n’a point vitrifiées. »
« Je ne suis pas aussi confiant que nos législateurs, dit M. de Brouckère dans une lettre adressée à M. le comte A. et que nous avons sous les yeux, dans le projet de loi qu’on nous prépare sur le travail des enfants, parce que leur coopération est moins chère que celle des adultes. On les paye en raison du temps et de la besogne : si la loi au lieu de se borner à prescrire les mesures que commande l’hygiène, celles que nécessite le développement des forces physiques, allait par philanthropie consacrer en principe général une répartition du temps entre le travail et l’étude, entre le besoin de vivre et celui d’éclairer, et faire une part égale à un désir social et à une nécessité individuelle, cette loi serait odieuse.
« Je ne veux pas donner carrière à mes idées sur ce point ; je ne veux pas montrer qu’on pourrait tuer l’apprentissage, ruiner des industries ; je me bornerai à citer les faits qui me concernent. L’emploie peu d’enfants ; leur nombre varie entre trente et quarante-cinq. Au dernier recensement, il y avait dans les différentes usines trente-neuf enfants, dont l’âge variait de douze à seize ans. Sur ce nombre, il n’y avait que deux filles ; tous avaient été admis par des considérations de famille : parmi eux se trouvaient des soutiens de veuves ou d’enfants plus jeunes qu’eux encore ; les plus heureux appartenaient à des familles très nombreuses. Leur travail assurait le pain quotidien et souvent un pain bien sec au ménage.
« Le salaire de mes ouvriers suffit largement aux besoin des familles peu nombreuses, mais la condition du travail leur est misérable, quand il a six, sept et parfois huit enfants, aussi longtemps que l’aîné ou les aînés ne peuvent lui venir en aide. Puis, combien de ces malheureux meurent en laissant après eux une veuve et une petite famille ! »

Article paru dans L’illustration, journal universel, 1848.

Témoignage d’enfants :

Sarah Gooder, 8 ans :
« Je suis ouvreuse des portes d’aération au puits Gawber. Cela ne me fatigue pas, mais je dois travailler dans le noir et j’ai peur. J’y vais à quatre heures, parfois à trois heures et demie du matin et j’en sors à dix-sept heures et demie. Parfois je chante quand j’ai de la lumière mais pas dans la nuit ; je n’ose pas chanter alors. Je n’aime pas le puits… J’ai entendu parler de Jésus plus d’une fois. Je ne sais vraiment pas pourquoi il est venu sur terre et ne sais pas pourquoi il est mort, mais il avait des pierres pour reposer sa tête. J’aimerai beaucoup aller à l’école qu’à la mine. »

Isabelle Read, 12 ans (porteuse de charbon) :
« C’est un fort dur travail ; ne sais pas combien de fois je fais le trajet du puits au mur, aller et retour. Je porte environ 1cwt et quart (environ 51 kg) de charbon sur mon dos ; dois tant me courber et me glisser à travers l’eau qui me monte jusqu’aux chevilles. Je n’aime pas ce travail ; les autres filles non plus ; mais il faut bien s’y faire. »

Mary Barrett, 14 ans :
« J’ai travaillé cinq ans au fond du puits. Père travaille au puits à côté. J’ai 12 frères et soeurs (…) un sait compter, un autre sait lire, aucun autre ne sait ni lire, ni écrire non plus. Je descends vers sept heures et je remonte à six ou parfois sept heures (…) Je travaille toujours sans bas, ni souliers, ni culottes ; je ne porte rien que ma chemise. Je dois aller en haut dans les galeries avec les hommes. Ils sont tous nus là ; Je suis habituée maintenant et je m’en fiche. J’avais fort peur au début et n’aimais pas cela. Ils ne se conduisent jamais grossièrement envers moi. Je ne sais ni lire ni écrire. »

Témoignage d’une fillette de 11 ans, «Enquête de la commission des Mines en France», 1842, Les débuts de l’industrie, p.43.

« Je travaille au fond de la mine depuis trois ans pour le compte de mon père. Il me faut descendre à la fosse à trois heures du matin et je remonte à une ou deux heures de l’après-midi. Je me couche à six heures du soir pour être capable de recommencer le lendemain. A l’endroit de la fosse où je travaille, le gisement est en pente raide. Avec mon fardeau, j’ai quatre pentes ou échelles à remonter, avant d’arriver à la galerie principale de la mine. Mon travail c’est de remplir quatre à cinq wagonnets de deux cents kilos chacun. J’ai vingt voyages à faire pour remplir les cinq wagonnets. Quand je n’y arrive pas, je reçois une raclée, je suis bien contente quand le travail est fini, parce que ça m’éreinte complètement. »

Louis-René Villermé, Tableau de l’état physique et moral des ouvriers employés dans les manufactures de coton, de laine et de soie, t. 1, Paris, 1840, p. 25.

Villermé, médecin français à Paris, fut chargé de cette enquête par l’Académie de médecine dont il faisait partie.

« Les seuls ateliers de Mulhouse comptaient en plus de 5’000 ouvriers logés dans les villages environnants. Ces ouvriers sont les moins bien rétribués. Ils se composent principalement de pauvres familles chargées d’enfants en bas âge et venues de tous côtés, quand l’industrie n’était pas en souffrance, s’établir en Alsace, pour y louer leur bras aux manufactures. Il faut les voir arriver chaque matin en ville et en partir chaque soir. Il y a parmi eux une multitude de femmes pâles, maigres, marchant pieds nus au milieu de la boue et qui, faute de parapluie, portent renversé sur la tête, lorsqu’il pleut, leur tablier ou leur jupon de dessus pour se préserver la figure et le cou, et un nombre plus considérable de jeunes enfants non moins sales, non moins hâves, couverts de haillons tout gras de l’huile des métiers tombée sur eux pendant qu’ils travaillent. Ces derniers mieux préservés de la pluie par l’imperméabilité de leurs vêtements, n’ont pas même au bras un panier où sont les provisions pour la journée, mais ils portent à la main ou cachent sous leur veste ou comme ils peuvent le morceau de pain qui doit les nourrir jusqu’à l’heure de leur rentrée à la maison. Ainsi à la fatigue d’une journée déjà démesurément longue puisqu’elle est au moins de 15 heures vient se joindre pour ces malheureux celle des allers et retours si fréquents, si pénibles. Il en résulte que le soir ils arrivent chez eux accablés par le besoin de dormir, et que le lendemain ils en sortent avant d’être complètement reposés pour se trouver dans l’atelier à l’heure de l’ouverture.»

Ch. Fourniau, L. Laurent, L. Le Nahelec, S. Pietri et R. Sorlet, Documents d’histoire vivante de l’Antiquité à nos jours (1789-1848), Joseph Floch, 1975.

Conditions de travail des enfants

« Dans les mines de charbon ou de fer travaillent des enfants de quatre, cinq, sept ans ; la majorité toutefois a plus de huit ans. Ils sont employés à transporter les matériaux extraits du front de taille [bout d’un tunnel de la mine] à la voie où passe le cheval ou au puits principal, et à ouvrir et refermer, au passage des travailleurs et des matériaux, les portes coulissantes qui séparent les différentes sections de la mine. Pour surveiller ces portes, on emploie ordinairement les enfants les plus jeunes qui, de cette façon, sont contraints de rester douze heures par jour dans l’obscurité, tout seuls, dans un passage étroit, la plupart du temps humide, sans même avoir le travail suffisant et nécessaire capable de les protéger de l’ennui abêtissant et abrutissant qui naît de l’inaction.

Le transport du charbon et du fer est en revanche un travail très dur, car il faut tramer [transporter] ces matériaux dans d’assez grandes bennes sans roues, sur le sol inégal des galeries, souvent sur de la terre humide ou dans l’eau, souvent en montant des pentes raides et par des passages qui sont parfois si étroits que les travailleurs sont obligés d’aller à quatre pattes. Pour ce travail fatiguant, on prend par conséquent des enfants plus âgés et de jeunes adolescentes. Selon les cas, il y a avec la benne soit un seul travailleur, soit deux plus jeunes, dont l’un tire et l’autre pousse. L’extraction, qui est exécutée par des adultes ou des jeunes garçons robustes de seize ans et plus, est également un travail très fatigant. La durée du travail est habituellement de onze à douze heures, souvent plus ; en Écosse, elle va jusqu’à quatorze heures et, très fréquemment, on fait une double journée, si bien que l’ensemble des travailleurs reste sous terre en activité vingt-quatre, voire, assez souvent, trente-six heures consécutives. On ignore le plus souvent les heures fixées pour les repas, si bien que l’on mange lorsqu’on a faim et qu’on en a le temps.

Il n’est pas rare que les enfants, en arrivant chez eux, se jettent sur le carrelage devant le foyer et s’endorment aussitôt, qu’ils soient incapables de prendre aucune nourriture et que leurs parents soient obligés de les laver endormis et de les mettre au lit ; bien plus, il arrive qu’en route, ils se couchent de fatigue et que leurs parents, bien avant [plus tard] dans la nuit, les cherchent et les trouvent endormis.

La conséquence première d’un tel surmenage est que toute force vitale ne sert qu’à l’exercice des muscles, si bien que ceux des bras, des jambes, du dos, des épaules et de la poitrine en particulier, qui sont principalement utilisés en tirant et en poussant la benne, atteignent un développement anormal, tandis que tout le reste du corps souffre du manque de nourriture et se rabougrit. C’est la raison pour laquelle la taille reste petite et stationnaire. La puberté est retardée aussi bien chez les garçons que chez les filles, chez les premiers souvent jusqu’à dix-huit ans. Jambes arquées, genoux cagneux, pieds plats, déviations de la colonne vertébrale et autres malformations sont courants […]

[Suit la description des principales maladies qui touchent les mineurs, qui vont des maux d’estomac aux maladies pulmonaires, en passant par les malaises cardiaques.]

La conséquence de ces maladies est que, dans tous les districts miniers sans exception, les mineurs vieillissent précocement et sont inaptes au travail peu après la quarantième année. À quarante ans, il est normal de dire qu’un tel travailleur commence à entrer dans la vieillesse.

Si nous résumons les conséquences du travail dans les mines de charbon, nous voyons, d’un côté par l’état infantile prolongé, de l’autre par une vieillesse prématurée, se réduire d’une fraction considérable le temps pendant lequel l’homme est en pleine possession de ses forces et se raccourcir la durée de sa vie par une mort précoce. »

D’après Friedrich Engels, La situation de la classe ouvrière en Angleterre, 1845, cité par Claude Bourgeois, L’époque contemporaine : livre du maître, Lausanne, LEP, 1999.

Loi de 1841 sur le travail des enfants (dite «loi Guizot», en France)

Cette loi ne fut pas appliquée (cf. Jean-Pierre Rioux, La Révolution industrielle (1780-1880), Le Seuil, 1971, p. 177). Voir aussi ce qu’en dit le texte suivant.

« C’est seulement en 1841 que la loi limite le travail des enfants de moins de douze ans à huit heures par jour.

La lecture de la loi de 1841 sur le travail des enfants est édifiante. On constate qu’elle vise non à mettre fin à une situation jugée aujourd’hui scandaleuse, mais seulement à légaliser une pratique en lui apportant quelques limites. Celles-ci, qui nous paraissent dérisoires, laissent deviner la situation de fait avant la loi et longtemps encore après sa promulgation :

Article 1. Les enfants ne pourront être employés que, sous les conditions déterminées par la présente loi, dans les manufactures, usines et ateliers à moteur mécanique, et dans leurs dépendances, dans toute fabrique occupant plus de vingt ouvriers réunis en ateliers.

Article 2. Les enfants devront, pour être admis, avoir au moins huit ans. De huit à douze ans, ils ne pourront être employés au travail effectif plus de huit heures sur vingt-quatre, divisées par un repos. De douze à seize ans, ils ne pourront être employés au travail effectif plus de douze heures sur vingt-quatre, divisées par des repos. Ce travail ne pourra avoir lieu que de cinq heures du matin à neuf heures du soir. L’âge des enfants sera constaté par un certificat délivré, sur papier non timbré et sans frais, par l’officier de l’état civil.

Article 3. Tout travail entre neuf heures du soir et cinq heures du matin est considéré comme travail de nuit. Tout travail de nuit est interdit pour les enfants au-dessous de treize ans […]

Article 5. Nul enfant de moins de douze ans ne pourra être admis qu’autant que ses parents ou tuteurs justifieront qu’il fréquente actuellement une des écoles publiques ou privées existant dans la localité. Tout enfant admis devra, jusqu’à l’âge de douze ans, suivre une école […] »

Cité dans L’Histoire, n° 262, février 2002.

Le travail des enfants en Normandie sous le Second Empire

« Les enfants sont admis sans aucune condition d’âge dans les usines et manufactures, et y sont soumis à un travail prolongé, qui dépasse leurs forces, ruine leur santé, et ne laisse aucune place à la culture de leur intelligence et de leurs facultés morales. Sur 5 480 enfants que compte l’arrondissement de Lisieux, 1 040, c’est-à-dire un cinquième environ, ne fréquentent pas les écoles parce que leurs parents aiment mieux leur faire gagner de suite une modique rétribution dans les manufactures que d’assurer leur avenir en les laissant grandir dans des conditions de salubrité physique et morale.

Ces enfants n’atteignent jamais qu’un développement incomplet et donnent à leur tour naissance à des générations plus malingres et plus rachitiques encore. Aussi est-on effrayé pendant la session des conseils de révision, de trouver dans un pays où la race serait naturellement belle si elle vivait dans des conditions normales, un si grand nombre de jeunes gens physiquement défectueux, qu’il est très difficile de parfaire le contingent.

Le remède se trouve du reste tout entier dans la loi du 22 mars 1841 sur le travail des enfants dans les manufactures, et la seule difficulté consiste à la faire exécuter. De nombreuses tentatives ont été faites pour y parvenir, mais il faut le reconnaître, jusqu’à présent elles ont été complètement infructueuses, et la loi du 22 mars est restée une lettre morte. »

Extrait d’un rapport du sous-préfet de Lisieux, 30 septembre 1858, Archives départementales du Calvados, série M, police générale, rapports, 1852-1859.

Loi sur le travail des enfants et des filles mineures dans l’industrie (1874)

La Loi sur le travail des enfants et des filles mineures, du 19 mai 1874, fut adoptée au début de la Troisième République (1870-1940) en France. Comme bien d’autres avant, elle ne fut pas appliquée et une nouvelle loi lui succéda vingt ans plus tard.

« Section 1ère : âge d’admission, durée de travail […]
Article 2 : Les enfants ne pourront être employés par des patrons ni être admis dans les manufactures, usine, ateliers ou chantiers avant de l’âge de 12 ans révolus. Ils pourront être toutefois employés à l’âge de 10 ans révolus dans l’industrie spécialement déterminée par un règlement d’administration publique rendu sur l’avis conforme de la commission supérieure ci-dessous instituée.

Article 3 : Les enfants, jusqu’à l’âge de 12 ans révolus, ne pourront être assujettis à une durée de plus de 6 heures par jours, divisées par des repos. A partir de 12 ans, ils ne pourront être employés plus de 12 heures par jour, divisées par des repos.

Section II : travail de nuits, des dimanches et des jours fériés
[…]
Article 5 : Les enfants âgés de moins de 16 ans et les filles âgées de moins de 21 ans ne pourront être employées à aucun travail, par leur patron, les dimanches et fêtes reconnues par la loi, même pour rangement de l’atelier.
[…]

Section III : travaux souterrains

Article 7 : Aucun enfant ne peut être admis dans les travaux souterrains des mines, minières et carrière avant l’âge de 12 révolus. Les filles et femmes ne peuvent être admise dans ces travaux. Les conditions spéciales du travail des enfants de 12 à 16 ans dans les galeries souterraines, seront déterminées par des règlements d’administration publique.

Section IV : Instruction primaire

Article 8 : Nuls enfants, ayant moins de 12 ans révolus, ne peuvent être employés par un patron qu’autant que ses parents ou tuteurs justifient qu’il fréquente actuellement une école publique ou privée. Tous enfants admis avant 12 ans dans un atelier devront, jusqu’à cet âge suivre les classes d’école pendant le temps libre du travail. Il devra recevoir l’instruction pendant 2 heures au moins, si une école spéciale est attachée à l’établissement industriel. La fréquentation de l’école sera constatée au moyen d’une feuille de présence dressée par l’instituteur et remise chaque semaine au patron.
[…]

Section IX : Pénalités

Article 25 : les manufacturiers, directeurs ou gérants d’établissement industriels qui auront contrevenus aux prescriptions de la présente loi et des règlements d’administration publique relatifs à son exécution seront poursuivis devant le tribunal correctionnel et punis d’une amende de 16 à 50 francs. L’amende sera appliquée autant de fois qu’il y aura de personnes employées dans les conditions contraires à la loi, sans que ce chiffre total puisse excéder 500 francs. Toutefois, la peine ne sera pas applicable si les manufacturiers, directeurs ou gérants d’établissements industriels et les patrons établissent que l’infraction à la loi a été le résultat d’une erreur provenant de la production d’actes de naissances, livrets ou certificats contenant de fausses énonciations ou délivrés par une autre personne […]

Section X : Dispositions spéciales […]
Article 31 : Par mesure transitoire, les dispositions édictées par la présente loi ne seront applicables qu’un an après sa promulgation. Toutefois, à la ladite époque, les enfants déjà admis également dans les ateliers continueront à y être employés ou conditions spécifiées dans l’acte III. »

Conseils d’hygiène sociale aux instituteurs pour les enfants

« L’instituteur, loin d’obliger ses élèves aux travaux de culture, n’accordera la faveur d’y participer qu’à ceux qui auront mérité une récompense, par leur application et leur bonne conduite. C’est pendant les exercices et en les encourageant qu’il cherchera à faire comprendre à ses écoliers que le travail est nécessaire au bonheur de l’homme, et que loin de le regarder comme une condition pénible de la vie, on doit s’estimer heureux d’avoir la force et l’occasion de travailler. Il pourra souvent, sur des exemples connus, leur faire faire la comparaison de la vie heureuse de 1’ouvrier avec les misères du fainéant ou la vie inquiète et agitée de l’homme aisé. Il leur montrera les vices, la dégradation et la misère accablant presque toujours l’homme oisif et sans état ; les maladies, la tristesse, les revers de fortune et l’inexorable ennui, compagnes ordinaires d’une aisance paresseuse et inactive, tandis, leur dira-t-il, que l’ouvrier laborieux, rangé et prévoyant jouit d’une santé solide, mange de bon appétit, chante, rit, ne connaît ni l’ennui ni l’inquiétude chagrine, ni l’envie, ni les pertes ruineuses, et mène une vie longue et respectée au milieu d’une famille unie, riche de santé. Ces leçons familières, et quelques exemples discrètement cités, feraient, j’en suis certain, sur l’esprit des jeunes ouvriers, une impression plus durable qu’on ne se l’imagine communément, car les enfants aiment qu’on leur parle comme s’ils étaient déjà des hommes ; tout ce qui les rapproche de cet état, tout ce qui les élève à leurs propres yeux est bien accueilli par eux, et reste gravé dans leur mémoire. »

Docteur Sovet, Manuel d’hygiène publique et privée à l’usage des instituteurs et des communes rurales,
Bruxelles, Stapleaux, 1851, II, 4, p. 93.

Les enfants du capital


lithographie d’Honoré Daumier, 1838

Laissez venir à moi les petits enfants

« Les enfants du capital », Les révoltes logiques, n°3, Paris, 1976, p. 44.

Voir aussi [->5196]