» Le septennat du maréchal Mac-Mahon nous donnait un délai de quelques années pendant lesquelles la porte restait ouverte à la monarchie : le comte de Chambord pouvait réfléchir et revenir sur ses prétentions, ou la France se résigner à les accepter. Nous donnions ainsi du temps et en quelque sorte de la marge aux événements. Le trône restait vacant et j’avais réussi à y faire asseoir, sous le nom de président, un véritable lieutenant général du royaume, prêt à céder la place, le jour où le roi aurait été en mesure de la prendre. Mais pour que cette situation intérimaire pût durer, il fallait qu’elle pût survivre à l’Assemblée qui l’avait créée. Faire durer cette Assemblée sept années était impraticable, et il était certain que le suffrage universel, consulté directement, n’enverrait pas sa pareille. Toutes mes combinaisons tendaient, en constituant un Sénat puissant, composé d’éléments conservateurs, à faire durer l’oeuvre de l’Assemblée, sans la perpétuer elle-même.
Ce plan a échoué, par la résistance des Légitimistes extrêmes et des Bonapartistes, (…). C’est donc cette fraction extrême de la droite qui, avec et après le comte de Chambord, a fait la France républicaine.  »

Source : Duc de BROGLIE,  » Mémoires « , in Revue des Deux Mondes, 1929, t. VI.