Philosophe allemande, mystique et martyr du nazisme, Édith Stein a été canonisée par Jean-Paul II en 1998 et proclamée co-patronne de l’Europe en 1999.
Philosophe allemande, mystique et martyr du nazisme, Édith Stein a été canonisée par Jean-Paul II en 1998 et proclamée co-patronne de l’Europe en 1999.

Lettre d’Edith Stein au pape Pie XI (1933)

« « En ma qualité d’enfant du peuple juif, que la grâce de Dieu a faite depuis onze ans enfant de l’Eglise catholique, j’ose formuler, devant le père de la Chrétienté, ce qui oppresse des millions d’Allemands. »

Ainsi commence la lettre adressée le 12 avril 1933 au Pape Pie XI par Edith Stein, carmélite d’origine juive, morte en déportation à Auschwitz.»

cité in L’Histoire No 280, octobre 2003, p. 111

Témoignage de Pierre Grappin, lycéen français en Allemagne dans les années trente

« En 1935, j’ai passé une partie de l’été dans un petit village du Brandebourg, dans une famille qui avait dû quitter la Saxe en 1933. Le père était un ancien directeur d’école. Social-démocrate et adepte des théories pédagogiques progressistes, il avait été chassé de son poste par les nazis (…). Il me raconta comment, après sa destitution, il avait été recueilli par le propriétaire du domaine où nous vivions, le baron X, qui avait été son chef de corps pendant la Première Guerre mondiale. Entre cet officier de vieille noblesse et son sous-officier social-démocrate s’était développé un rapport de confiance assez fort pour qu’après sa révocation, ce dernier se vit offrir un emploi assez vague, mais sûr de garde forestier (…). Nous vivions dans une atmosphère d’émigration intérieure. Mes hôtes, les parents et leurs deux enfants restaient en Allemagne mais retranchés de la vie officielle et de la vie publique dans une atmosphère intéressante et cultivée. (…)

Eva leur fille (…) me disait : « Ce pays est effrayant, j’ai beaucoup de mal à rester en rapport avec mes anciens amis depuis 1933 et puis on ne sait jamais à qui se fier. » (…)

Les impressions que j’ai ramenées du Brandebourg m’ont montré un peu l’envers du décor : des jeunes qui refusaient le nazisme, des familles retirées à la campagne dans une atmosphère de crainte et d’oppression, vivant dans leur pays comme des étrangers. »

D’après Le Nazisme et les jeunes, Actes du colloque franco-allemand de Nancy. Presses universitaires de Nancy, 1985.

Publié aussi dans L’Histoire No 118, janvier 1989, p. 85

Question

En quoi ce témoignage est-il révélateur du contexte politique de l’époque ? du climat lié à l’application du totalitarisme ?