« Treblinka a été conçu de manière professionnelle. Au premier coup d’œil l’on pourrait croire qu’il s’agit d’une gare ordinaire. Le quai est suffisamment long pour accueillir un train normal, pouvant compter jusqu’à quarante wagons. A quelques mètres du quai, deux baraques se font face. Dans celle de droite, on emmagasine la nourriture que les gens ont apportée dans leurs bagages. Dans celle de gauche, les femmes se déshabillent. (…) A droite du quai, le vaste espace réservé à l’empilement des vêtements : chaussures, habits, draps, couvertures, etc. Des détenus trient les vêtements et les stockent dans un lieu à part en attendant qu’ils soient expédiés en Allemagne.

L’accès aux chambres à gaz commence face au quai où se trouvent les dortoirs. On l’appelle le « SchlauchAllée camouflée par la végétation et à angle droit, débouchant sur les chambres à gaz. ». Planté d’arbustes, il ressemble à l’allée d’un jardin public. Les gens qui l’empruntent doivent courir, nus. Personne n’en revient. Ils sont violemment matraqués et piqués à coups de baïonnette, si bien qu’une fois qu’ils sont passés, cette allée de sable blanc est couverte de sang. (…) Au bout du Schlauch, on entre dans un bâtiment blanc marqué d’une grosse étoile de David. (…) La chambre à gaz mesure sept mètres sur sept. Au milieu de la pièce il y a des pommeaux de douche, par lesquels le gaz arrive. (…) Le bâtiment compte dix chambres à gaz comme celle-ci. (…) A la porte, des SS poussent les gens vers l’intérieur. (…) »

Chil Rajchman,Je suis le dernier Juif, Treblinka (1942-1943), Les Arènes, Paris, 2009.