Intérêt des USA

Travaux de construction sur la coupe Gaillard en 1907.—–>
« En 1846, le gouvernement colombien signe avec les Etats-Unis un traité « d’amitié, commerce et navigation », qui donne droit aux seconds de traverser le Panamá avec leurs marchandises et sans grand protocole. Trois ans plus tard, la Colombie leur accorde une concession pour la construction et l’exploitation d’un chemin de fer transocéanique, qui facilitera l’acheminement vers New York de l’or découvert en Californie. En échange, et pour contrer la convoitise de l’Angleterre et de la France, l’article 35 du traité spécifie :
« Les Etats-Unis garantiront positivement et efficacement (…) la parfaite neutralité de l’isthme déjà mentionné (…) et par conséquent garantissent de la même manière les droits de souveraineté et de propriété que détient et possède [la Colombie] sur ledit territoire. »

Gregorio Selser, Diplomacia, garrote y dólares en América latina, Editorial Palestra, Buenos Aires, 1962.
Voir aussi : Eduardo Lemaître, Panamá y su separación de Colombia, Ediciones Corralito de Piedra, Bogotá, 1972
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Création de la compagnie française (1880)

« Au moment de nous séparer, je [Ferdinand de Lesseps] dois vous avouer que je suis passé par bien des perplexités pendant le temps qu’a duré ce congrès. Je ne pensais pas, il y a quinze jours, que je serais obligé de me mettre à la tête d’une entreprise nouvelle. Mes meilleurs amis ont voulu m’en dissuader, me disant qu’après Suez, je devais me reposer! Eh bien! Si l’on demande à un général qu’à gagner une première bataille s’il veut en gagner une seconde, il ne peut pas refuser. »

La vanité se parant souvent du masque du mensonge, il avait ajouté à l’apostrophe de l’amiral La Roncière Le Noury, qui célébrait immédiatement la « mission » qui venait de transformer Lesseps en « citoyens du monde », cette profession de foi : « J’accepte. Et je puis vous assurer que nous saurons réussir dans cette nouvelle entreprise avec les principes de loyauté qui distinguent l’administration française. » Après le vote final – 78 pour, 8 contre et 12 abstention – il s’était écrié : « Il est bien entendu que ce sont les applaudissements des dames qui sont ici la meilleur expression du vote. » Le Vert Galant nouveau style oubliait ce faisant que sur l’importante question de savoir si un canal à niveau était plus judicieux qu’une voie d’eau à lourdes écluse d’acier, le jugement féminin était d’un faible poids! (…) »

Jean-Yves Mollier, Le scandale de Panama, Paris, Fayard, 1991, p.51)

« (…) Comme si, ce jour-là, il était dit que le futur président de la Compagnie de Panama devait fournir à chacun de ses auditeurs la preuve formelle de ses reniements ultérieurs, il [F. de Lesseps] concluait sur une profession de foi, affirmant que la nouvelle société « se présenterait à la souscription publique, sans le concours des gouvernement, ni de la spéculation financière d’aucune espèce, et qu’elle appliquerait uniquement le capital qui sera réalisé à l’exécution de l’entreprise », sans bénéfice ni rémunération des établissement d’émission des valeurs.

La péroraison était superbe, au plein sens du terme, et le « Grand Français » s’écriait devant un auditoire enthousiaste: « La maison du canal interocéanique sera de verre comme l’a été celle du canal de Suez; le publique pourra voir chaque jour ce qui s’y passera… » Le saint-simonien de rencontre se révélait rousseauiste, adepte de la transparence intégrale, et mettait son point d’honneur à diriger seul une entreprise colossale. Il avait gardé le morceau de choix pour la fin, révélant alors confidentiellement que le Fils de Dieu lui était apparu, la veille, pour l’encourage à accomplir sa mission.

Telle la Vierge Marie choisissant la bergère Bernadette, la Voix céleste profita d’une occasion, la fête annuelle de la Rosière, à Nanterre, pour se faire entendre du nouveau héros de la République. Empruntant les traits de deux paysans, authentique représentants de la Nation, elle lui demanda : « A quand la souscription des actions du canal américains? Nous serons des vôtres » Lesseps commenta en ces terme la céleste apparition : « Par cette voix populaire, il m’a semblé entendre la Vox Dei, et j’ai
immédiatement pris la résolution de ne pas tarder à faire dans tous les pays l’appel d’un capital de 400 millions. » Son sens indéniable de la communication perce dans ce discours et l’on voit naître une légende qu’il aura largement contribué à créer. Spécialiste des relations publique avant la lettre, manipulation des foules, improvisateur talentueux et mystificateur de génie, tel apparaît l’homme de Panama. Calculateur et volontiers menteur par omission, d’un orgueil démesuré, prétendant donner des leçon de pureté aux financiers, il va se voir contraint, dans les semaines que suivent, à faire exactement le contraire de ce qu’il vient de se tracer comme orientation et de revendiquer comme métaphysique financière. »

Jean-Yves Mollier, Le scandale de Panama, Paris : Fayard, 1991. p.57-58

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Réaction des USA

« En mars 1880, le président des Etats-Unis, Rutherford Birchard Hayes, rend public son désaccord concernant le contrat franco-colombien : « Notre intérêt commercial est supérieur à celui de tous les autres pays, de même que les relations du canal avec notre pouvoir et notre prospérité en tant que Nation. (…) Les Etats-Unis ont le droit et le devoir d’affirmer et de maintenir leur autorité d’intervention sur n’importe quel canal interocéanique qui traverse l’isthme. »

[Si le traité avec les USA n’est pas ratifié] « Les relations amicales entre les deux pays s’en verraient si gravement compromises que le Congrès des Etats-Unis pourrait prendre des mesures que regretterait tout ami de la Colombie ».

(dixit l’ambassadeur américain à Bogota)

Ces citations ont été prise sur le site : CALVO OSPINIA Hernando, Panama, un canal à tout prix, Novembre 2003. (lien brisé) http://www.mondediplomatique.fr/2003/11/CALVO_OSPINA/10670, page consultée le 2 avril 2008.

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La difficulté des travaux

« La gale de milliers de moustiques, d’araignées et de bestioles fourmille sur nos épaules. Ce n’est plus seulement la picapica dans notre corps de macheteros. Ce qu’il y a autour de nous, c’est la poubelle de la forêt et de la savane. La fumée des feux nous brûle les yeux. Nous savons si nous sommes en train de suer ou si ce sont les gouttes de rosée tombées des arbres qui perlent sur notre peau. Nos bras s’abattent, taillant à vif la colline qui s’éboule en pleurant la terre. On accomplit les ordres. Ouvrir des chemins qui mèneront on ne sait où, en ayant les jambes enfoncées dans les bourbiers grouillant de sangsues ou dans les terrains serrés de mangliers lamentables qui se collent à nos chairs comme des ventouses.  »

Joaquín Beleño, Luna Verde, chap. IV, sous-chap. 18/19
cité dans TROTET François, Le PANAMA, Paris : Karthala, 1991. p. 31

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Les erreurs de de Lesseps

« (…) Mais un homme, à lui seul, portait le poids d’une immense responsabilité dans l’échec de l’entreprise – donc dans le déclenchement du scandale. Une évidence s’impose : c’est parce qu’il a vaincu à Suez que Lesseps échoue à Panama. Son triomphe en Egypte – acquis de justesse et comme par miracle – lui a fait tout oublier : les obstacles naturels, la lourdeur des frais financiers, les problèmes de main d’œuvre et d’encadrement, l’hostilité d’une puissance étrangère : ce fut l’Angleterre à Suez ; ce seront les Etats-Unis à Panama. Se souvient-il d’ailleurs, dans les années 1880, que le canal de Suez, ouvert à la fin de 1869, mit cinq bonnes années à être rentable ? Panama, Parfois jusque dans les détails, est la réédition de Suez, mais ratée. Lesseps n’est pas un homme d’affaire mais un visionnaire. Ce n’est pas un technicien. (…) Suez lui a tourné la tête ; son entêtement est sans bornes ; sa confiance en lui, sans limites (…) Mais Suez n’hypnotisa pas seulement Ferdinand de Lesseps. La légende déjà forgée du « grand Français » – le mot est de Gambetta – aveugla ses proches, fit perdre tout bon sens aux entrepreneurs les plus solides et agit comme un mirage sur l’opinion populaire. L’affaire de Panama est aussi un fait de psychologie collective. Le passé tenait le présent (…).  »

BOUVIER Jean, Les deux scandales de Panama. Paris : René Juliard, 1972 p.19-20

Le scandale de Panama sur Clio-Texte
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En 1903, le Panama, détaché de la Colombie, est indépendant et les USA obtiennent la souveraineté sur la zone du canal. Le canal est ouvert en 1914. Le 31 décembre 1999 (accord du 7 septembre 1977), Panama récupère le contrôle du canal.

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Sur Wikipédia, voir le canal de Panama, l’historique du canal de Panama  et le scandale de Panama.