« Lorsqu’on entendit parler des droits communs à tous les hommes, de la liberté vivifiante et de l’égalité chérie, qui pourrait nier qu’il n’ait senti son coeur s’élever ? Chacun alors espéra jouir de son existence ; les chaînes qui assujettissaient tant de pays (…) semblaient se délier. Tous les peuples opprimés ne tournaient-ils pas leurs regards vers la capitale du monde ? (…) La guerre commença, et les Français en bataillons armés s’approchèrent ; mais ils parurent apporter le don de l’amitié. L’effet répondit d’abord à cette apparence ; tous avaient l’âme élevée ; ils plantèrent gaiement les arbres riants de la liberté, nous promettant de ne pas envahir nos possessions ni le droit de nous régir nous-mêmes. (…)

Mais bientôt le ciel se noircit : une race d’hommes pervers, indignes d’être l’instrument du bien, disputa les fruits de la domination ; ils se massacrèrent entre eux, opprimèrent les peuples voisins, leurs frères nouveaux, et leurs envoyèrent des essaims d’hommes rapaces. Tous nous pillèrent, tous accumulèrent nos dépouilles ; ils semblaient n’avoir d’autre crainte que de laisser échapper quelque chose de ce pillage pour le lendemain. (…) Nous n’eûmes tous que la seule pensée, et nous fîmes tous le serment de venger des outrages nombreux et la perte amère d’une espérance doublement trompée. »

extraits de Johann Wolfgang GOETHE, Hermann et Dorothée, 1797.