[Victoire de l'armée japonaise à Asan en Corée] : [estampe] / [dessiné par Kobayashi Ikuhide]

Citations

« Quand espérez vous prendre Port Arthur ? » « Demain pour le soixantième anniversaire de l’impératrice. » Le lendemain la cité était tombée, et le général Yamaji dit au correspondant étranger : « Vous voyez j’avais raison, nous sommes là ! »

The Japan Weekly Mail (Yokohama), 15 décembre 1894.

«De ceci nous pouvons être certains, nous ne pouvons pas laisser la Corée abandonnée à elle-même. Nous nous battons en Corée pour notre propre futur, et pour notre propre indépendance. Si nous laissons la Corée tomber dans les mains des pouvoirs européens, alors notre indépendance sera menacée.»

Diplomate japonais en Europe, 25 juillet 1894, cité dans The Times, Londres.

«Si l’opinion occidentale a été aveugle au fait que le Japon travaillait de manière sûre et constante pour acquérir une position de respect et de reconnaissance, ce monde occidental a été aussi aveugle à la corruption officielle qui a produit l’effondrement de la Chine.»

The North-China Herald, 28 décembre 1894.

«Sans perdre un seul navire et sans perdre une seule bataille, le Japon a brisé le pouvoir de la Chine, il a augmenté son propre territoire et il a changé totalement la politique en Extrême-Orient.»

Lafcadio Hearn, écrivain irlandais, de mère grecque, émigré aux États-Unis puis résident au Japon, 1896.

«La situation en Extrême Orient n’est pas le résultat d’une suite continue d’événements, mais une surprise créée par les résultats inattendus de la guerre sino-japonaise. Aucun doute que l’effondrement de la Chine en 1894, était le dernier acte d’un long drame de décadence. Il révéla à l’Europe étonnée l’incapacité ultime de la Chine à se réformer et à se défendre. La Chine avait systématiquement berné les gouvernements et les opinions publiques qui partageaient la même illusion sur sa puissance. En dissipant ces illusions et en révélant au monde la vérité concernant la décadence de la Chine, les victoires japonaises ont fait l’effet d’un tremblement de terre.»

Pierre Leroy-Beaulieu, écrivain, voyageur, 1900.

Citations reprises de S. C. M. Pain, The Sino- Japanese War of 1894-1895, Cambridge University Press, 2003, 412 p.

Le Traité de Shimonoseki et la politique internationale

« Suite à la fulgurance et la supériorité de l’armée nippone, les Chinois capitulent et acceptent le 5 janvier 1895 les termes d’un accord de paix. Le Japon redoute cependant une ingérence de la part des puissances européennes dans le courant des négociations. En effet, la Russie manifeste très rapidement son opposition à toute annexion de la Corée par le Japon. Les Russes font face à un dilemme : soit ils favorisent l’intégrité du territoire chinois en exigeant une révision du Traité de Shimonoseki soit ils demandent des compensations afin de contrebalancer les gains japonais. Finalement, ils donnent préférence à l’intégrité du territoire chinois et cherchent l’appui des autres puissances.
Le Traité de Shimonoseki est la source de discorde entre les grandes puissances et le Japon. En effet, parmi les points du Traité nous relevons : article I) la reconnaissance chinoise de l’indépendance de la Corée, article II) la cession de Taiwan, des Pescadores ainsi que la péninsule du Liaotung, article IV) les indemnités de guerre..
Au lendemain de la signature du traité, les Japonais font face au mécontentement des grandes puissances et plus particulièrement de celui de la Russie. Ainsi à l’instigation de celle-ci, la France et l’Allemagne forment une alliance sous le nom de la « Dreibund » afin d’apporter un coup d’arrêt aux ambitions territoriales japonaises. La Russie envoie une missive aux puissances susceptibles d’être intéressées par une action conjointe. L’Allemagne acquiesce. En effet, depuis le début du conflit sino-japonais, l’Allemagne remarque que « les grandes puissances européennes aspirent à des avantages particuliers (lors de négociations d’accord de paix) et qu’elle, en considération de ses intérêts, ne doit pas […] s’en aller les mains vides. Outre les avantages coloniaux qu’elle compte obtenir en supportant la Russie, l’Allemagne satisfait ses ambitions politiques. En effet, ceci permet un « allégement de la frontière allemande orientale », en « aiguillant la Russie vers l’Orient ». La politique allemande a alors un double objectif : soutenir la Russie en Orient et essayer d’affaiblir l’alliance franco-russe. En effet, l’aide qu’elle offre à la Russie pourrait pousser cette dernière à reconsidérer son alliance si la France ne la soutenait pas. La France, quant à elle, n’est pas directement concernée par la situation en Manchourie. Toutefois, cette dernière est contrainte de prendre en « considération des alliances qu’elle met en premier plan » et de soutenir la Russie dans son entreprise.
La Grande-Bretagne reste à l’écart. Elle soutient sa position en argumentant qu’elle ne veut pas provoquer une rupture des relations amicales qu’elle entretient avec le Japon. On peut dès lors supputer que la Grande-Bretagne perçoive le Japon comme étant un possible contrepoids face à la Russie. Ainsi refuse-t-elle toute initiative, afin de préserver le Japon comme un allié potentiel. Face à la « Dreibund » le Japon abandonne ses revendications territoriales.
Les efforts britanniques pour maintenir le libre échange s’effritent petit à petit. En effet, le succès de la « Dreibund » auprès du gouvernement chinois ne fera qu’augmenter les revendications territoriales et financières de ses membres. La Chine leur est désormais redevable pour « l’intervention bienveillante » qui lui permet de maintenir ses territoires.
Perçue comme l’homme malade d’Asie, la Chine est fragilisée par les puissances qui exigent l’obtention de concessions. Les Anglais redoutent que la Russie fasse main basse sur la Mandchourie et provoque ainsi son démantèlement. Le Japon perçoit l’ingérence comme une manifestation explicite des intérêts personnels russes. Il reconnaît que la Russie est désormais une puissance au Nord-Est de l’Asie. »

Wildhaber Laurent Reza, Origines de la Première Guerre mondiale – L’ échiquier extrême-oriental et les puissances européennes de 1894-1905, date du document non mentionnée.

Un autre texte sur l’impérialisme japonais dans [->4699]

Textes sur [->5210], et [->5228]