Il se répandait en d’innombrables discours vides d’utilité comme de vérité et, tentant d’apparaître comme un docteur, il faisait oublier la doctrine des maîtres. Payer la dîme était, disait-il, idiot. Et alors que les autres hérésies, pour tromper plus sûrement, se couvrent du manteau des Saintes Écritures auxquelles elles sont contraires, celui-ci prétendait que dans les récits des prophètes les uns sont utiles, les autres ne méritent aucune créanceIls ne méritent pas qu’on y croit.. Cependant, sa trompeuse renommée d’homme plein de sens et de religion lui gagna en peu de temps une considérable portion du peuple. Ce que voyant, le très savant Gilbuin, le vieil évêque du diocèseDiocèse : territoire administré par un évêque. dont dépendait notre homme, ordonna qu’on le lui amenât. Il l’interrogea sur tout ce qu’on rapportait de son langage et de sa conduite; l’autre entreprit de dissimuler sa véritable infamie, essayant d’invoquer à son profit des témoignages des Saintes Écritures, bien qu’il ne les eût jamais apprises. Le très sagaceSagace : très observateur, esprit fin. évêque jugea que cette défense ne convenait pas, que le cas était aussi condamnable que honteux […]. Leutard, se voyant vaincu et déchu de ses ambitions démagogiques, se donna lui-même la mort en se noyant dans un puits. »

Raoul le GlabreGlabre : sans poils. (Radulphus Glaber), moine bourguignon (fin Xe – c. 1049), dans Georges Duby, L’An Mil, Gallimard, Collection «Folio histoire», 1973.


  1. Quelle est la nature du texte ? Qui en est l’auteur ?
  2. Que conteste LeutardDe Lothaire, Lothar. ? Pourquoi est-il condamné ?
  3. Sommes nous certains de ce qui est arrivé à cet homme ? L’intérêt de ce texte est-il de nous fournir des informations sur l’Église au XIe siècle ou de nous informer sur l’itinéraire du nommé Leutard ?
  4. Y a-t-il à cette époque une augmentation des hérésies ou une augmentation du signalement d’hérésies ? Pourquoi ? Les personnages comme Leutard étaient-ils rares avant le XIe siècle ?

Bibliographie

Jean Favier, « Raoul Glaber (fin Xe s.-env. 1049) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 2 octobre 2016. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/raoul-glaber/