« Il y a 87 années que nos ancêtres ont fondé sur le sol de ce continent une nation conçue dans la liberté et construite sur l’idée de l’égalité entre les hommes. Nous voici, aujourd’hui, entraînés dans une guerre civile qui sera la pierre de touche de la survie de notre pays et de tous ceux qui sont fondés sur les mêmes principes. Nous voici réunis sur l’un des plus grands champs de bataille de la guerre. Nous sommes venus consacrer un coin de cette terre qui deviendra le dernier champ de repos de tous ceux qui sont morts pour que vive notre pays. Il est à la fois juste et digne de le faire. Mais il est vrai aussi qu’il n’est pas en notre pouvoir de consacrer ce sol; nous ne pouvons ni le bénir, ni le consacrer. Vivants ou morts, les braves qui se sont battus ici l’ont déjà consacré et il est bien au-delà de notre faible pouvoir d’y rien retrancher ou d’y rien ajouter.

Le monde ne sera guère attentif à nos paroles, il ne s’en souviendra pas longtemps, mais il ne pourra jamais oublier ce que les hommes ont fait. C’est à nous les vivants de nous vouer à l’oeuvre inachevée que d’autres ont si noblement entreprise. C’est à nous de consacrer plus encore à la cause pour laquelle ils ont offert le suprême sacrifice ; c’est à nous de décider que ces morts ne sont pas morts en vain ; à nous de vouloir qu’avec l’aide de Dieu notre pays renaisse dans la liberté ; à nous de décider que le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ne disparaîtra jamais de la face du monde. »

KASPI, André, « La Guerre de Sécession, les Etats désunis », Paris, Découvertes Gallimard, no 157, 1992, p.155.