PROGRAMME D’ACTION DU COMITE CENTRAL DU PARTI COMMUNISTE TCHECOSLOVAQUE (5 AVRIL 1968)

Tchécoslovaques arborant leur drapeau national, passant près d’un char soviétique incendié à Prague (après le 21 août).—->

«La reconnaissance des intérêts divers des groupes sociaux et des individus et leur unification exigent l’élaboration et l’application d’un nouveau système politique d’un nouveau modèle de démocratie socialiste.

Aujourd’hui lorsque s’effacent les différences de classe, le critère principal d’évaluation des gens dans la société est celle-ci : dans quelle mesure tel homme contribue-t-il au développement social ? Le Parti a souvent critiqué les conceptions égalitaristes mais, dans la pratique le nivellement s’est étendu dans une mesure sans précédent et est devenu l’un des principaux freins au développement économique intensif et à l’élévation du niveau de vie.

Si nous nous efforçons aujourd’hui d’éliminer les tendances égalitaristes, de mettre en valeur les principes du rendement, nous ne voulons pas ainsi créer quelques nouvelles couches privilégiées. Nous voulons que, dans tous les secteurs de notre vie sociale, la rémunération des gens dépende de l’importance sociale et de l’efficience de leur travail, du déploiement de l’initiative personnelle, du degré de responsabilité. Ceci est conforme à l’intérêt du développement de toute notre société. Le principe du rendement élève la maturité technique, la rentabilité et la productivité du travail, l’autorité et les pouvoirs des dirigeants responsables, le principe de l’intéressement matériel ; il souligne l’importance de la qualification de tous les travailleurs. (…) Si aux postes dirigeants ne se trouvent pas des cadres socialistes professionnellement qualifiés, instruits, le socialisme ne pourra pas supporter la confrontation avec le capitalisme. (…)

Le Parti communiste ne joue pas son rôle dirigeant en dominant la société, mais en servant avec le plus grand dévouement à son développement socialiste. Il ne peut imposer son autorité mais doit la gagner constamment par ses actions. Il ne peut imposer sa ligne par des ordres, mais par le travail de ses membres, par la vérité de ses idéaux.

Le rôle dirigeant du Parti a été souvent conçu dans le passé, comme une concentration et un monopole du pouvoir dans l’appareil du Parti. Cela correspondait à l’idée fausse que le Parti est l’instrument de la dictature du prolétariat. Cette conception néfaste a affaibli l’initiative et la responsabilité des institutions d’Etat, des organismes économiques et sociaux, a porté atteinte à l’autorité du Parti et l’a empêché d’accomplir sa fonction propre. Le but du parti n’est pas de devenir l’administrateur universel de la société, de lier toutes les organisations, et chaque pas dans la vie, par ses directives. Sa mission est avant tout d’éveiller l’initiative socialiste, de montrer la voie et les réelles possibilités des perspectives communistes et, par une activité systématique de persuasion et par l’exemple personnel des communistes, gagner à ces perspectives tous les travailleurs.

L’arme la plus efficace contre l’introduction des méthodes du centralisme bureaucratique dans le Parti est d’accroître la participation des membres du Parti à l’élaboration de la ligne politique, le renforcement du rôle réellement démocratique des organes élus. Chaque membre du parti et des organes du parti a non seulement le droit, mais encore le devoir de présenter toute initiative, toute critique, toute opinion différente sur les questions traitées et s’opposer à tout fonctionnaire. Cette pratique doit prendre fermement racine, si le Parti veut éviter le subjectivisme dans son activité. Il est intolérable de créer autour de ceux qui ont défendu des points de vue différents une atmosphère de méfiance et de suspicion (…).

La «participation du peuple» s’est bornée, pendant de longues années, à la participation à l’application de directives, sans participation à l’examen des décisions prises. (…) Le Comité central est fermement décidé à surmonter un tel état de choses. Il s’agit de changer tout le système politique de sorte qu’il permette un développement dynamique des rapports sociaux socialistes, qu’il unisse une large démocratie, à la direction scientifique. A l’élaboration de la politique d’Etat participent le Front national, les partis politiques qu’il regroupe, et les organisation de masse. Les partis politiques du Front national sont des partenaires ; leur activité politique part du programme politique commun du front national ; elle doit évidemment respecter la Constitution tchécoslovaque fondée sur le caractère socialiste des rapports sociaux dans le pays. (…)

Le socialisme ne peut seulement signifier la libération des travailleurs de la domination des rapports de classe et de l’exploitation, mais aussi un plein épanouissement de la personnalité. Il doit offrir plus que n’importe quelle démocratie bourgeoise. Aux travailleur libérés de la classe des exploiteurs, on ne peut dicter, par une interprétation arbitraire du pouvoir, sur quoi ils peuvent être informés, et sur quoi ils ne peuvent pas l’être, quelles idées ils peuvent ou non exprimer en public. (…)

Le Parti a conscience que des adversaires idéologiques du socialisme peuvent tenter de profiter du mouvement de démocratisation. A l’étape actuelle du développement, dans les conditions de notre pays, il convient d’appliquer le principe qu’on ne peut faire face à l’idéologie bourgeoise que par une lutte idéologique ouverte, sous le contrôle du peuple entier. On ne peut gagner des gens aux idées et à la politique du Parti que par une lutte appuyée sur l’activité pratique des communistes en faveur du peuple, par des informations vraies et complètes, par une analyse scientifique.

Autre fait grave : l’on a pas effectué jusqu’ici avec toutes ses conséquences politiques et civiques, la réhabilitation des communistes et non-communistes qui ont été victimes de l’arbitraire ces dernières années. Sur l’initiative des organes du comité central du PCT, on examine pourquoi les décisions du Parti en ce sens n’ont pas été exécutées ; là où les injustices n’ont pas été réparées, on y procédera (…).»

Cité par Roger GARAUDY, La Liberté en sursis, Fayard, 1968, pp.50-55

Doctrine Brejnev (1968)

« Nous ne pouvons accepter que des forces hostiles fassent dévier nos pays de la voie du socialisme et menacent d’arracher la Tchécoslovaquie à la communauté socialiste. (…) Nous n’accepterons jamais que les conquêtes historiques du socialisme puissent être menacées. Nous n’accepterons jamais que l’impérialisme, pacifiquement ou non, de l’intérieur ou de l’extérieur, fasse une brèche dans le système socialiste et change à son avantage le rapport des forces en Europe. »

message au PC tchécoslovaque des PC d’URSS, Pologne, Bulgarie et Hongrie (juillet 1968), tiré de Histoire Terminal Bertrand-Lacoste