Joaquim Gauck, Robert Hébras, François Hollande, Le Monde, 5 septembre 2013
Joaquim Gauck, Robert Hébras, François Hollande, Le Monde, 5 septembre 2013
«Cela s’est décidé le 23 mai, à Leipzig, juste avant le début des cérémonies du 150e anniversaire du Parti social -démocrate, lors d’un tête-à-tête entre François Hollande et Joachim Gauck. Ce matin-là, le président français invita son homologue allemand à venir en France en septembre. Joachim Gauck répondit favorablement, mais expliqua qu’il souhaitait marquer cette visite d’Etat – la première d’un président allemand en France depuis celle de Roman Herzog, en octobre 1996 – d’une halte dans un lieu symbolique. « Pourquoi n’irions-nous pas ensemble à Oradour-sur-Glane ? », lui proposa François Hollande. Joachim Gauck accepta dans la minute. Mercredi 4 septembre, pour la première fois, un président allemand ira donc à Oradour […] L’histoire retiendra que les choses se sont décidées simplement, ce qui tient certainement au fait que François Hollande et Joachim Gauck ont chacun de vraies raisons de se rendre à Oradour-sur-Glane. Pour le président français, c’est l’évidence : l’histoire d’Oradour est intimement liée à celle de Tulle, la ville dont il fut maire de 2001 à 2008. En 1944, c’est la même division SS « Das Reich » qui, le 9 juin, exécuta 99 hommes par pendaison dans les rues de Tulle, et, le lendemain, massacra 642 personnes à Oradour. Aujourd’hui, il est de tradition qu’une délégation venue d’Oradour assiste aux cérémonies annuelles organisées à Tulle, et vice-versa. Cent dix kilomètres séparent la préfecture de la Corrèze du petit bourg de Haute-Vienne […]

Peu connu des Français, compte tenu du rôle secondaire qui est le sien dans un pays où le vrai pouvoir appartient au chancelier, le président allemand est très investi sur le terrain mémoriel […] Depuis son élection à la présidence de la République, en mars 2012, il a pris l’habitude de jalonner ses déplacements à l’étranger d’une étape dans un lieu marqué par le souvenir de la barbarie nazie. En République Tchèque, ce fut Lidice, un bourg vidé de sa population puis rayé de la carte par les Allemands en 1942. En Italie , ce fut Sant’Anna di Stazzema, une commune de Toscane où 560 civils furent massacrés lors du passage des SS, le 12 août 1944. En France, ce sera donc Oradour.»

Thomas Wieder, «A Oradour-sur-Glane, mémoires vives franco-allemandes», Le Monde, 2 septembre 2013.

  • Quelles peuvent être les raisons pour François Hollande et Joaquim Gauck de commémorer le massacre d’Oradour ? Y a t-il des enjeux français et allemands distincts ? Y a t-il un enjeu commun ?
  • Que nous révèle cet événement de 2013 sur la place de la Seconde guerre mondiale dans le débat national et international ?