Affiche (1918) —->

« Seuls les intéressés, les nigauds et les pauvres primaires ignorants pourront se soustraire à cette évidence : LA REPUBLIQUE C’EST LE MAL.

La République est le gouvernement des Juifs, des Juifs traîtres comme Dreyfus, des Juifs voleurs, des Juifs corrupteurs du peuple et persécuteurs de la religion catholique. (…)

La République est le gouvernement des francs-maçons qui n’ont qu’une haine, l’Eglise, qu’un amour : les sinécures et le Trésor public ; fabricants de guerre civile, de guerre religieuse, de guerre sociale, ils nous mènent à une banqueroute matérielle et morale, celle qui ruinera le rentier et l’ouvrier, le commerçant et le paysan.

La République est le gouvernement de ces étrangers plus ou moins naturalisés ou métèques qui, ces jours-ci, souilleront du cadavre de leur Zola le Panthéon désaffecté ; ils accaparent le sol de la France ; ils disputent aux travailleurs de sang français leur juste salaire (…).

Régime abominable, la République est décidément condamnée, et la seule inquiétude de la raison française tient à ce qu’on ignore qui l’on mettra à la place de ce qui est. NOUS Y METTRONS LE ROI. »

Source, Affiche de l’Action Française*, 1908, tiré du manuel « Histoire Première » de Bertrand-Lacoste, 1997, collection J. Le Pellec, p. 186.

* Parti de l’extrême-droite monarchiste dirigé par Ch. Maurras.

Du même document, extraits légèrement différents

Le programme de L’Action Française (1908)

 » L’Action française est le journal des bons citoyens désabusés de la République, ralliés à la Monarchie. (…) Seuls les intéressés, les nigauds et les pauvres primaires ignorants peuvent se soustraire à cette évidence : LA RÉPUBLIQUE C’EST LE MAL.

La République est le gouvernement des Juifs, des Juifs traîtres (…), des Juifs voleurs (…), des Juifs corrupteurs du peuple et persécuteurs de la religion catholique (…).

La République est le gouvernement des pédagogues protestants qui importent d’Allemagne, d’Angleterre et de Suisse un système d’éducation qui abrutit et dépayse le cerveau des jeunes Français.

La République est le gouvernement des francs-maçons qui n’ont qu’une haine : l’Église, qu’un amour : les sinécures et le trésor public ; fabricants de guerre civile, de guerre religieuse, de guerre sociale, parasites de nos finances, ils nous mèneront à une banqueroute matérielle et morale (…).

La République est le gouvernement de ces étrangers plus ou moins naturalisés ou métèques, qui (…) accaparent le sol de la France, ils disputent aux travailleurs de sang français leur juste salaire, ils font voter des lois qui ruinent l’industrie (…).

Régime abominable (…), la République est décidément condamnée, et la seule inquiétude de la raison française tient à ce qu’on ignore qui l’on mettra à la place de ce qui est. NOUS Y METTRONS LE ROI.

Le Roi : c’est-à-dire la France personnifiée par le descendant et l’héritier des quarante chefs qui l’ont faite, agrandie, maintenue et développée (…). Il est trop ridicule de vouloir être un peuple fort, un peuple puissant en Europe, sans un chef héréditaire pour veiller à notre destinée historique.

Mais le gouvernement du Roi est aussi le seul qui, en maintenant l’ordre, puisse effectuer parmi nous les mêmes progrès sociaux qu’ont accomplis les monarchies voisines, et ajouter à ces progrès tout ce que la richesse et le génie de notre race permettent de prévoir et de réaliser (…).

Patriotes français, nationalistes, antidreyfusards, catholiques – hommes d’ordre, hommes de progrès – riches, pauvres, de toute classe, de tout métier, de tout parti, vous qui en avez assez, qui êtes las de gémir, qui voulez en finir : vous lirez tous l’Action Française qui dira chaque jour, non seulement les maux publics, mais le moyen, le moyen sûr, le moyen radical, l’unique moyen de terminer les misères de la Patrie, JETER À BAS LA RÉPUBLIQUE ! PROCLAMER LE DUC D’ORLÉANS. »

Source : Martial CHAULANGES, André-Georges MANRY, Roger SÈVE, Textes historiques. 1871-1914, La fin du XIXe siècle, T.1. Paris, Delagrave, 1966.

Le discours du camelot

L’action se déroule le jour du dixième anniversaire de l’auteur, soit le 16 août 1905 exactement.

« Toi, tu es un youpin, hein ? me dit le blond camelot aux fines moustaches que j’étais allé écouter avec foi et tendresse à la sortie du lycée, tu es un sale youpin, hein ? je vois ça à ta gueule, tu manges pas du cochon, hein ? vu que les cochons se mangent pas entre eux, tu es avare, hein ? je vois ça à ta gueule, tu bouffes les louis d’ or, hein ? tu aimes mieux ça que les bonbons, hein ? tu es encore un Français à la manque, hein ? je vois ça à ta gueule, tu es un sale juif, hein ? un sale juif, hein ? ton père est de la finance internationale, hein ? tu viens manger le pain des Français, hein ? messieurs dames, je vous présente un copain à Dreyfus, un petit youtre pur sang, garanti de la confrérie du sécateur, raccourci où il faut, je les reconnais du premier coup, j’ai l’œil américain, moi, eh ben nous on aime pas les juifs par ici, c’est une sale race, c’est tous des espions vendus à l’Allemagne, voyez Dreyfus, c’est tous des traîtres, c’est tous des salauds, sont mauvais comme la gale, des sangsues du pauvre monde, ça roule sur l’or et ça fume des gros cigares pendant que nous on se met la ceinture, pas vrai, messieurs dames ? tu peux filer, on t’a assez vu, tu es pas chez toi ici, c’est pas ton pays ici, tu as rien à faire chez nous, allez, file, débarrasse voir un peu le plancher, va un peu voir à Jérusalem si j’y suis. »

Source : Albert COHEN, Ô vous frères humains, Paris, Gallimard, 1972 (première parution du livre), ch. X, p. 38-39.