Ce texte est extrait du discours prononcé le 6 mars 1957 par Kwame Nkrumah, à l’occasion de l’indépendance du Ghana, premier État d’Afrique subsaharienne à accéder à la souveraineté après la Seconde Guerre mondiale. Moment fondateur de l’histoire politique africaine contemporaine, ce discours marque l’entrée du Ghana dans l’ordre international comme État libre, mais aussi l’affirmation d’une ambition panafricaine assumée.
Au-delà de la proclamation de l’indépendance, le texte pose des enjeux politiques, identitaires et géopolitiques majeurs. Nkrumah y affirme la capacité des Africains à se gouverner eux-mêmes, revendique la construction d’une « personnalité africaine » autonome et insiste sur la responsabilité collective dans l’édification de l’État. L’indépendance nationale est présentée comme indissociable de la libération totale du continent africain, inscrivant clairement le discours dans une perspective panafricaniste.
Le texte étant court et facilement sécable, il permet une bonne exploitation en classe, en particulier avec des collégiens.
Qui est Kwame Nkrumah (1909-1972) ?
Un leader africain formé entre l’Afrique, les États-Unis et l’Europe
Né en 1909, Kwame Nkrumah est élevé dans des institutions missionnaires catholiques avant de devenir instituteur. Il poursuit ensuite des études supérieures aux États-Unis, à l’université de Lincoln (Pennsylvanie), où il s’impose comme une figure majeure du militantisme panafricain. Il est notamment élu président de l’Association des étudiants africains des États-Unis et du Canada, expérience déterminante dans la construction de son engagement politique.
Installé à Londres à partir de 1945, Nkrumah se rapproche du marxisme et joue un rôle actif au sein du Secrétariat national ouest-africain, qui publie le mensuel The New African. C’est à cette période qu’il affirme une idée centrale de sa pensée : l’indépendance nationale ne peut être dissociée de l’union politique des États africains.
De la Gold Coast au Ghana : le combat pour l’indépendance (1947-1957)
De retour dans son pays en 1947, alors colonie britannique sous le nom de Gold Coast, Nkrumah s’engage d’abord au sein du principal mouvement nationaliste, l’United Gold Coast Convention. Il rompt cependant rapidement avec ses dirigeants et fonde, le 12 juin 1949, le Convention People’s Party (CPP).
Plus radical, ce parti réclame l’autonomie interne et place la lutte contre la pauvreté et les inégalités sociales au cœur de son programme. Les campagnes de boycotts, de grèves et de désobéissance civile déclenchées par le CPP entraînent l’arrestation de Nkrumah, emprisonné avec d’autres dirigeants du parti. Sa libération intervient après la victoire électorale du CPP en février 1951, qui le porte au poste de Premier ministre.
Dès 1952, Nkrumah revendique ouvertement l’indépendance. Après plusieurs années de négociations et une nouvelle élection législative, celle-ci est obtenue le 6 mars 1957. La Gold Coast devient alors le Ghana, en référence à l’empire médiéval du Ghana (ou Wagadou), et ouvre la séquence des indépendances en Afrique subsaharienne.
Le pouvoir et la modernisation du Ghana (1957-1966)
Se définissant comme un socialiste marxiste non communiste, Nkrumah choisit de maintenir le Ghana au sein du Commonwealth tout en proclamant la République en 1960, dont il devient le premier président. Il renforce progressivement ses pouvoirs, marginalise l’opposition et met en place un régime autoritaire.
Sur le plan économique, il cherche à réduire la dépendance héritée de la colonisation, fondée sur la monoculture du cacao. Il lance de vastes projets de modernisation : barrage d’Akosombo sur la Volta, création du port industriel de Tema, développement des infrastructures et de l’industrie lourde.
Panafricanisme, isolement et chute du régime
Le panafricanisme révolutionnaire constitue le second pilier de l’action de Nkrumah. Il défend une intégration rapide et politique du continent africain, position qui le place en décalage avec la majorité des dirigeants africains au sein de l’Organisation de l’unité africaine. Cet isolement diplomatique le conduit à se rapprocher de la Chine.
En février 1966, alors qu’il est en déplacement à Pékin, Nkrumah apprend que son régime a été renversé par un coup d’État militaire, soutenu par la CIA et le MI6. Il termine sa vie en exil en Guinée, accueilli par le président Sékou Touré. Il demeure jusqu’à aujourd’hui une figure majeure de la décolonisation et du panafricanisme africain.
Le discours d’indépendance
Le discours original
On trouvera un enregistrement du discours ici, assez intelligible pour ceux qui ne sont pas habitués avec l’anglais :
Une version écrite se trouve sur les sites suivants : BBC, Panafrique
La traduction
Enfin, la bataille est terminée !
Et ainsi, Ghana, ton pays bien-aimé est libre pour toujours.Et encore une fois, je veux saisir cette occasion pour remercier les chefs et le peuple de ce pays, la jeunesse, les agriculteurs, les femmes, qui ont combattu avec tant de noblesse et remporté cette bataille.
Je veux également remercier les vaillants anciens combattants qui ont si étroitement coopéré avec moi dans cette grande tâche consistant à libérer notre pays de la domination étrangère et de l’impérialisme.
Et comme je l’ai souligné… j’ai clairement indiqué que désormais – aujourd’hui – nous devons changer nos attitudes, nos états d’esprit ; nous devons comprendre qu’à partir de maintenant, nous ne sommes plus un peuple colonisé, mais un peuple libre et indépendant.
Mais, comme je l’ai également rappelé, cela implique aussi un travail acharné.
Je compte sur les millions d’habitants de ce pays, sur les chefs et le peuple, pour m’aider à refaçonner le destin de cette nation.
Nous sommes prêts à relever le défi et à faire de ce pays une nation respectée par tous les pays du monde.
Nous savons que les débuts seront difficiles, mais là encore, je compte sur votre soutien, je compte sur votre travail.
Quand je vous regarde ainsi… peu importe jusqu’où mon regard porte, je peux voir que vous êtes ici par millions, et mon dernier avertissement est le suivant: vous devez rester fermement derrière nous afin que nous puissions prouver au monde que, lorsqu’on donne une chance à l’Africain, il peut montrer au monde qu’il est quelqu’un !
Nous nous sommes éveillés. Nous ne dormirons plus.
Aujourd’hui, à partir de maintenant, il y a un nouvel Africain dans le monde !Cette nouvelle Afrique est prête à mener ses propres combats et à montrer que, finalement, l’homme noir est capable de gérer ses propres affaires.
Nous allons démontrer au monde, aux autres nations, que nous sommes prêts à poser nos propres fondations – notre propre personnalité africaine.
Comme je l’ai dit à l’Assemblée il y a quelques minutes, j’ai souligné que nous allons créer notre propre personnalité et notre propre identité africaines. C’est la seule manière de montrer au monde que nous sommes prêts à mener nos propres combats.
Mais aujourd’hui, permettez-moi de vous rappeler tous, en ce grand jour, que rien ne peut être accompli sans la volonté et le soutien de Dieu.
Nous avons remporté la bataille et nous nous consacrons de nouveau à notre mission… Notre indépendance n’a de sens que si elle est liée à la libération totale de l’Afrique.
Maintenant, chers Ghanéens, demandons la bénédiction de Dieu, ne serait-ce que seulement deux secondes, vous tous, par milliers et par millions.
Je vous demande de marquer un silence d’une minute seulement et de remercier Dieu Tout-Puissant de nous avoir conduits à travers nos difficultés, nos emprisonnements, nos épreuves et nos souffrances, et de nous avoir menés aujourd’hui au terme de nos tourments. Une minute de silence.
Le Ghana est libre pour toujours !Et maintenant, je demande à la fanfare de jouer l’hymne national du Ghana.

