Le 20 janvier 2026, Mark Carney, Premier ministre du Canada depuis dix mois, prononce au Forum économique mondial de Davos l’un des discours les plus remarqués de l’histoire récente des relations internationales.

Dans un contexte de tensions géopolitiques extrêmes – menaces américaines sur le Groenland, guerre tarifaire imminente, remise en cause de l’OTAN – Carney livre une analyse sans fard de la fin de l’ordre international libéral et trace les contours d’une stratégie pour les « puissances moyennes » face à ce qu’il qualifie de « rupture », et non de simple transition.

Le contexte est celui d’un basculement. À Davos, l’élite économique et politique mondiale se réunit dans une atmosphère de crise ouverte. La veille du discours de Carney, Donald Trump a menacé d’imposer des tarifs douaniers punitifs à huit pays européens qui s’opposent à ses velléités d’annexion du Groenland. Emmanuel Macron, quelques heures avant Carney, a dénoncé une « concurrence acharnée » américaine visant à « affaiblir et subordonner l’Europe ». Le discours du Premier ministre canadien s’inscrit dans cette séquence de confrontation où les alliés traditionnels de Washington prennent leurs distances avec un ordre qu’ils ne reconnaissent plus.

Les idées forces du discours articulent diagnostic, critique et proposition.

1 – Le diagnostic : la fin d’une fiction utile
Carney affirme que l’ordre international fondé sur des règles n’est plus qu’un récit mensonger. Pendant des décennies, les puissances moyennes ont accepté une fiction – celle d’un système équitable – tout en sachant que les plus forts « s’en affranchissaient à leur convenance ». Cette hypocrisie collective a permis de bénéficier de « biens publics » (sécurité collective, routes maritimes ouvertes, système financier stable) sous hégémonie américaine. Mais aujourd’hui, « ce marché ne fonctionne plus » : les grandes puissances instrumentalisent l’intégration économique « en arme », les tarifs « en levier », les chaînes d’approvisionnement « en vulnérabilités à exploiter ».

2 – La référence à Václav Havel : « vivre dans le mensonge »
Le cœur philosophique du discours repose sur un parallèle audacieux avec l’essai de 1978 du dissident tchèque, Le Pouvoir des sans-pouvoir. Carney transpose la parabole du marchand de légumes pragois – qui place chaque matin l’affiche « Travailleurs du monde, unissez-vous » non par conviction mais par conformisme – aux démocraties occidentales qui ont « placé l’affiche dans la vitrine » de l’ordre libéral tout en sachant qu’il reposait sur des asymétries de pouvoir. « Il est temps pour les entreprises et les pays de retirer leurs affiches », lance-t-il. Cette analogie entre coercition totalitaire et hypocrisie libérale a suscité des réactions contrastées : moment de vérité salutaire pour les uns, parallèle dangereux et inapproprié pour les autres.

3 – La prescription : « géométrie variable » et coalitions des puissances moyennes
Face à la rupture, Carney refuse deux écueils : le repli autarcique (« un monde de forteresses sera plus pauvre, plus fragile ») et la subordination passive aux hégémons. Il propose une stratégie de « réalisme fondé sur des valeurs » combinant autonomie stratégique (énergie, défense, minéraux critiques) et coalitions flexibles par dossiers. Le Canada multiplie les accords – avec l’UE (SAFE), la Chine (véhicules électriques), le Qatar – et promeut des « clubs d’acheteurs » sur les minéraux, des ponts commerciaux transpacifiques-européens. La formule clé : « Si nous ne sommes pas à la table, nous sommes au menu. »

4 – L’appel à l’honnêteté : « nommer la réalité »
« Vivre dans la vérité », pour les puissances moyennes, signifie cesser d’invoquer l’ordre fondé sur des règles « comme s’il fonctionnait encore comme annoncé ». Cela implique d’appliquer les mêmes standards aux alliés et aux rivaux : « Lorsque les puissances moyennes critiquent l’intimidation économique venant d’une direction, mais restent silencieuses quand elle vient d’une autre, nous gardons l’affiche dans la vitrine. » Cette exigence de cohérence vise implicitement ceux qui dénoncent la Chine tout en se soumettant aux États-Unis.
Le discours provoque une ovation debout à Davos – événement rare selon le journaliste du Financial Times qui modère la session. Il est publié intégralement par Le Monde, commenté en une du Washington Post et du New York Times, salué par les dirigeants finlandais, suédois, estonien, mexicain. Mais il suscite aussi une controverse majeure : le parallèle Havel est jugé « inapproprié » par certains analystes qui y voient une confusion entre participation volontaire à un ordre imparfait et soumission à un régime totalitaire. Plus encore, l’accord sino-canadien signé quelques jours avant Davos alimente l’accusation d’hypocrisie : comment invoquer Havel tout en s’accommodant du régime de Pékin ? La tension entre « pragmatisme » affiché et « valeurs » proclamées traverse les débats.
Le discours de Carney n’est pas seulement un événement politique. C’est un marqueur intellectuel d’une époque qui cherche ses mots et ses concepts pour nommer la fin d’un monde et l’émergence incertaine d’un autre.

« L’ancien ordre ne reviendra pas. Nous ne devrions pas le pleurer. La nostalgie n’est pas une stratégie. »


Proposition de traduction

[…]

Merci beaucoup, Larry. Je vais commencer en français, puis je repasserai à l’anglais.

[Partie en français]

C’est un plaisir d’être parmi vous à ce point tournant pour le Canada et pour le monde. Je parlerai aujourd’hui de la fin d’une fiction agréable et du début d’une réalité brutale où la géopolitique des grandes puissances n’est soumise à aucune contrainte. Mais je vous soumets par ailleurs que les autres pays, en particulier les puissances moyennes comme le Canada, ne sont pas impuissantes. Ils possèdent la capacité de construire un nouvel ordre qui intègre le respect des droits humains, le développement durable, la solidarité, la souveraineté et l’intégrité territoriale des États. La puissance des moins puissants commence par l’honnêteté.

[Retour à l’anglais]

Il semble que chaque jour nous rappelle que nous vivons une ère de rivalité entre grandes puissances, que l’ordre fondé sur des règles se dissipe, que les forts font ce qu’ils peuvent, et les faibles subissent ce qu’ils doivent.

Cet aphorisme de Thucydide est présenté comme inévitable, comme la logique naturelle des relations internationales qui se réaffirme.

Face à cette logique, les pays ont une forte tendance à composer pour s’accommoder, à éviter les ennuis, à espérer que la docilité garantira leur sécurité.

Eh bien non, elle ne le fera pas.

Alors, quelles sont nos options ?

En 1978, le dissident tchèque Václav Havel, futur président, a écrit un essai intitulé Le Pouvoir des sans-pouvoir, dans lequel il posait une question simple : comment le système communiste a-t-il pu se maintenir ?

Sa réponse commençait par un marchand de légumes.

Chaque matin, ce commerçant place une affiche dans sa vitrine : « Travailleurs du monde, unissez-vous ». Il n’y croit pas, personne n’y croit, mais il place quand même l’affiche pour éviter les ennuis, pour signaler sa conformité, pour se faire bien voir. Et parce que chaque commerçant dans chaque rue fait de même, le système perdure – non pas par la seule violence, mais par la participation des gens ordinaires à des rituels qu’ils savent intimement être mensongers.

Havel appelait cela « vivre dans le mensonge ».

Le pouvoir du système ne provient pas de sa vérité, mais de la volonté de chacun de faire comme s’il était vrai, et sa fragilité découle de la même source. Lorsqu’une seule personne cesse de jouer le jeu, lorsque le marchand de légumes retire son affiche, l’illusion commence à se fissurer. Mes amis, il est temps que les entreprises et les pays retirent leurs affiches.

Pendant des décennies, des pays comme le Canada ont prospéré sous ce que nous appelions l’ordre international fondé sur des règles. Nous avons adhéré à ses institutions, nous avons célébré ses principes, nous avons profité de sa prévisibilité. Et grâce à cela, nous pouvions mener des politiques étrangères fondées sur des valeurs sous sa protection.

Nous savions que le récit de l’ordre international fondé sur des règles était en partie mensonger, que les plus forts s’en affranchissaient à leur convenance, que les règles commerciales étaient appliquées de manière asymétrique. Et nous savions que le droit international s’appliquait avec une rigueur variable selon l’identité de l’accusé ou de la victime.

Cette fiction était utile, et l’hégémonie américaine, en particulier, contribuait à fournir des biens publics : routes maritimes ouvertes, système financier stable, sécurité collective et soutien aux dispositifs de résolution des différends.

Nous avons donc placé l’affiche dans la vitrine. Nous avons participé aux rituels, et nous avons largement évité de pointer du doigt les écarts entre rhétorique et réalité.

Ce marché ne fonctionne plus. Je vais être direct. Nous sommes en pleine rupture, pas en transition.

Au cours des deux dernières décennies, une série de crises – financières, sanitaires, énergétiques et géopolitiques – ont mis à nu les risques d’une intégration mondiale extrême. Mais plus récemment, les grandes puissances ont commencé à instrumentaliser l’intégration économique en arme, les tarifs douaniers en levier, l’infrastructure financière en instrument de coercition, les chaînes d’approvisionnement en vulnérabilités à exploiter.

On ne peut pas vivre dans le mensonge du bénéfice mutuel par l’intégration, quand l’intégration devient la source de votre subordination.

Les institutions multilatérales sur lesquelles les puissances moyennes se sont appuyées – l’OMC, l’ONU, les COP – l’architecture même de la résolution collective des problèmes est menacée. En conséquence, de nombreux pays tirent les mêmes conclusions : ils doivent développer une plus grande autonomie stratégique en matière d’énergie, d’alimentation, de minéraux critiques, de finance et de chaînes d’approvisionnement.

Cette impulsion est compréhensible. Un pays qui ne peut ni se nourrir, ni s’alimenter en énergie, ni se défendre lui-même a peu d’options. Quand les règles ne vous protègent plus, vous devez vous protéger vous-même.

Mais voyons lucidement où cela mène.

Un monde de forteresses sera plus pauvre, plus fragile et moins durable. Et il y a une autre vérité. Si les grandes puissances abandonnent jusqu’à la prétention de respecter les règles et les valeurs pour poursuivre sans entraves leur pouvoir et leurs intérêts, les gains issus du transactionnalisme deviendront plus difficiles à reproduire.

Les hégémons ne peuvent pas continuer indéfiniment à monétiser leurs relations.

Les alliés se diversifieront pour se prémunir contre l’incertitude.

Ils achèteront des assurances, multiplieront leurs options afin de reconquérir une souveraineté – une souveraineté qui était autrefois ancrée dans les règles, mais qui sera de plus en plus ancrée dans la capacité à résister aux pressions.

Cette salle sait que c’est de la gestion classique des risques. La gestion des risques a un coût, mais le coût de l’autonomie stratégique, de la souveraineté, peut aussi être partagé.

Les investissements collectifs dans la résilience coûtent moins cher que si chacun construisait sa propre forteresse. Des normes partagées réduisent la fragmentation. Les complémentarités sont à somme positive. Et la question pour les puissances moyennes comme le Canada n’est pas de savoir s’il faut s’adapter à la nouvelle réalité – nous le devons. La question est de savoir si nous nous adaptons en construisant simplement des murs plus hauts, ou si nous pouvons faire quelque chose de plus ambitieux.

Le Canada a été parmi les premiers à entendre le signal d’alarme, ce qui nous a conduits à modifier fondamentalement notre posture stratégique.

Les Canadiens savent que nos anciennes et confortables présomptions – selon lesquelles notre géographie et nos appartenances aux alliances conféraient automatiquement prospérité et sécurité – ne sont plus valides. Notre nouvelle approche repose sur ce qu’Alexander Stubb, le président de la Finlande, a qualifié de « réalisme fondé sur des valeurs ».

Autrement dit, nous visons à être à la fois de principe et pragmatiques – de principe dans notre engagement envers des valeurs fondamentales : souveraineté, intégrité territoriale, interdiction du recours à la force sauf conformément à la Charte des Nations unies, et respect des droits humains ; et pragmatiques en reconnaissant que le progrès est souvent graduel, que les intérêts divergent, que tous nos partenaires ne partageront pas toutes nos valeurs.

Nous nous engageons donc largement, stratégiquement, les yeux ouverts. Nous prenons activement le monde tel qu’il est, sans attendre passivement un monde que nous souhaiterions voir advenir.

Nous calibrons nos relations de sorte que leur profondeur reflète nos valeurs, et nous priorisons un engagement large pour maximiser notre influence, compte tenu de la fluidité actuelle du monde, des risques qu’elle pose et des enjeux pour ce qui vient ensuite.

Et nous ne nous appuyons plus seulement sur la force de nos valeurs, mais aussi sur la valeur de notre force.

Nous construisons cette force sur notre territoire.

Depuis l’arrivée au pouvoir de mon gouvernement, nous avons réduit les impôts sur les revenus, sur les plus-values et sur l’investissement des entreprises. Nous avons supprimé tous les obstacles fédéraux au commerce interprovincial. Nous accélérons mille milliards de dollars d’investissements dans l’énergie, l’IA, les minéraux critiques, de nouveaux corridors commerciaux et au-delà. Nous doublons nos dépenses de défense d’ici la fin de cette décennie, et nous le faisons de manière à développer nos industries nationales.

Et nous nous diversifions rapidement à l’étranger. Nous avons conclu un partenariat stratégique global avec l’Union européenne, incluant notre adhésion au SAFE, les arrangements européens d’acquisition de défense. Nous avons signé douze autres accords commerciaux et de sécurité sur quatre continents en six mois. Ces derniers jours, nous avons conclu de nouveaux partenariats stratégiques avec la Chine et le Qatar. Nous négocions des pactes de libre-échange avec l’Inde, l’ASEAN, la Thaïlande, les Philippines et le Mercosur.

Nous faisons autre chose. Pour aider à résoudre les problèmes mondiaux, nous pratiquons la géométrie variable – en d’autres termes, des coalitions différentes pour des enjeux différents, fondées sur des valeurs et des intérêts communs. Ainsi, sur l’Ukraine, nous sommes membres centraux de la Coalition des volontaires et l’un des plus importants contributeurs par habitant à sa défense et à sa sécurité.

Sur la souveraineté de l’Arctique, nous nous tenons fermement aux côtés du Groenland et du Danemark, et nous soutenons pleinement leur droit unique à déterminer l’avenir du Groenland.

Notre engagement envers l’article 5 de l’OTAN est inébranlable, c’est pourquoi nous travaillons avec nos alliés de l’OTAN, notamment le groupe des pays nordiques et baltes, pour sécuriser davantage les flancs nord et ouest de l’alliance, y compris par des investissements canadiens sans précédent dans des radars au-delà de l’horizon, des sous-marins, des avions et des troupes au sol, des troupes sur la glace.

Le Canada s’oppose fermement aux tarifs douaniers sur le Groenland et appelle à des négociations ciblées pour atteindre nos objectifs partagés de sécurité et de prospérité dans l’Arctique.

Sur le commerce plurilatéral, nous défendons les efforts visant à construire un pont entre le Partenariat transpacifique et l’Union européenne, ce qui créerait un nouveau bloc commercial de 1,5 milliard de personnes. Sur les minéraux critiques, nous formons des clubs d’acheteurs ancrés dans le G7 afin que le monde puisse se diversifier et s’éloigner des sources d’approvisionnement concentrées. Et sur l’IA, nous coopérons avec les démocraties partageant nos valeurs pour garantir que nous ne serons pas finalement contraints de choisir entre hégémons et grands opérateurs d’infrastructures numériques mondiales.

Ce n’est pas du multilatéralisme naïf, ni une confiance aveugle dans les institutions existantes. C’est la construction de coalitions qui fonctionnent – dossier par dossier, avec des partenaires qui partagent suffisamment de terrain commun pour agir ensemble.

Dans certains cas, ce sera l’immense majorité des nations.

Ce que nous faisons, c’est créer une toile dense de connexions à travers le commerce, l’investissement, la culture, sur laquelle nous pourrons nous appuyer pour les défis et opportunités futurs.

Je dirais que les puissances moyennes doivent agir ensemble, parce que si nous ne sommes pas à la table, nous sommes au menu.

Mais je dirais aussi que les grandes puissances peuvent, pour l’instant, se permettre de faire cavalier seul. Elles ont la taille de marché, la capacité militaire et le pouvoir de négociation pour dicter les conditions. Les puissances moyennes ne les ont pas.

Mais lorsque nous ne négocions que bilatéralement avec un hégémon, nous négocions en position de faiblesse. Nous acceptons ce qui est offert. Nous nous faisons concurrence les uns les autres pour être les plus accommodants.

Ce n’est pas de la souveraineté. C’est la mise en scène de la souveraineté tout en acceptant la subordination. Dans un monde de rivalité entre grandes puissances, les pays intermédiaires ont un choix : se faire concurrence les uns les autres pour obtenir des faveurs, ou s’unir pour créer une troisième voie qui compte.

Nous ne devrions pas laisser la montée de la puissance brute nous aveugler sur le fait que le pouvoir de la légitimité, de l’intégrité et des règles restera fort, si nous choisissons de les brandir ensemble – ce qui me ramène à Havel.

Que signifie pour les puissances moyennes de vivre dans la vérité ?

Premièrement, cela signifie appeler la réalité par son nom. Cessons d’invoquer l’ordre international fondé sur des règles comme s’il fonctionnait encore comme annoncé. Appelons-le ce qu’il est : un système de rivalité croissante entre grandes puissances, où les plus puissants poursuivent leurs intérêts en utilisant l’intégration économique comme instrument de coercition.

Cela signifie agir de manière cohérente, appliquer les mêmes normes aux alliés et aux rivaux. Lorsque les puissances moyennes critiquent l’intimidation économique venant d’une direction, mais restent silencieuses quand elle vient d’une autre, nous gardons l’affiche dans la vitrine.

Cela signifie construire ce en quoi nous prétendons croire, plutôt que d’attendre que l’ancien ordre soit restauré. Cela signifie créer des institutions et des accords qui fonctionnent comme décrit. Et cela signifie réduire le pouvoir de contrainte qui permet la coercition – c’est-à-dire construire une économie nationale forte. Ce devrait être la priorité immédiate de tout gouvernement.

Et la diversification internationale n’est pas seulement de la prudence économique, c’est un fondement matériel pour une politique étrangère honnête, parce que les pays gagnent le droit à des positions de principe en réduisant leur vulnérabilité aux représailles.

Alors le Canada. Le Canada possède ce que le monde veut. Nous sommes une superpuissance énergétique. Nous détenons de vastes réserves de minéraux critiques. Nous avons la population la plus éduquée au monde. Nos fonds de pension sont parmi les investisseurs les plus importants et les plus sophistiqués au monde. En d’autres termes, nous avons le capital, le talent… nous avons aussi un gouvernement doté d’une immense capacité budgétaire pour agir de manière décisive. Et nous avons les valeurs auxquelles beaucoup d’autres aspirent.

Le Canada est une société pluraliste qui fonctionne. Notre espace public est bruyant, diversifié et libre. Les Canadiens restent engagés en faveur de la durabilité. Nous sommes un partenaire stable et fiable dans un monde qui ne l’est absolument pas. Un partenaire qui construit et valorise les relations sur le long terme.

Et nous avons autre chose. Nous avons une reconnaissance de ce qui se passe et une détermination à agir en conséquence. Nous comprenons que cette rupture exige plus qu’une adaptation. Elle exige de l’honnêteté sur le monde tel qu’il est.

Nous retirons l’affiche de la vitrine. Nous savons que l’ancien ordre ne reviendra pas. Nous ne devrions pas le pleurer. La nostalgie n’est pas une stratégie, mais nous croyons qu’à partir de la fracture, nous pouvons construire quelque chose de plus grand, de meilleur, de plus fort, de plus juste. C’est la tâche des puissances moyennes, les pays qui ont le plus à perdre d’un monde de forteresses et le plus à gagner d’une coopération authentique.

Les puissants ont leur puissance.

Mais nous avons quelque chose aussi – la capacité de cesser de faire semblant, de nommer la réalité, de construire notre force sur notre territoire et d’agir ensemble.

C’est la voie du Canada. Nous la choisissons ouvertement et avec confiance, et c’est une voie grande ouverte à tout pays prêt à l’emprunter avec nous. Merci beaucoup.

Version d’origine :

Thank you very much, Larry. I’m going to start in French, and then I’ll switch back to English.

C’est un plaisir d’être parmi vous à ce point tournant pour le Canada et pour le monde. Je parlerai aujourd’hui de la fin d’une fiction agréable et du début d’une réalité brutale où la géopolitique des grandes puissances n’est soumise à aucune contrainte. Mais je vous soumets par ailleurs que les autres pays, en particulier les puissances moyennes comme le Canada, ne sont pas impuissantes. Ils possèdent la capacité de construire un nouvel ordre qui intègre le respect des droits humains, le développement durable, la solidarité, la souveraineté et l’intégrité territoriale des États. La puissance des moins puissants commence par l’honnêteté.

It seems that every day we’re reminded that we live in an era of great power rivalry, that the rules based order is fading, that the strong can do what they can, and the weak must suffer what they must.

And this aphorism of Thucydides is presented as inevitable, as the natural logic of international relations reasserting itself.

And faced with this logic, there is a strong tendency for countries to go along to get along, to accommodate, to avoid trouble, to hope that compliance will buy safety.

Well, it won’t.

So, what are our options?

In 1978, the Czech dissident Václav Havel, later president, wrote an essay called The Power of the Powerless, and in it, he asked a simple question: how did the communist system sustain itself?

And his answer began with a greengrocer.

Every morning, this shopkeeper places a sign in his window: ‘Workers of the world unite’. He doesn’t believe it, no-one does, but he places a sign anyway to avoid trouble, to signal compliance, to get along. And because every shopkeeper on every street does the same, the system persist – not through violence alone, but through the participation of ordinary people in rituals they privately know to be false.

Havel called this “living within a lie”.

The system’s power comes not from its truth, but from everyone’s willingness to perform as if it were true, and its fragility comes from the same source. When even one person stops performing, when the greengrocer removes his sign, the illusion begins to crack. Friends, it is time for companies and countries to take their signs down.

For decades, countries like Canada prospered under what we called the rules-based international order. We joined its institutions, we praised its principles, we benefited from its predictability. And because of that, we could pursue values-based foreign policies under its protection.

We knew the story of the international rules-based order was partially false that the strongest would exempt themselves when convenient, that trade rules were enforced asymmetrically. And we knew that international law applied with varying rigour depending on the identity of the accused or the victim.

This fiction was useful, and American hegemony, in particular, helped provide public goods, open sea lanes, a stable financial system, collective security and support for frameworks for resolving disputes.

So, we placed the sign in the window. We participated in the rituals, and we largely avoided calling out the gaps between rhetoric and reality.

This bargain no longer works. Let me be direct. We are in the midst of a rupture, not a transition.

Over the past two decades, a series of crises in finance, health, energy and geopolitics have laid bare the risks of extreme global integration. But more recently, great powers have begun using economic integration as weapons, tariffs as leverage, financial infrastructure as coercion, supply chains as vulnerabilities to be exploited.

You cannot live within the lie of mutual benefit through integration, when integration becomes the source of your subordination.

The multilateral institutions on which the middle powers have relied – the WTO, the UN, the COP – the architecture, the very architecture of collective problem solving are under threat. And as a result, many countries are drawing the same conclusions that they must develop greater strategic autonomy, in energy, food, critical minerals, in finance and supply chains.

And this impulse is understandable. A country that can’t feed itself, fuel itself or defend itself, has few options. When the rules no longer protect you, you must protect yourself.

But let’s be clear eyed about where this leads.

A world of fortresses will be poorer, more fragile and less sustainable. And there is another truth. If great powers abandon even the pretense of rules and values for the unhindered pursuit of their power and interests, the gains from transactionalism will become harder to replicate.

Hegemons cannot continually monetize their relationships.

Allies will diversify to hedge against uncertainty.

They’ll buy insurance, increase options in order to rebuild sovereignty – sovereignty that was once grounded in rules, but will increasingly be anchored in the ability to withstand pressure.

This room knows this is classic risk management. Risk management comes at a price, but that cost of strategic autonomy, of sovereignty can also be shared.

Collective investments in resilience are cheaper than everyone building their own fortresses. Shared standards reduce fragmentations. Complementarities are positive sum. And the question for middle powers like Canada is not whether to adapt to the new reality – we must. The question is whether we adapt by simply building higher walls, or whether we can do something more ambitious.

Now Canada was amongst the first to hear the wake-up call, leading us to fundamentally shift our strategic posture.

Canadians know that our old comfortable assumptions that our geography and alliance memberships automatically conferred prosperity and security – that assumption is no longer valid. And our new approach rests on what Alexander Stubb, the President of Finland, has termed “value-based realism”.

Or, to put another way, we aim to be both principled and pragmatic – principled in our commitment to fundamental values, sovereignty, territorial integrity, the prohibition of the use of force, except when consistent with the UN Charter, and respect for human rights, and pragmatic and recognizing that progress is often incremental, that interests diverge, that not every partner will share all of our values.

So, we’re engaging broadly, strategically with open eyes. We actively take on the world as it is, not wait around for a world we wish to be.

We are calibrating our relationships, so their depth reflects our values, and we’re prioritizing broad engagement to maximize our influence, given and given the fluidity of the world at the moment, the risks that this poses and the stakes for what comes next.

And we are no longer just relying on the strength of our values, but also the value of our strength.

We are building that strength at home.

Since my government took office, we have cut taxes on incomes, on capital gains and business investment. We have removed all federal barriers to interprovincial trade. We are fast tracking a trillion dollars of investments in energy, AI, critical minerals, new trade corridors and beyond. We’re doubling our defence spending by the end of this decade, and we’re doing so in ways that build our domestic industries.

And we are rapidly diversifying abroad. We have agreed a comprehensive strategic partnership with the EU, including joining SAFE, the European defence procurement arrangements. We have signed 12 other trade and security deals on four continents in six months. The past few days, we’ve concluded new strategic partnerships with China and Qatar. We’re negotiating free trade pacts with India, ASEAN, Thailand, Philippines and Mercosur.

We’re doing something else. To help solve global problems, we’re pursuing variable geometry, in other words, different coalitions for different issues based on common values and interests. So, on Ukraine, we’re a core member of the Coalition of the Willing and one of the largest per capita contributors to its defence and security.

On Arctic sovereignty, we stand firmly with Greenland and Denmark, and fully support their unique right to determine Greenland’s future.

Our commitment to NATO’s Article 5 is unwavering, so we’re working with our NATO allies, including the Nordic Baltic Gate, to further secure the alliance’s northern and western flanks, including through Canada’s unprecedented investments in over-the-horizon radar, in submarines, in aircraft and boots on the ground, boots on the ice.

Canada strongly opposes tariffs over Greenland and calls for focused talks to achieve our shared objectives of security and prosperity in the Arctic.

On plurilateral trade, we’re championing efforts to build a bridge between the Trans Pacific Partnership and the European Union, which would create a new trading bloc of 1.5 billion people. On critical minerals, we’re forming buyers’ clubs anchored in the G7 so the world can diversify away from concentrated supply. And on AI, we’re cooperating with like-minded democracies to ensure that we won’t ultimately be forced to choose between hegemons and hyper-scalers.

This is not naive multilateralism, nor is it relying on their institutions. It’s building coalitions that work – issues by issue, with partners who share enough common ground to act together.

In some cases, this will be the vast majority of nations.

What it’s doing is creating a dense web of connections across trade, investment, culture, on which we can draw for future challenges and opportunities.

Argue, the middle powers must act together, because if we’re not at the table, we’re on the menu.

But I’d also say that great powers, great powers can afford for now to go it alone. They have the market size, the military capacity and the leverage to dictate terms. Middle powers do not.

But when we only negotiate bilaterally with a hegemon, we negotiate from weakness. We accept what’s offered. We compete with each other to be the most accommodating.

This is not sovereignty. It’s the performance of sovereignty while accepting subordination. In a world of great power rivalry, the countries in between have a choice – compete with each other for favour, or to combine to create a third path with impact.

We shouldn’t allow the rise of hard power to blind us to the fact that the power of legitimacy, integrity and rules will remain strong, if we choose to wield them together – which brings me back to Havel.

What does it mean for middle powers to live the truth?

First, it means naming reality. Stop invoking rules-based international order as though it still functions as advertised. Call it what it is – a system of intensifying great power rivalry, where the most powerful pursue their interests, using economic integration as coercion.

It means acting consistently, applying the same standards to allies and rivals. When middle powers criticize economic intimidation from one direction, but stay silent when it comes from another, we are keeping the sign in the window.

It means building what we claim to believe in, rather than waiting for the old order to be restored. It means creating institutions and agreements that function as described. And it means reducing the leverage that enables coercion – that’s building a strong domestic economy. It should be every government’s immediate priority.

And diversification internationally is not just economic prudence, it’s a material foundation for honest foreign policy, because countries earn the right to principled stands by reducing their vulnerability to retaliation.

So Canada. Canada has what the world wants. We are an energy superpower. We hold vast reserves of critical minerals. We have the most educated population in the world. Our pension funds are amongst the world’s largest and most sophisticated investors. In other words, we have capital, talent… we also have a government with immense fiscal capacity to act decisively. And we have the values to which many others aspire.

Canada is a pluralistic society that works. Our public square is loud, diverse and free. Canadians remain committed to sustainability. We are a stable and reliable partner in a world that is anything but.. A partner that builds and values relationships for the long term.

And we have something else. We have a recognition of what’s happening and a determination to act accordingly. We understand that this rupture calls for more than adaptation. It calls for honesty about the world as it is.

We are taking the sign out of the window. We know the old order is not coming back. We shouldn’t mourn it. Nostalgia is not a strategy, but we believe that from the fracture, we can build something bigger, better, stronger, more just. This is the task of the middle powers, the countries that have the most to lose from a world of fortresses and most to gain from genuine cooperation.

The powerful have their power.

But we have something too – the capacity to stop pretending, to name reality, to build our strength at home and to act together.

That is Canada’s path. We choose it openly and confidently, and it is a path wide open to any country willing to take it with us. Thank you very much.

Discours de Mark Carney, Premier ministre canadien, Davos (Alpes suisses), 20 janvier 2026

Version en vidéo

( chaine youtube officielle de Radio-Canada.info)